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Une idée de liberté
Evocation. Ce «Métèque» de George Moustaki
Publié dans El Watan le 06 - 07 - 2013

Dans sa chanson, L'ambassadeur, on peut l'entendre dire : «Je ne suis pas d'ailleurs, je ne suis pas d'ici, je suis contemporain de chaque instant qui passe.»
Ce couplet d'alexandrins résume parfaitement Georges Moustaki, cet alexandrin justement, avec «sa gueule de métèque, de juif errant et de pâtre grec». Voyageur libertaire, aimant par-dessus tout la paresse et le dilettantisme, Moustaki se plaisait à être un «Oriental» de pure souche. Quand, à l'école, on lui avait demandé ce qu'il aimerait devenir après, il eut cette réponse laconique : «Je veux être vieux». Partisan du moindre effort, Moustaki avait même chanté «le droit à la paresse», et était de ceux qui pensaient que «pour bien travailler, il faut peu travailler». Grec d'origine juive, égyptien de naissance, français par adoption, Moustaki est surtout un citoyen du monde, ayant passé le plus clair de son temps à voyager. Un nomade en somme, un promeneur, qui aimait laisser le temps passer sans lui : «De château en Espagne en pays de Cocagne, je ne sais où je vais, je passe !». Il était aussi un célibataire forcené. En dépit d'un mariage «éphémère», jusqu'à son dernier souffle, il a toujours préféré sa solitude, la chantant si bien : «Pour avoir si souvent dormi avec ma solitude, je m'en suis fait presque une amie, une douce habitude, elle ne me quitte pas d'un pas, fidèle comme une ombre, elle m'a suivi çà et là, aux quatre coins du monde.»
Pour autant, cela ne l'a jamais empêché d'être un éternel amoureux. Il vouait une adoration obsessionnelle à la gent féminine, au point de lui offrir ses plus belles œuvres. Qu'il s'agisse de femmes rondes «sensuelles et girondes», de femmes mûres qui «n'ont plus vingt ans depuis longtemps», ou encore de jeunettes que «le soleil enivre, et que la nuit délivre», la femme a toujours été mise sur un piédestal dans son répertoire. Né en Egypte en 1934, de parents grecs, le petit Giuseppe Mustacchi (qu'on appelait aussi Youssef) a grandi dans une Alexandrie cosmopolite, où se mêlaient plusieurs cultures et origines. Quand il ne piquait pas une tête dans la Méditerranée, le jeune Moustaki passait son temps dans la librairie paternelle, où, de longues heures durant, il dévorait des livres. Polyglotte invétéré, c'est aussi grâce à ce cosmopolitisme que Moustaki a appris à parler plusieurs langues : de l'arabe à l'hébreu en passant par le français, l'anglais, l'italien, le grec, l'espagnol, et le portugais. Ce monde oriental lui avait aussi offert une autre vertu : prendre le temps de vivre et savoir apprécier chaque instant qui passe. Ce savoir-vivre, tant chéri par l'écrivain égyptien, Albert Cossery, où la vie est prise par la taille, «sans n'avoir à la gagner comme une bataille», transparaît de façon indélébile, dans la vie et l'œuvre du chanteur.
Toutefois, en 1951, alors âgé de 17 ans, voulant changer d'horizon, il décidera de s'exiler, gagnant Paris où il s'imprégnera de l'ambiance des cabarets de cette époque où le jazz était alors à son âge d'or. Le jeune Youssef, émerveillé, faisait la tournée des boxons de Saint-Germain-des-Prés jusqu'aux heures les plus tardives. Il vivait de débrouillardise et de divers métiers, tour à tour journaliste, barman, plongeur... Pour l'anecdote, lors de son arrivée en France, Moustaki avait rencontré un Marseillais, scout de son état, qui, pour ne pas trop le dépayser, l'avait emmené dans des endroits fréquentés par des arabophones. Une amitié s'était ainsi nouée entre eux, et quelques décennies plus tard, après s'être perdus de vue, les deux hommes se croiseront en Tunisie, et Moustaki apprendra que cet ami Marseillais, tellement séduit par tout ce qu'il lui avait raconté sur l'Orient, avait décidé de se convertir à l'islam. Une anecdote somme toute assez plaisante et singulière. C'est peut-être la première fois qu'un incroyant (Moustaki se considérait comme tel), faisait entrer, fut-ce «à l'insu de son plein gré», une personne en islam !
C'est durant cette période, au début des années 1950, que Moustaki avait décidé de s'essayer à l'écriture, après avoir assisté à un concert de Georges Brassens, lui aussi débutant. Ecouter des chansons comme Le gorille ou La mauvaise réputation, avait provoqué en lui une sorte de déclic, le poussant vers cet art. C'est d'ailleurs en hommage à Brassens qu'il décide de se donner pour nom de scène le prénom Georges. Quant à Brassens, il sera le premier à reconnaître le talent de son jeune confrère. Il écrira ainsi, dans le premier 33 tours de Moustaki, cette belle préface : «Il existe encore des poètes, Moustaki en est un. Il écrit des chansons entre les lignes. Il aurait pu bâcler des insanités et se faire chanter par la canaille lyrique. Il a choisi les chemins escarpés, les chemins coupés. Il fait confiance au public, il aura sa récompense.»
Mais le succès, le véritable, ne viendra que quelques années après, en 1959, avec la rencontre d'Edith Piaf, celle qui ne tardera pas à devenir sa complice puis son amante. Moustaki lui avait écrit Milord et l'avait ainsi propulsée dans un succès tourbillonnant, les ayant fait voyager aux quatre coins du monde. Après ce succès planétaire, le talent de Moustaki est «reconnu» par la profession. Une multitude de chanteurs le sollicitent pour leur écrire des chansons. Celui qui sort du lot est assurément Serge Reggiani pour lequel il a écrit quelques chefs-d'œuvre comme Sarah, Madame Nostalgie ou encore Votre fille a vingt ans. Toujours fidèle à lui-même, Moustaki restera, malgré le succès, un maître en oisiveté. Tellement oisif qu'il décide même de se laisser pousser la barbe, histoire de ne plus devoir se raser chaque jour.
Cette décision ne sera pas sans conséquence puisqu'elle lui donnera «une gueule de métèque». Une dame du monde, plutôt collée-montée, dont Moustaki fréquentait la fille, en le voyant pour la première fois, ne manquera pas de s'exclamer : «Mais qu'est-ce que c'est que ce métèque !». Plutôt que de provoquer l'indignation de l'intéressé, cette remarque le fera sourire et lui donnera plus tard l'idée d'écrire Le métèque. Se voulant d'abord une chanson d'amour, cette œuvre a fini par devenir une chanson de revendication, rendant hommage à tous les exclus, ceux qu'on rejette pour délit de faciès. On est à présent dans les années 1960, une époque où le monde bouillonnait, et où le fascisme, dans certains pays, était à son apogée. Le coup d'état des colonels en Grèce avait poussé Moustaki à s'y rendre pour participer à la résistance intellectuelle. Il y rencontrera le musicien et opposant Mikis Théodorakis et traduira en français quelques unes de ses chansons, notamment Nous sommes deux ou Le facteur. Un peu plus tard, il écrit Flamenco, déclaration d'amour à l'Espagne oppressée : «Qui le premier pourra chanter les accords de la liberté, qui chantera le flamenco dans une Espagne sans Franco, ce sera fête ce jour-là, et moi, je voudrais être là…»
Lors de la révolution des œillets, au Portugal, il sera également présent, en chantant : «A ceux qui ne croient plus voir s'accomplir leur idéal, dis-leur qu'un œillet rouge a fleuri au Portugal.» Se revendiquant «homme du Tiers-Monde», Moustaki a chanté les révolutions et a écrit l'incontournable Sans la nommer que beaucoup de révolutionnaires, à ce jour, revendiquent et reprennent à leur compte. La toute première fois qu'il avait chanté au Maghreb, c'était au Maroc, où il fit la connaissance de Nadia, une Marocaine avec qui il vivra une relation passionnelle. Cette jeune femme faisait partie des mouvements marocains qui luttaient pour la cause palestinienne. Une passion «shakespearienne» était alors née entre la pasionaria et le barde juif. Cette Nadia fut arrêtée en Israël, tandis qu'elle s'apprêtait à participer à une action contre l'Etat hébreu, Moustaki combinera un stratagème pour revoir sa bien-aimée. Il proposera aux autorités du centre pénitencier où elle se trouvait, d'organiser un concert au profit des détenues. Ce spectacle lui permit d'entrevoir sa dulcinée noyée dans le public des prisonnières. Il confiera, dans un livre autobiographique, Les filles de la mémoire, n'avoir jamais ressenti, dans un spectacle, pareille émotion. Peu après, il consacrera à la «belle captive» une magnifique chanson, à la fois sensuelle et douce, intitulée Je ne sais pas où tu commences.
Les années 1970 marquent le début d'une longue histoire qui liera Moustaki au Brésil, pays qu'il chérira tout particulièrement, et qui lui inspirera quelques perles, dont Bahia, la plus connue : «C'est là qu'un beau jour a commencé le Brésil et sa première capitale, c'est là que l'Afrique vit encore en exil, et parle la langue du Portugal.» Enfant de bohème et citoyen du monde, Moustaki n'a eu de cesse de clamer l'«état de bonheur permanent et le droit de chacun à tous les privilèges», de chanter que la terre est un jardin, «une maison des arbres, avec un lit de mousse pour y faire l'amour, et un petit ruisseau coulant sans une vague».
Tout au long de son répertoire, on décèle cette quête d'un paradis perdu, cette nostalgie d'un monde utopique où il fait bon vivre. Moustaki prône simplement la vie et la joie de vivre. «Tant que je pourrai voir sous un ciel de Provence, la tête et les pieds nus, une fille jolie, marcher en balançant et les reins et les hanches, j'aimerais la vie.» Cette envie de vivre, sans projet ni habitude, ne lui fera pas oublier que celle-ci est éphémère : «Dire qu'il faudra mourir un jour, quitter sa vie et ses amours. Dire qu'il faudra laisser tout ça, pour Dieu seul sait quel au-delà ! » Mais qu'importe, car il a toujours su affronter cette fatalité, celle de la rencontre inévitable avec la Faucheuse, en adoptant une philosophie qui lui est propre, la philosophie Butacada : «Nous avons toute la vie pour nous amuser, nous avons toute la mort pour nous reposer !»


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