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«La recherche doit se développer à l'écart des pressions des gouvernants»
Gilles Manceron. Historien et président d'honneur de la LDH
Publié dans El Watan le 28 - 02 - 2012

- Comment expliquez-vous la démarche du maire de Nice, Christian Estrosi, de vouloir faire annuler le colloque organisé le samedi 11 février par la section de la Ligue des droits de l'homme de Nice et auquel vous étiez présent ?
Le maire de Nice a voulu flatter une partie de ses électeurs, ceux qui sont nostalgiques de l'Algérie française et qui ressassent les vieux mythes de la «colonisation positive» et de «l'œuvre civilisatrice» de la France coloniale, en méprisant le travail des historiens qui mettent de plus en plus en lumière les injustices et la violence qui régnaient à l'époque. M. Estrosi, en liaison avec des associations d'anciens de l'OAS qui restent accrochés à leurs certitudes et refusent de s'interroger de manière critique sur ce passé, cherche à instrumentaliser la douleur des pieds-noirs qui ont dû quitter la terre où ils vivaient et ont souffert de cet exil.
Il a prévu une série de manifestations avec ces associations et n'a pas supporté que d'autres associations, dont la Ligue des droits de l'homme, disent, avec le concours de jeunes universitaires, un certain nombre de vérités sur cette histoire. Il a cherché à interdire ce colloque, qui avait lieu pourtant dans l'espace privé des locaux d'une association de jeunesse et de loisirs, ce qui est contraire à tous les principes qui régissent les libertés publiques dans un pays démocratique.
- Alors que le colloque, dont vous êtes à l'origine, avait pour objectif d'«en finir avec les silences, les déformations, les tabous et les instrumentalisations de l'histoire», la démonstration n'est-elle pas ainsi faite que cinquante ans après la fin de la guerre d'Algérie, le climat n'est pas encore à la sérénité ?
En effet, cinquante ans après la fin de la guerre d'Algérie, on voit ressurgir en France des discours d'autrefois, complètement imprégnés de racisme et d'esprit colonial.
Le beau festival de films consacré à la guerre d'indépendance algérienne que le Forum des images a organisé, à Paris, en janvier, avec de multiples conférences et débats, a été l'objet de violentes attaques de la part de la presse d'extrême droite.
Mais un public nombreux y a finalement assisté et les échanges ont été, en réalité, riches et sereins. De même, le colloque de Nice, que le maire voulait empêcher, s'est déroulé devant une salle comble et le groupe de perturbateurs qui étaient venu le matin a dû partir de lui-même, car ces gens n'avaient que des invectives à proférer et aucun argument sérieux à développer. On assiste, cinquante ans plus tard, à la résurgence de haines anciennes, mais ceux qui les expriment ne font pas le poids face à la volonté de comprendre des nouvelles générations, au travail des historiens, aux œuvres des écrivains comme le roman qui a reçu le dernier Prix Goncourt, L'Art français de la guerre d'Alexis Jenni, ou celles des cinéastes comme le film Ici on noie les Algériens de Yamina Adi, qui est sélectionné parmi les meilleurs documentaires en compétition pour les prochains Césars.
- Pourquoi toutes ces oppositions à un débat serein ?
J'y vois deux raisons essentielles. D'abord, le silence officiel qui a régné pendant cinquante ans sur cette histoire, un silence lié à la volonté de ne pas reconnaître les violations des droits de l'homme commis à l'époque coloniale et aux amnisties et autres mesures de réhabilitation des anciens militaires putschistes et membres de l'OAS, qui ont favorisé une forme d'amnésie collective. Tout cela a laissé intact des discours nostalgiques et revanchards qui ont continué à être tenus dans certains milieux, dans de petits cercles communautaires, et qui étaient prêts à ressortir au grand jour si on leur en donnait l'occasion.
Ensuite, l'occasion leur a été donnée dans les années 2000, où ces discours ont été réactivés dans des buts électoralistes. Certaines forces politiques françaises ont jugé bon, en fonction de leurs calculs électoraux, de rechercher l'appui de cette fraction de l'opinion, ce qui lui a donné l'occasion de faire réapparaître son discours au grand jour. Cela a donné la loi de 2005 sur la «colonisation positive», puis, en 2007, les discours du président Sarkozy sur le «refus de la repentance».
- Qu'est-ce qui fait que certaines mémoires sont toujours à vif ?
La génération des pieds-noirs qui a quitté l'Algérie est restée marquée par cet exil. Ceux qui sont partis lors de l'indépendance l'ont fait dans la précipitation, ils ne s'attendaient pas à devoir le faire. Beaucoup en ont été profondément traumatisés.
Par ailleurs, du fait que la République française n'est jamais revenue sur le discours tenu par tous ses dirigeants sur la nécessité des colonies pour la France et l'idée même qu'elle ne survivrait pas à leur perte, les jusqu'au-boutistes de la colonisation, qui se sont rebellés contre la reconnaissance de l'indépendance, ont continué à avoir le sentiment d'être restés fidèles à ce que les institutions du pays avaient dit pendant des décennies. Ils ont continué à être convaincus qu'ils avaient défendu «l'honneur» de la France contre des dirigeants qui la trahissaient, de s'être légitimement rebellés et d'être devenus les victimes injustes de leur fidélité aux intérêts du pays. Le silence de l'Etat français sur le fait colonial pendant cinquante ans ne les a pas aidés à se défaire de ce sentiment.
- Comment les mettre à plat ?
Il faut remplacer le silence officiel par le débat et la parole. Il faut expliquer en quoi la colonisation tournait le dos aux valeurs mêmes de la République et des droits de l'homme. En quoi les gouvernements français n'ont pas su imposer leur politique à la société européenne d'Algérie, quand les forces politiques, qui la dominaient, faisaient obstacle aux mesures, mêmes timides, qu'ils voulaient prendre en faveur des Algériens. Ils leur ont toujours cédé et n'ont pas su s'en démarquer, contrairement aux Britanniques qui ont su désavouer ouvertement l'apartheid en Afrique du Sud. Il faut qu'on revienne en France sur cette histoire et que l'Etat fasse les mises au point nécessaires.
- Le 19 Mars, date des accords du cessez-le feu, ne fait pas l'unanimité en France pour marquer la fin de la guerre...
L'opposition à la date du 19 Mars comme date de commémoration de la fin de la guerre relève, en réalité, d'un refus de reconnaître l'indépendance du pays, d'un regret que la guerre n'ait pas été poursuivie, de l'idée que la guerre pouvait être gagnée, puisque la supériorité militaire de la France lui avait permis de réduire de nombreux maquis et de mieux contrôler le territoire. Mais ceux qui pensent cela ne comprennent pas que la défaite de la France était inévitable, car c'était une défaite politique, puisque le peuple algérien, au fil de la guerre, avait pris de plus en plus fait et cause pour la lutte du FLN, et une défaite diplomatique, car l'opinion mondiale était majoritairement favorable à l'indépendance de l'Algérie. Ils ne mesurent pas non plus la satisfaction du peuple français lors de la signature des accords d'Evian.
- Permettez-moi de vous poser la question qui était au cœur de votre communication à ce colloque qui s'est tenu malgré tout : Pourquoi une issue comme en Afrique du Sud n'a-t-elle pas été possible ?
D'abord, parce qu'en Afrique du Sud, les institutions favorables à l'apartheid se sont trouvées désavouées par la métropole coloniale, la Grande-Bretagne, alors que jusqu'à la dernière année de la guerre, les gouvernements français n'ont pas su affronter clairement les jusqu'au-boutistes de la colonisation. Ensuite, parce que, parmi les Européens d'Algérie, il n'est pas apparu un courant important en faveur du dialogue et d'une Algérie indépendante. C'est le slogan «Algérie française» qui a prévalu dans cette communauté. Les éléments les plus ouverts, ceux qui acceptaient le principe de l'égalité de tous les habitants du pays, sont restés minoritaires. Ce sont les extrémistes qui l'ont emporté, y compris par la violence contre les Européens démocrates chrétiens, communistes ou libéraux, qui recherchaient le dialogue avec les autres composantes dans la majorité d'Algériens autochtones. Mais les Sud-africains blancs, qui ont suivi Frederik De Klerk et accepté le dialogue avec l'ANC de Nelson Mandela, savaient ce qui s'était passé en Algérie presque trente ans plus tôt et ils étaient en mesure d'en tirer les leçons. Alors que les pieds-noirs n'imaginaient pas ce qu'ils devraient subir comme départ et comme exil s'ils persistaient dans leur refus du dialogue.
- Comment dépasser ces enkystements mémoriels et se projeter dans un avenir plus apaisé ? Est-ce possible alors que le révisionnisme de l'histoire est encouragé par les dirigeants politiques français eux-mêmes ? Révisionnisme matérialisé par la Fondation pour la mémoire de la guerre d'Algérie contestée par les historiens...
Pour dépasser ce ‘‘ressassement'' des mémoires meurtries, il faut accepter à la fois la confrontation des mémoires des deux rives et le travail des historiens. Et non pas, selon les mots d'un responsable pied-noir interrogé lors d'un reportage télévisé de France 3 et qui demandait au maire de Nice l'interdiction de la rencontre organisée par la Ligue des droits de l'homme, les qualifier de «pseudo-historiens qui disent des choses qu'ils ne devraient pas dire». C'est par la connaissance des résultats de la libre recherche historique, à l'écart de toutes les instrumentalisations officielles, qu'on pourra progresser vers une perception apaisée du passé. La recherche doit se développer à l'écart des pressions des gouvernants, contrairement à ce qui s'est produit en France dans le cas de la Fondation pour la mémoire de la guerre d'Algérie, qui a été mise en place sur la base de l'article 3 de la loi de 2005. Et cette connaissance doit aussi se développer sur la base des regards croisés des historiens des deux pays.


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