L'Institut technologique de la santé publique d'Oran a abrité, dans la matinée de jeudi, un séminaire régional de formation sur la rage qui, selon de nombreux intervenants, constitue « un risque majeur pour la santé en Algérie ». En effet, devant la recrudescence de la rage, notamment durant les années 2002 et 2003, par rapport aux années précédentes au niveau national et particulièrement à Oran, et devant le manque de coordination entre les différents intervenants dans la lutte contre les zoonoses, à savoir les services dépendant du ministère de l'Intérieur, tels que les collectivités locales (APC) et ceux dépendant du ministère de l'Agriculture, à l'exemple des directions de l'agriculture (DSA) au niveau des wilayas, cette rencontre s'est voulue, en premier lieu, une journée d'information et de sensibilisation. En second lieu, elle vise la réactualisation des connaissances et la formation des personnels de la santé chargés de la lutte contre la rage, plus particulièrement dans le cadre de la conduite à tenir devant toute morsure d'animal suspect. Concernant la situation épidémiologique, il est fait état de 2000 cas de morsure à Oran, dont un enfant originaire de Aïn Turck, décédé de rage au début de la saison estivale. En tout état de cause, au-delà des volets épidémiologique et de la conduite à tenir devant un cas de morsure suspect, cette rencontre est motivée par l'introduction sur le marché national, par l'entremise de l'Institut Pasteur d'Algérie (IPA), d'un nouveau vaccin antirabique, le Rabipur, son utilisation est fixée selon un calendrier vaccinal adapté aux différents types d'expositions. Ce nouveau vaccin, même si la représentante de l'IPA soutient qu'« il existe et qu'il est utilisé à la demande des malades depuis 20 ans », est fait à base de culture cellulaire d'embryons de poulets. Contrairement au vaccin antirabique classique, non seulement, il ne génère aucun effet indésirable mais il est moins astreignant car il est constitué de cinq doses seulement. Cependant, de l'avis de nombreux intervenants au niveau des secteurs sanitaires des différentes régions de l'Ouest, sa généralisation fait face à moult contraintes, dont le manque de coordination entre les différentes structures de soins et l'IPA, qui « n'honore pas toujours les bons de commande dont il est destinataire », ce qui, d'ailleurs, a généré une polémique, mais son coût de commercialisation, 1 200 DA la dose, soit 6 000 DA le traitement, reste un handicap incontestable pour les secteurs sanitaires, alors que le vaccin antirabique classique est actuellement commercialisé à 800 DA le traitement de 12 doses. Cela étant, on apprendra que cette volonté, il faut le reconnaître, subite des pouvoirs publics de généraliser l'utilisation du vaccin Rabipur en Algérie est motivée par une exigence de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) formulée en 2002. En effet, l'on saura que l'OMS a fixé le début de l'année 2005 comme date butoir pour la généralisation totale de ce « nouveau vaccin » non encore commercialiséau niveau des officines pharmaceutiques privées ? Il est également légitime de se poser la question suivante : est-ce que cette exigence, au-delà des caractéristiques thérapeutiques du vaccin Rabipur, n'est-elle pas motivée par des visées hégémoniques de groupes pharmaceutiques occultes sur le marché local du médicament ?