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«J'espère que l'Algérie se saisira de ce vent de liberté pour ne pas rater la marche de l'histoire»
Sihem Bensedrine. Militante tunisienne des droits de l'homme
Publié dans El Watan le 12 - 02 - 2012

Rencontrée hier en marge des travaux d'un séminaire organisé par le collectif des associations de victimes «du conflit des années 1990», Sihem Bensedrine revient sur ce qui s'est passé vendredi à l'aéroport d'Alger, où elle a failli être refoulée. Elle donne également son avis sur la situation politique en Algérie, la construction du Maghreb et l'avenir du processus démocratique en Tunisie.
- Vous avez failli être refoulée vendredi en arrivant à l'aéroport d'Alger. Comment avez-vous vécu ce moment-là ?
J'étais très frustrée. Je pensais que la Tunisie nouvelle méritait un meilleur traitement. Malheureusement, j'ai constaté que les comportements et les séquelles de l'ancien régime étaient toujours présents. Par chance, il n'y avait pas de vols de retour vers la Tunisie. Les agents de la PAF m'ont dit que je devais attendre le lendemain matin pour prendre le prochain vol. Ce temps a joué en ma faveur, parce que les journalistes et la société algérienne se sont mobilisés. Même l'ambassade de Tunisie, pour la première fois de ma vie, s'est mobilisée également pour moi. Cette mobilisation a abouti à la levée de la mesure d'interdiction et j'ai été autorisée, après pratiquement 7 heures d'attente, à entrer sur le territoire algérien.
Il n'y avait aucune motivation légale ou judiciaire qui justifie cette mesure qui datait de 2006. Il y avait une liste noire des «persona non grata» tunisiennes établie à la demande de Ben Ali et que les autorités algériennes ont accepté de prendre en considération. J'ai su également que sur cette liste figurait notre président actuel, Moncef Marzouki. Donc cette mobilisation m'a permis non seulement de rentrer en Algérie, mais aussi que cette mesure soit levée définitivement. Je profite de cette occasion pour remercier tous les amis algériens qui se sont mobilisés pour moi afin que je puisse être aujourd'hui ici, dans mon second pays.

- Quel est votre sentiment, maintenant que vous êtes enfin autorisée à séjourner en Algérie ?
Je suis très heureuse. Je compte beaucoup d'amis en Algérie et je partage beaucoup de choses avec le peuple algérien que je sens très proche de moi. Dans ma famille, l'engagement politique était lié à l'engagement pour l'Algérie ; des membres de ma famille se sont battus aux côtés du FLN pendant la guerre de Libération algérienne. Et donc, dans ma mémoire depuis que ma jeunesse, l'Algérie fait partie de mon patrimoine politique et culturel. Je rêve du jour où ces frontières entre nous soient levées et que des familles qui sont divisées se réunissent à nouveau. Il est vraiment temps de lever ce genre d'absurdités qui sont un legs du colonialisme. Nous devons suivre le modèle européen. L'argument sécuritaire ne tient plus la route.
- Ne pensez-vous pas que cela ne peut être réalisé sans l'édification d'une véritable union maghrébine ?
Oui ! Bien sûr qu'on doit arriver à cela. Mais je pense qu'on peut le faire petit à petit. L'Union européenne n'a pas commencé à 27 pays, mais par petits groupes. Et c'est ainsi que les Européens ont réussi à construire leur Union, qui continue de s'agrandir. Nous-mêmes, nous avons une destinée commune car nous avons des liens économiques et des intérêts communs ; il est grand temps de les promouvoir et d'être un partenaire régional pour l'Europe. Je sais que l'Union du grand Maghreb ne va pas se faire en un jour, mais on peut avancer à petits pas vers cet objectif et faire des progrès dans des domaines qui sont à notre portée, avant d'arriver à mettre en place une zone économique, culturelle et politique commune. Il suffit juste de commencer car, jusqu'à maintenant, nos Etats respectifs se sont fait des «guerres». Ils ne sont pas en train d'avancer vers l'unité.
- A quoi cela est-il dû, selon vous ? La raison principale n'est-elle pas l'absence de régimes démocratiques dans la région ?
Même si les régimes de nos pays sont différents, cela n'empêche pas une collaboration sur des dossiers communs. Il suffit d'une volonté politique pour y arriver.
- Le pouvoir algérien vient d'engager des «réformes politiques» et s'apprête à organiser des élections législatives. Comment voyez-vous l'avenir de l'Algérie ?
Le fait que le pouvoir algérien s'est senti obligé de modifier la loi électorale, de faire un peu plus de concessions à la société sur la commission de surveillance des élections et de faire appel à des partenaires européens pour l'observation des élections est un progrès. Mais je souligne, pour que ce soit clair, la loi électorale, même si elle constitue une avancée, n'est pas encore aux normes internationales et ne constitue pas un cadre légal et démocratique. J'espère qu'un jour, l'Algérie adoptera un code électoral respectueux de la démocratie, de la diversité politique et de la volonté populaire. Mais je dis qu'il y a un début à tout. Là c'est un premier pas, il faut le saluer tout en étant vigilant pour souligner les failles et les aspects qui font que la chance d'une alternance politique reste encore grevée.
- Quelles sont les conditions à réunir pour organiser une élection transparente, comme ce fut le cas en Tunisie ?
Les élections en Tunisie étaient réellement transparentes. Ce fut le premier scrutin libre dans le pays. Mais il y a eu certains débordements, des violations à la loi et beaucoup d'erreurs commises. Nous espérons les corriger lors des prochaines élections. Quand l'un de nos pays réussit dans un domaine donné, il peut jouer le rôle de catalyseur. Chaque avancée peut être considérée comme un acquis pour l'ensemble des pays de la région dans la mesure où cela peut servir de modèle et de source d'inspiration pour les populations qui aspirent à la démocratie. Je souhaite de tout mon cœur que l'Algérie se saisisse de ce vent de liberté qui souffle sur notre région pour se mettre au diapason et ne pas être en retard par rapport à cette marche de l'histoire vers la démocratie, vers l'alternance politique et le respect de la volonté populaire. Je suis certaine que ce jour viendra où l'Algérie disposera d'institutions démocratiques, car il y a toujours ce désir chez la société et l'élite algériennes. Mais ce n'est pas facile. Nous avons connu cela en Tunisie, où les dignitaires de l'ancien régime résistaient et ne lâchaient pas le morceau facilement.
- En Tunisie, ce sont les islamistes qui ont gagné les dernières élections. Aujourd'hui, il y a même des mouvements salafistes qui veulent imposer leur loi dans le pays. N'y a-t-il pas un risque pour l'avenir de la Tunisie ?
Je suis confiante et très optimiste. Cela ne veut pas dire que je manque de vigilance. Des dangers réels guettent le cheminement de la Tunisie vers la démocratie. Nous avons de grands défis à relever, notamment celui de la justice transitionnelle, car ceux qui ont commis des crimes ne veulent pas rendre de comptes. Mais c'est un passage obligé pour pacifier le pays et arriver à la réconciliation. Celle-ci passe obligatoirement par la lutte contre l'impunité.
Je voudrais également souligner qu'Ennahda n'a pas la majorité, même relative, au Parlement (89 sièges sur 216) ; ce parti partage le pouvoir avec deux alliés qui n'ont aucune référence islamiste. Il y a aussi au Parlement une opposition bien organisée et une société civile vigilante, dynamique, qui se pose comme une véritable force de proposition et de contre-pouvoir.
Tous ces éléments font qu'en aucun cas, la Tunisie ne peut devenir une théocratie et le parti Ennahda ne peut pas avoir les mains libres pour appliquer l'agenda islamiste. Le seul agenda qu'il peut appliquer est celui de la révolution tunisienne qui porte sur la démocratie.
Par ailleurs, il y a un courant salafiste minoritaire, mais qui est très actif et très visible. Il est effectivement une source d'inquiétude pour toute la société. Ce courant est largement manipulé par la police politique, qui veut l'utiliser pour la déstabilisation de la marche vers la démocratie. Toutefois, il a face à lui une société civile très déterminée à faire échouer ses projets.


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