Le Front de libération nationale (FLN) part aux prochaines élections législatives en rangs dispersés. Les membres du mouvement de redressement et de l'authenticité, dirigé par un ancien membre du bureau politique, Salah Goudjil, ont décidé de présenter leur propre liste de candidatures. Le mouvement, qui conteste la direction du parti, à sa tête son secrétaire général, Abdelaziz Belkhadem, a fini par prendre totalement ses distances avec les instances du FLN pour arriver à un total divorce. La crise que vit le FLN depuis l'élection présidentielle d'avril 2004 va, en effet, en s'accentuant. Abdelaziz Belkhadem, qui est arrivé par un coup de force contre l'ancien secrétaire général du parti et néanmoins candidat à l'élection présidentielle de 2004, Ali Benflis, fait face depuis plus de deux années à une large contestation. Résultat des courses : en plus des légalistes, proches de Ali Benflis, et des néo-redresseurs, le FLN continue à voler en éclats. L'ancien secrétaire général de l'Union nationale de la jeunesse algérienne (UNJA), organisation de masse à l'époque du parti unique, le «trublion» Abdelaziz Belaïd, vient d'obtenir l'autorisation du ministère de l'Intérieur pour créer son propre parti politique, Jil El Moustaqbal. Un autre militant du parti, Djamel Saâdi, a lancé, lui aussi, Harakat Essahwa (Mouvement de Renaissance). Bien qu'il n'ait pas encore l'autorisation de tenir le congrès constitutif de sa formation, il se targue d'avoir des représentants dans les 48 wilayas. Les deux transfuges de l'ex-parti unique pensent pouvoir puiser dans le réservoir du parti. Selon certains, «c'est même un peu leur rôle». Pour schématiser, le FLN est divisé en quatre. Et c'est dans cette position qu'il s'apprête à affronter les prochaines échéances électorales, les législatives en mai et les locales en automne. Aux origines de la crise Après avoir été président de l'Assemblée populaire nationale (APN), au début des années 1990, connu pour ses penchants islamistes, Abdelaziz Belkhdem fait une traversée du désert après l'arrêt du processus électoral en janvier 1992. Il passera la décennie à défendre la réconciliation avec les dirigeants du parti dissous (Front islamique du salut, FIS). Il a animé plusieurs forums pour faire la promotion du dialogue politique avec la tendance la plus radicale de l'islamisme politique algérien. Son plus haut fait de guerre à la fin des années 1990 est la création d'une association s'opposant à la normalisation avec Israël. C'est lui qui a été d'ailleurs derrière l'agitation créée autour de la venue du chanteur français d'origine juive, Enrico Macias, en Algérie, sur invitation du président de la République, Abdelaziz Bouteflika lui-même. En 2000, Abdelaziz Belkhadem est rappelé pour prendre le portefeuille de la diplomatie algérienne. En 2003, il remplace Benflis à la tête du gouvernement. Mais Abdelaziz Belkhadem accomplira une mission beaucoup plus importante. Chargé de fonder un mouvement de redressement du FLN, il bénéficiera de tous les moyens pour renverser «celui qui a osé penser donner une autonomie au parti» et surtout défier Abdelaziz Bouteflika, le candidat du consensus : les médias, la justice de la nuit. M. Belkhadem et les membres de son équipe ont été récompensés par des postes ministériels qu'ils se permutent à volonté à chaque «remaniement». Amar Tou a occupé successivement les portefeuilles des Postes et des Technologies de l'Information et de la Communication, de la Santé, et des Transports. Saïd Barkat a été ministre de l'Agriculture, puis ministre de la Santé, avant d'hériter du portefeuille de la Solidarité nationale de Djamel Ould Abbas, nommé au ministère de la Santé. Belkhadem a bénéficié de toute la machine de l'Etat pour prendre possession du FLN. Certains l'accuseront même de régionalisme. Il gérera le parti par l'intrigue et la force. La restructuration du parti après le 9e congrès a buté sur une contestation qui n'a cessé de prendre de l'ampleur pour donner lieu au Mouvement de redressement et de l'authenticité. La direction du FLN n'a jamais pu installer les nouvelles structures du parti. Les affrontements ont parfois été violents. Les derniers sont ceux qui avaient émaillé la conférence des cadres organisée à Draria sur les hauteurs d'Alger par Salah Goudjil et ses partisans. Des affrontements où étaient même impliqués les enfants du secrétaire général Abdelaziz Belkhadem. Le conflit est devenu une affaire de famille. La violence et la force, qui ont fait irruption dans la gestion des conflits au sein du parti, sont devenues, marginalisation de certains cadres, une sorte de mode de gestion. Des pratiques qui ont accentué la déliquescence du règne de Abdelaziz Belkhadem et qui n'ont pas manqué également de porter l'estocade à une domination d'une direction qui, selon les membres du mouvement de redressement et de l'authenticité, a beaucoup fait dans le clientélisme. Le secrétaire général se trouve en train de gérer plus un appareil qu'un parti, puisque la base est dispersée entre plusieurs mouvements de contestation à la recherche d'un fédérateur. Le FLN au centre d'enjeux qui dépassent les législatives Le pouvoir de Abdelaziz Belkhadem est désormais factice. Il ne fait plus d'ailleurs l'unanimité, depuis au moins une année. Son obsession de vouloir se présenter à l'élection présidentielle de 2014 est contrariée par une forte contestation au sein de son parti. «Il ne doit sa survie qu'au président Bouteflika qui l'a ramené dans ses bagages», disent ses contestataires. Et comme un quatrième mandat est de moins en moins possible pour le chef de l'Etat, la position du secrétaire général du FLN est de plus en plus inconfortable et surtout fragilisée. Cela n'a pas calmé ses ardeurs ni l'a amené à mesurer son ambition. «Mieux, il veut s'imposer par n'importe quel moyen», souligne un cadre du parti. Sachant que son autorité est mise à mal, il se tourne vers les islamistes et appellera d'ailleurs les militants de l'ex-FIS et les repentis à rejoindre les rangs du FLN. Pour tous les militants, soutient un membre du comité central qui a requis l'anonymat, «Abdelaziz Belkhadem est tout simplement en train de pervertir toutes les valeurs du parti. Non seulement il est en passe de démonter son identité, mais il le conduit à la dérive. Droit au musée. Il y a comme une entreprise de sape». A quoi obéit tout cela ? Il n'arrive pas à se l'expliquer. Libre cours est donné, en effet, à toutes les spéculations au sein du parti et même en dehors. Pour beaucoup, «tout ce qui se passe au FLN à un lien non pas avec le élection législatives mais avec les élections présidentielle de 2014». Un ancien cadre du parti résume la situation en ces termes : «Le maintien de Abdelaziz Belkhadem, qui doit sa survie au président Bouteflika, malgré la forte contestation dont il fait l'objet, a un sens.» D'aucuns savent que le FLN, dans la position qui est la sienne aujourd'hui, sera laminé lors des prochaines échéances électorales. En dépit de cela, Abdelaziz Belkhadem continue à être soutenu au plus haut sommet de l'Etat. Trois hypothèses sont avancées. La première pourrait être le résultat d'âpres luttes au sommet, et qui traduit une volonté manifeste de couper l'herbe sous le pied du secrétaire général du parti qui se voit candidat, «pourquoi pas ?», à la magistrature suprême. La deuxième : Abdelaziz Belkhadem, tout en sachant qu'il ne pourra pas aller jusqu'au bout de son ambition, est aussi chargé d'une mission bien définie, celle de faire table rase, pour casser une éventuelle alternative qui viendrait du parti lui-même. La troisième tient un peu des deux premières et d'une pierre deux coups : affaiblir le FLN, réduire les ambitions de Belkhadem pour défricher le terrain devant son partenaire dans l'Alliance présidentielle, le Rassemblement national démocratique (RND) du Premier ministre, Ahmed Ouyahia. Et pourquoi pas une éventuelle candidature de ce dernier à la magistrature suprême ? Certains militants du parti se disent «n'être pas dupes». Pour eux, l'ancien secrétaire général de l'UNJA, Abdelaziz Belaïd, n'aurait jamais quitté le FLN s'il n'avait pas été «convaincu» de claquer la porte. Djamel Saâdi, un autre militant du parti également. Tout ce qui s'y passe est incontestablement le résultat de calculs politiques, liés surtout à l'élection présidentielle de 2014.