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Un jour, la démocratie ?
La chronique de Maurice Tarik Maschino
Publié dans El Watan le 27 - 06 - 2013

La démocratie est à la mode. Le mot, en tout cas : il n'est pas de gouvernement, si dictatorial soit-il, qui ne se revendique démocrate. Mais il n'est pas non plus de gouvernement, si respectueux qu'il soit des formes d'une gestion démocratique – libre jeu des partis, élections non truquées – qui ne s'efforce de restreindre au maximum la participation des citoyens à la vie politique. La démocratie fait peur, en effet. Et depuis plus de 2000 ans au moins, elle est régulièrement discréditée : Platon lui reproche, dans La République, de promouvoir le règne des individus qui ne cherchent que leurs intérêts, comme de détruire l'ordre des valeurs – de mettre sur le même pied d'égalité le père et le fils, le maître et l'élève, le «métèque» et le citoyen. Bien des modernes lui adressent les mêmes reproches et l'accusent, comme il y a deux millénaires, de saper toute autorité, toute hiérarchie et de favoriser la promotion des «médiocres».
Les gouvernements des pays démocratiques sont plus habiles : ils ne critiquent pas la démocratie, ils s'efforcent au contraire de convaincre les citoyens que la démocratie est déjà réalisée, qu'ils vivent dans des pays qui la respectent, que l'organisation de la vie politique permet au peuple de faire prévaloir ses choix et que les lois votées par ses représentants expriment la volonté générale : les élections sont libres, disent-ils – en un sens, ils disent vrai : elles ne sont pas truquées – et les responsables politiques sont ceux-là mêmes que les citoyens ont choisis.
Pourtant, cette démocratie-là n'est pas la démocratie, explique le philosophe Jacques Rancière dans un livre très dense, La Haine de la démocratie (1), que chacun a intérêt à lire tant préjugés et confusion obscurcissent souvent le jugement. «Les sociétés, aujourd'hui comme hier, rappelle J. Rancière, sont organisées par le jeu des oligarchies. Et il n'y a pas à proprement parler de gouvernement démocratique. Les gouvernements s'exercent toujours de la minorité sur la majorité.» Cette minorité est assurément élue, mais les citoyens n'ont le choix qu'entre des candidats qui se ressemblent : ils ont fait les mêmes études, ils sortent des mêmes écoles – en France, l'Institut des sciences politiques, l'Ecole nationale d'administration –, ils ont les mêmes connaissances, le même savoir et, à quelques nuances près, le même esprit de caste, le même désir de gouverner – ce qui éloigne au maximum d'une pratique réellement démocratique –, enfin la même vision de la société. Les citoyens ont et n'ont pas le choix : ils l'ont puisqu'ils peuvent élire des libéraux, des «socialistes», des communistes, mais comme les uns et les autres ont globalement la même orientation et la même façon, par exemple, de traiter les problèmes de l'immigration ou des rapports de l'Europe avec les pays du Maghreb et d'Afrique noire, ils ne l'ont pas.
Issus des mêmes écoles, les représentants de l'oligarchie étatique et de l'oligarchie économique qui gouvernent les pays dits démocratiques sont d'autant plus éloignés de l'idéal démocratique qu'ils n'ont de cesse de cumuler les fonctions et d'être présents dans le plus grand nombre d'instances de pouvoir : gouvernement, conseils généraux, conseil économique et social, municipalités. Leur seule préoccupation : ajouter du pouvoir au pouvoir et durer. Tels ces maires qui dirigent depuis plus de vingt ans leur commune, ces ministres qui régulièrement reprennent un poste. En imaginant même que des règles très strictes démocratisent le fonctionnement du système représentatif – «des mandats électoraux très courts, précise J. Rancière, non cumulables, non renouvelables (…), réduction au minimum des campagnes et des dépenses de campagnes», non-ingérence des puissances économiques dans les processus électoraux – le pouvoir politique ne deviendrait pas, pour autant, réellement démocratique.
Tout Etat a tendance à élargir son champ d'intervention, à régir la vie quotidienne des citoyens, à l'orienter dans un sens qui sauvegarde ses intérêts. Moins le peuple intervient dans les affaires de la cité et mieux le pouvoir se porte. A la limite, l'idéal de tout pouvoir est de «se débarrasser du peuple», de «gouverner sans peuple». Aussi traite-t-il de «populisme» tout mouvement populaire qui contrarie ses projets et ses initiatives : «Populisme, écrit J. Rancière, est le nom commode sous lequel se dissimule la contradiction exacerbée entre légitimité populaire et légitimité savante, la difficulté du gouvernement de la science à s'accommoder des manifestations de la démocratie et même de la forme mixte du système représentatif.»
La démocratie n'est pas la forme d'un gouvernement – il n'y a pas d'Etat, pas de pays démocratique – elle n'est pas la marque d'un système de pouvoir – tous les pouvoirs la détestent –, elle est le combat d'un peuple pour restreindre l'extension, toujours démesurée, du pouvoir étatique, une lutte incessante pour faire en sorte que le bien du peuple l'emporte sur les intérêts particuliers ; elle est un combat incessant que bien des peuples, déçus, usés, fatigués ne mènent plus, ou par intermittence. C'est dire qu'aujourd'hui, elle est bien plus un idéal qu'une réalité.
1) Editions La Fabrique, Paris, 2011


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