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Ibn Tufayl-Daniel Defoe, la parabole de l'île
La solitude des coureurs de fond
Publié dans El Watan le 06 - 04 - 2006

C'est dans une version abrégée, en langue arabe que je fis la connaissance de Robinson Crusoe, de Daniel Defoe, (1660-1731), à la fin des années cinquante du siècle dernier. Le préposé à notre bibliothèque scolaire, voyant mon intérêt pour la littérature, comme pour me mettre l'eau à la bouche, me proposa ce texte, alors fraîchement traduit au Moyen-Orient, mais, quelque peu bâclé :
C'est une histoire qui ressemble tant à celle de Sindbad le marin ! Au milieu des années 1960, c'est dans une belle traduction française que je fis la relecture de ce roman. Il faut dire que la première impression est restée intacte. La troisième lecture, je la fis en anglais, dans les années 1970. Elle n'était pas sans m'offrir l'occasion de reconsidérer pas mal d'idées reçues, car elle avait coïncidé avec la rencontre d'un homme de lettres du Moyen-Orient. Celui-ci, vantant les mérites de la recherche en littérature comparée, mais comme s'il s'agissait d'une enquête policière, me dit alors sur un ton de suffisance : il a été démontré que Robinson Crusoe n'est autre qu'une pâle copie de Hayy Ibn Yaqzan, de l'Andalou, Ibn Tufayl, (1100-1185). Et d'ajouter encore : c'est toute la littérature anglaise classique qui a été condamnée pour ce plagiat ! Qu'y a-t-il de commun entre les deux histoires sinon la solitude devenue presque palpable, pour ainsi dire, dans les deux îles sur lesquelles ont échoué, tour à tour, les protagonistes d'Ibn Tufayl et de Daniel Defoe ? La solitude de Hayy Ibn Yaqzan est volontaire, voulue par l'auteur, mais, dans un but d'ordre métaphysique. Celle de Robinson Crusoe, pourrait-on dire, est accidentelle, reflétant l'esprit occidental ballotté par un violent mouvement mercantiliste. En outre, Ibn Tufayl situe son île fictive dans une région bien tempérée, propre, selon lui, à la spéculation philosophique, celle à même de lui permettre de développer sa thèse sur la disposition naturelle de l'homme à s'orienter vers le Créateur. Daniel Defoe, lui, ne s'en éloigne guère. Grâce à sa force d'imagination, aux récits des marins, il se permet de situer son île en Amérique latine, mais, aux dépens de la vérité géographique puisqu'il n'a jamais voyagé au-delà de son Angleterre natale. Son protagoniste passe un peu plus de vingt-huit ans sur son île à la suite d'un naufrage avant de revenir parmi les civilisés. Et dire, qu'au départ, Defoe s'était inspiré d'une histoire véridique mettant en scène un simple naufragé sur une île située, quelque part, en Afrique de l'Ouest. Son imagination a donc fait le reste. En d'autres termes, les deux histoires n'ont rien de commun sinon la solitude elle-même comme point de départ pour atteindre deux objectifs différents à tout point de vue. Ibn Tufayl, cet Andalou qui représente la quintessence de l'action intellectuelle au XIIe siècle, s'est appliqué, avec une grande finesse, à bâtir un système philosophique pour répondre, intelligemment, à l'une des questions les plus délicates de l'existence humaine, celle de concilier la foi et la raison. Daniel Defoe, quant à lui, est un écrivain à l'imagination débordante, mais à l'esprit mercantiliste. Endetté tout le temps, il ne ratait pas une occasion pour se dérober à ses créanciers et aller vadrouiller sur les côtes de l'Irlande ou de l'Ecosse.Ibn Tufayl n'avait d'autre objectif, dans son Hayy Ibn Yaqzan, que la préservation de la dignité humaine sous quelque latitude qu'elle se montrât. D'où son grand humanisme et son intégrité intellectuelle qui, avec la descente de l'âge, l'incita à céder sa place de médecin et de précepteur, dans le palais d'Abou Yacoub, au profit de son disciple, le grand Ibn Ruchd. Daniel Defoe symbolise la vision européaniste triomphante de l'époque sur une île dessinée et configurée selon les visées et les besoins de son temps. Son erreur, si erreur il y a eu, c'est celle d'avoir voulu reformuler ce que les anciens Grecs avaient dit à propos des peuples méditerranéens : civilisés, d'un côté, barbares, de l'autre. Son protagoniste fait son incursion dans les côtes de l'Afrique du Nord, s'engage profondément en Afrique de l'Ouest à la recherche du gain pour terminer comme capitaine d'un bateau négrier ou comme guerrier prêt à anéantir des populations entières en Amérique latine. Hayy Ibn Yaqzan, bâtisseur de civilisation, contre un Robinson Crusoe, destructeur patenté de tout ce qui vit !Bien sûr, le goût du lecteur, n'importe quel lecteur, est le seul vrai juge en la matière. C'est ce qui m'autorise, du reste, à prétendre qu'il n‘y a rien de commun entre Daniel Defoe et Ibn Tufayl sinon la solitude de leurs protagonistes, coureurs de fond sur deux îles désertes. Ne dit-on pas que la solitude mène, en fin de compte, aux deux issues diamétralement opposées : la sagesse ou la folie ? La littérature universelle n'est-elle pas, dans son essence, un échange constant, un champ d'interactions intellectuelles par excellence entre les hommes d'une manière générale, et les hommes de lettres en particulier ? Ibn Tufayl demeure sur son piédestal, c'est-à-dire, comme un grand humaniste, doté d'une probité intellectuelle qui fait encore l'admiration de tous ceux qui ont eu à lire son œuvre principale, Hayy Ibn Yaqzan. Daniel Defoe, quant à lui, est, à coup sûr, un grand écrivain, mais, ayant des préoccupations de l'instant, et sans grande profondeur philosophique.

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