La présence de Abdelaziz Belkhadem à la conférence des chefs d'Etat africains à Banjul, en Gambie, pose une nouvelle fois la question des prérogatives au sommet de l'Etat. Pourtant investi des charges de la chefferie du gouvernement, le patron du FLN se voit confier la mission d'aller au cœur de l'Afrique pour parler diplomatie au nom de l'Algérie. Et au nom du président Bouteflika. Mohamed Bedjaoui, personnalité toute désignée pour s'occuper d'un tel dossier de son secteur, n'a curieusement pas accompagné le chef de l'Etat à la capitale gambienne. Tout se passe comme si le vrai ministre des Affaires étrangères ne devrait s'occuper que de certaines affaires étrangères… Belkhadem, qui a eu à gérer ce département sensible, semble avoir les bonnes grâces du Président en gardant ainsi un bon pied dans ce secteur. Pourquoi donc le chef du gouvernement devrait-il s'encombrer des maux des continents quand ceux des Algériens sont aussi préoccupants ? Y avait-il vraiment une nécessité absolue à ce que l'Algérie soit représentée dans ce forum de l'UA par son Président, son chef du gouvernement et son ministre délégué aux Affaires africaines ? Le fait est que c'est la première fois que les deux patrons de l'Exécutif quittent simultanément le pays pour un même rendez-vous diplomatique. Ni Ouyahia, ni Benflis, encore moins les ex-Premiers ministres sous Chadli n'ont eu ce privilège d'accompagner le chef de l'Etat à l'étranger. Et Dieu sait que ce n'est pas le travail qui manque en Algérie pour justifier cette « vacance » temporaire du pouvoir. Le calendrier socioéconomique a dû être chamboulé en dernière minute pour permettre au diplomate et accessoirement chef du gouvernement d'entreprendre son safari africain. Entorse La bipartite qui devait se réunir hier pour entériner les mesures sociales décidées a été différée jusqu'au retour de M. Belkhadem. La présence de ce dernier à Banjul est-elle à ce point importante pour faire entorse au calendrier, théoriquement chargé, du chef du gouvernement ? Ce cumul de fonctions du secrétaire général du FLN, au-delà du fait qu'il constitue un empiétement évident sur les platebandes du ministre des Affaires étrangères, censé conduire la diplomatie algérienne aux quatre coins de la planète, suggère une volonté du président de la République de booster Abdelaziz Belkhadem pour lui donner l'étoffe d'un chef d'Etat. Ayant déjà une voix au chapitre de la lointaine Amérique latine, où il a été dépêché dernièrement pour assister à l'investiture de deux présidents, Belkhadem s'est également assuré la mainmise diplomatique sur tous les dossiers liés aux Arabes en général et à la Ligue du même nom en particulier. Et avec cette irruption dans les affaires africaine au moment où il est il est investi d'une lourde mission en Algérie, Belkhadem aura bouclé la boucle pour quelqu'un qu'on dit présentement promis à un destin national. Et la révision de la Constitution dont il s'est fait un point d'honneur de défendre bec et ongles le principe trouve là toute sa signification. En effet, le poste de vice-président projeté dans cette révision devrait lui revenir presque de droit connaissant sa proximité avec le chef de l'Etat. Un strapontin qui lui servira de rampe de lancement en 2009 et peut-être même avant. Pour se mettre en orbite, Abdelaziz Belkhadem n'ignore pas qu'il doit s'armer d'un solide background lui permettant de se mettre déjà dans la peau d'un chef d'Etat. Et sur ce plan, le président Bouteflika est en train de lui donner un sacré coup de main. En attendant de lui tailler une constitution sur mesure. Lentement, mais clairement, Abdelaziz Belkhadem fait ses premiers pas du palais du gouvernement en direction de celui d'El Mouradia. A moins qu'un insondable calcul du régime ne vienne détourner ce fidèle serviteur de Bouteflika de sa voie royale pour un homme qui vit une formidable résurrection politique.