Le monde célèbre cette année le cinquantenaire des indépendances africaines. C'est exactement l'âge de la résolution 1514 de l'ONU relative aux territoires et peuples coloniaux, adoptée le 14 décembre 1960. Autant dire que l'organisation internationale a fait alors preuve de constance et aussi de fidélité envers sa doctrine, laquelle, rappelle-t-on, prône la paix et la décolonisation en est justement un moyen. C'est donc le temps d'un bilan, d'un regard rétrospectif et autant se demander si l'ONU a pu aller au-devant de sa mission et accomplir l'une des actions les plus importantes et les plus nobles de son existence. C'est-à-dire être en conformité avec ses propres engagements. Il faut cependant se garder d'accabler l'ONU car de tels engagements sont ceux de ses membres en ce sens que l'ONU n'est que ce que ces derniers veulent bien qu'elle soit et qu'elle fasse. On a vu de quelle manière, à de nombreuses reprises, comment un vote a ruiné les espoirs de milliards d'êtres humains. Cela renvoie bien entendu aux questions de procédure et au fameux droit de veto. A priori seulement, car l'explication serait incomplète si l'on s'arrêtait à ces considérations, au demeurant strictement techniques. Car le vote, quel qu'il soit, reste porté par un choix politique que parfois le simple discours ne rapporte pas avec exactitude. C'est ce qui bloque la pleine application de la résolution 1514 et contrarie le processus de décolonisation, comme le prouvent les annales de l'ONU constamment tenues à jour. Seize territoires demeurent encore privés de l'exercice de ce droit le plus élémentaire de tout être humain, celui qui consacre son existence. Celui qui mettra fin au rapport occupant-occupé et dominant-dominé. C'est ce qu'ont revendiqué tous ceux qui ont décidé de combattre l'ordre colonial, de lutter par les armes et de ne reculer devant aucun sacrifice. Les Algériens l'ont fait au prix d'une guerre de Libération nationale longue et meurtrière, réussissant à faire reculer l'ordre colonial, en attendant sa totale disparition. Des calculs politiques étroits retardent cette échéance, comme au Proche-Orient où les Palestiniens sont empêchés de jouir pleinement de leurs droits nationaux par Israël, qui étend son occupation des territoires palestiniens. Des pays, a-t-on pu relever, se sont rangés du côté d'Israël en cherchant à fausser les données de la question palestinienne, n'hésitant pas à parler de guerre conventionnelle ou de symétrie des moyens, niant le rapport occupant-occupé. Ou encore au Sahara occidental, une question traitée sous l'angle de la décolonisation et qui ne trouve pas son accomplissement pour ces mêmes considérations. L'opinion internationale, qui s'est emparée de ces deux questions, a pu faire reculer ces Etats qui se présentent comme d'ardents défenseurs des droits de l'homme, en attendant qu'ils se rendent à l'évidence, celle de ne pouvoir s'opposer éternellement au droit des peuples à la liberté et à l'existence.