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«La colonisation continuera de ronger la vie politique française»
Publié dans El Watan le 25 - 03 - 2017

Quelle lecture faites-vous de la déclaration faite par Emmanuel Macron à Alger sur la colonisation ? Ne pensez-vous pas que l'approche du candidat Macron intervient pour draguer l'électorat d'origine algérienne ?
Le mérite de cette déclaration d'un candidat aux plus hautes fonctions de l'Etat français est d'inscrire dans l'agenda politique la question des crimes coloniaux. Dans ce sens, elle contribue d'une certaine manière à faire avancer le travail de mémoire des Français héritiers de l'émigration coloniale, comme par exemple l'initiative que nous avons prise avec l'universitaire Olivier Le Cour Grandmaison, Louis-Georges Tin (président du Conseil représentatif des associations noires) et moi-même de nous adresser à tous les candidats à la présidentielle française pour leur demander de reconnaître l'ensemble des crimes coloniaux commis par la France.
Cet appel que nous avons lancé avant la déclaration de M. Macron a rassemblé plus de 2170 signatures d'universitaires, d'historiens de renom, d'élus, de responsables associatifs et de très nombreux citoyens. Concernant la sincérité des propos de M. Macron et de savoir s'il y a une démarche politicienne dans ceux-ci, je ne peux pas juger, mais je sais qu'il y a une ambivalence dans les discours qu'à pu prononcer ce personnage. Je constate tout d'abord qu'après avoir fait sa déclaration en Algérie, et suite aux réactions de la droite et de l'extrême droite ainsi que des revanchards de l'Algérie française, il a, en quelque sorte, reculé en présentant ses excuses.
De plus, si l'on parle des crimes coloniaux du passé, on ne peut oublier les crimes coloniaux d'aujourd'hui, comme ceux du peuple palestinien qui subit le martyre par le colonisateur israélien depuis 1947. Sur ce sujet, M. Macron ne dit pas un seul mot et, pis encore, il condamne la campagne des militants BDS (Boycott, désinvestissement et sanctions). Au-delà de la posture d'un homme politique en campagne électorale pour la présidentielle, je suis d'accord avec lui sur une seule chose : «Oui, il y a bien eu un crime contre l'humanité durant la période coloniale en Algérie par l'armée française.»

Cette sortie médiatique ne risque-t-elle pas de se liquéfier à l'approche des urnes ?
Non, c'est bien le contraire qui s'est passé. Elle a créé une sorte de polémique qui a fait émerger la haine de la droite et de l'extrême droite et le renoncement d'une partie de la gauche. C'est aux militants associatifs maintenant et aux intellectuels de s'emparer du débat, ou du moins de continuer celui que nous avons toujours souhaité, c'est-à-dire la reconnaissance des crimes coloniaux et la reconnaissance n'est pas la repentance. Pour nous, le peuple français n'est pour rien dans ces crimes coloniaux. Les massacres qui ont eu lieu en Algérie et ailleurs durant la période coloniale sont le fait de la responsabilité des hommes politiques de l'époque, qui en aucun cas n'ont demandé l'autorisation du peuple français pour commettre les abominables crimes contre les peuples algérien, malgache, d'Indochine, d'Afrique noire,…
Quelles appréciations faites-vous des commentaires de la classe politique française, en particulier de la droite et de certains médias français ?
Je pense qu'il est difficile pour la classe politique de se positionner sereinement sur le sujet de l'histoire coloniale dans la mesure où il y a des lobbies puissants qui agissent en dessous et agitent une pression et parfois même des menaces politiques sur tout candidat qui se prononcerait en faveur de la reconnaissance des crimes coloniaux de la France. De plus, la classe politique dans son ensemble est «mouillée» historiquement en termes de responsabilité politique dans le massacre des peuples colonisés.
Nous pouvons donner au moins deux exemples : le massacre de l'autre 8 Mai 1945 à Sétif et les pouvoirs spéciaux votés en 1956. A chaque fois, pour ces crimes, la gauche et la droite étaient au pouvoir ensemble ou ont voté comme un seul homme la répression qui s'est soldée par des milliers de morts. La classe politique d'aujourd'hui est donc d'une certaine manière l'héritière de l'histoire de ces crimes coloniaux.
Bien entendu, il ne s'agit pas de mettre tout le monde dans le même sac. Il y a, par exemple, des gens qui aujourd'hui combattent le colonialisme et sont pour la reconnaissance des crimes coloniaux. C'est le cas des écologistes, de la France insoumise, du PCF.
Quant aux médias français, ils sont très divers et là encore nous ne pouvons mettre tout le monde dans la même marmite. Cependant, nous observons que les grands médias puissants, en particulier les chaînes de télévision, sont souvent amnésiques, manquent d'objectivité et parfois se font la courroie de transmission des nouveaux maîtres du monde.
Revenons, si vous le voulez bien, à l'appel pour la reconnaissance des crimes coloniaux commis par la France. Comment est née cette idée ?
Cet appel est coécrit par Olivier Le Cour Grandmaison, Louis Georges Tin et moi-même. Il est le produit d'un travail long et difficile que nous avons mené depuis 2004 à travers des conférences, des colloques, des pièces de théâtre, etc. Notre objectif était de sensibiliser le peuple français dans sa diversité pour lui montrer l'histoire qu'on lui cache. Au cours de notre travail, nous avons pris conscience qu'il est plus efficace de traiter de la question de l'ensemble des crimes coloniaux et de l'esclavage commis par la France, plutôt que de se concentrer de manière «nationaliste» sur tel ou tel pays. Cette perspective d'élargissement dans le rassemblement de notre diversité a trouvé un écho favorable chez l'ensemble des descendants des opprimés. En effet, les crimes coloniaux ont tous un dénominateur commun : exterminer, coloniser.
Pour quelles raisons cette initiative est lancée en ces moments précis ?
Le rassemblement de la lutte en commun demande un effort très important de maturation et surtout de décentrement. C'est-à-dire se mettre à la place de l'autre. Considérer que le malheur de l'autre, c'est aussi le mien. Considérer que s'il y a le feu chez nos voisins, cela nous concerne, car si nous ne leur venons pas en aide, le feu peut venir chez nous. La violence néocoloniale d'aujourd'hui, qui consiste à détruire de très nombreux pays, comme ce que nous avons vu récemment, à savoir l'Irak, la Libye, la Syrie, la Palestine…et ses déclinaisons en termes de souffrances des peuples que l'on nomme les réfugiés, convoque chez nous la question de l'urgence de la mobilisation politique, citoyenne, pour faire prendre conscience que les crimes coloniaux d'hier et les crimes coloniaux d'aujourd'hui sont inacceptables. L'élection présidentielle de 2017 en France est l'occasion pour nous d'interpeller les candidats pour la reconnaissance des crimes coloniaux de la France. Nous allons les interpeller directement par lettre et nous rendrons publique leur réponse ou non-réponse.
Quel a été l'impact de la diffusion de votre appel par certains médias ?
Du fait que l'appel est un texte court, direct et concerne la totalité des crimes coloniaux et l'esclavage, il a reçu un accueil très favorable sur les réseaux sociaux. Nous tenons à remercier tous les médias qui l'ont diffusé, tels que Mediapart, L'Humanité,… L'impact chez les citoyens est le plus important, car il fait sens et ce sens s'élargit auprès des familles, des voisins, et des réseaux. De plus, cet appel est accompagné de conférences-débats et de colloques, dont le plus important sera celui du 29 mars 2017 à Nanterre intitulé «Crimes coloniaux, quelle reconnaissance en 2017 ? Comment lutter contre les violences racistes d'aujourd'hui ?» L'élargissement de l'appel aux citoyens par la commémoration des 70 ans du massacre de Madagascar, le 29 mars 2017, et la commémoration de l'autre 8 Mai 1945, le 8 mai 2017, devant l'Hôtel de Ville de Paris, sont la prochaine étape de la démarche
Pourquoi, selon vous, la question de la colonisation continue de peser sur la vie politique française ?
La colonisation continuera de ronger la vie politique française dans la mesure où elle n'est pas reconnue et cette non-reconnaissance constitue une sorte de pathologie de secret familial que les parents cachent aux enfants et que ces derniers continuent inlassablement à questionner ceux qui ont le pouvoir sur les raisons de la maladie cachée. La guérison dans l'intérêt de tous viendra le jour de la reconnaissance de ces crimes coloniaux et de leur diffusion en tant qu'objet d'histoire pour l'ensemble des citoyens. Il s'agit donc de traiter cette question comme un objet distancié sans recherche de repentance. Pour cela, il faut une forte volonté politique qui permette l'ouverture de toutes les archives et la création d'un lieu de mémoire pour les crimes coloniaux.
Le sujet des crimes coloniaux va-t-il prendre une place dans la campagne de l'élection présidentielle ?
Cela dépend de la dynamique ou plutôt des dynamiques. Cela peut être une dynamique de contribution à la connaissance de l'histoire humaine. C'est ce que nous souhaitons et pour cela il nous faudra de la solidarité concrète, y compris des sociétés «d'origine», c'est-à-dire là où se sont déroulés les crimes coloniaux de la France. C'est le sens de l'appel que chacun peut signer sur www.lesoranges.com. Mais cela peut prendre une dynamique politicienne partisane de certains candidats qui, sans doute, trouveront là un sujet pour déverser leur haine contre «les métèques» d'aujourd'hui pour mieux justifier les crimes coloniaux d'hier et surtout justifier les bienfaits de la domination coloniale et de l'esclavage pour assouvir leur passion nostalgique de régner en maître.
Le travail de reconnaissance des crimes coloniaux que vous menez avec l'association Les Oranges depuis de nombreuses années peut-il contribuer à lutter contre les discriminations d'aujourd'hui et favoriser le bien vivre-ensemble ?
Notre travail permet surtout de donner du sens aux Français héritiers de l'immigration coloniale et d'une manière générale à tous les Français qui sont privés injustement par une partie de l'histoire de France. Notre dynamique est éducative et notre démarche s'inspire des méthodes actives du mouvement d'éducation populaire. Ainsi, le théâtre, les colloques, les conférences nombreuses que nous avons organisées depuis 2004 ont permis à de nombreux citoyens de s'intéresser à l'histoire coloniale, et surtout de se mettre à lire et donc à apprendre par eux-mêmes.
A titre personnel, il semblerait que votre candidature aux élections législatives de 2017 à Nanterre poserait problème aux «établis» locaux. Pouvez-vous nous indiquer ce qui se cache derrière ce voile politique ?
Ce phénomène de reproduction des tentatives de faire disparaître les indigènes de l'espace politique est bien connu. «Exister, c'est exister politiquement», disait le sociologue Abdelmalek Sayad. L'existence en politique était un enjeu majeur durant l'Algérie coloniale. Il est curieux que ce phénomène de tentative d'effacement en politique des Français héritiers de l'immigration coloniale soit toujours à l'œuvre.
Il est encore plus étonnant lorsqu'il provient de «barons» de gauche. En fait, un bon Arabe est un Arabe qui doit être servile ou s'effacer ! Je refuse la servilité infantile et la lâcheté de l'effacement, comme l'auraient souhaité ces nouveaux dominants de «gauche» avec leur subtilité. Je dois souligner qu'heureusement il existe encore des femmes et des hommes avec lesquels je partage cette philosophie de l'insoumission contre la «hogra» ; oui, je suis un insoumis qui se bat pour la justice, l'égalité et la fraternité entre les peuples. Je suis pour une mémoire totale des deux côtés de la Méditerranée.


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