Cinémas iranien, indien, américain, égyptien, japonais, français, italien… Les cycles se succèdent et ne se ressemblent pas dans les salles de la Cinémathèque algérienne durant ce mois de juillet. La Cinémathèque fête ainsi dignement son cinquantième anniversaire. Rue Larbi Ben M'hidi, en face du Musée d'art moderne (MAMA), qui accueille actuellement une expo dédiée à l'anniversaire de cette institution, le musée du cinéma vient d'achever un cycle dédié au grand cinéaste indien Satyajit Ray. Et la leçon de cinéma continue avec un cycle consacré à Fritz Lang, réalisateur allemand à l'influence décisive dans l'histoire du cinéma mondial avec, notamment, le futuriste Metropolis qui sera au programme le 26 juillet prochain. Il y aura également du bon cinéma américain d'hier et d'aujourd'hui. Partant des grands films muets tels que l'incontournable Naissance d'une nation de Grifith et Le Mécano de la «Générale» de l'hilarant Buster Keaton pour arriver à Elephant de Gus Van Sant, drame de l'Amérique contemporaine primé au festival de Cannes en 2003. Pour finir en beauté, la divine Marlène Dietrich hantera les écrans de la Cinémathèque, le 30 juillet, avec le cultissime L'ange bleu de Josef Von Sternberg. Ce film de 1930 est une adaptation du roman Professeur Unrat ou la fin d'un tyran de Heinrich Mann. Le respectable Monsieur Unrat, professeur de lycée, tombe sous le charme de la danseuse de cabaret Lola. Scandale ! Sur les chemins tortueux de la passion, Unrat se marie avec l'élue de son cœur et perd son travail ainsi que sa position sociale. Un film à ne pas rater. Loin de se cantonner à la capitale, le programme des projections s'annonce tout aussi riche dans les salles qui étendent le réseau de la Cinémathèque algérienne à Béjaïa, Blida, Oran, Sidi Bel Abbès, Souk Ahras, Tiaret, Tizi Ouzou et Béchar. Citons à titre d'exemple Guerre et paix de Serge Bondartchouk, adaptant l'œuvre de l'écrivain russe Léon Tolstoï sous forme de film fleuve de quatre épisodes, projeté dans le cadre du cycle Cinéma soviétique ou, dans un tout autre genre, L'attentat de Ziad Doueiri, adaptation du roman éponyme de Yasmina Khadra sorti en 2011, visible à Tlemcen le 30 juillet prochain. Pour sa part, la Cinémathèque d'Oran propose pour ce jeudi 23 juillet une séance «non stop» de quatre documentaires : Vers une spiritualité de la paix, portrait de Khaled Bentounès, guide de la tariqa alawiyyia, par Patrick Viron et Catherine Miachon, Dar El Hadith de Said Eulmi, Novembre instant T de Ali Beloud et Ibn Khaldoun de Chergui Kherroubi. Bref, il y en aura pour tous les goûts… Après avoir élargi son réseau de salles, la Cinémathèque entame ainsi la bataille du contenu. En effet, il ne suffit pas d'avoir des salles dans plusieurs wilayas, le véritable enjeu est de propager la culture cinématographique et de relancer des habitudes de consommation perdues depuis des décennies. La jeune génération est plus encline à regarder des films sur dvd ou téléchargés sur internet. Comment concurrencer la «culture d'appartement» et attirer un nouveau public vers les salles de cinéma ? La tâche n'est pas aisée et la Cinémathèque ne peut pas tout. Cette institution est dans son rôle en proposant un programme de qualité, orienté sur les grandes œuvres cinématographiques. La programmation de cycles thématiques, qui devrait se prolonger au-delà de cette année anniversaire, permet une meilleure lisibilité du programme et contribue (à côté des projections-débats malheureusement trop rares) à former un public de cinéphiles. Loin des salles obscures, le cinéma prendra aussi place dans les espaces publics avec un programme de projections en plein air baptisé Ciné-ville et Ciné-plage. Annoncée par le ministre de la Culture Azzedine Mihoubi lors de sa récente visite à Bouira, cette initiative a commencé à prendre effet le 20 juillet dernier. Des bords de la plage, dans les villes côtières, jusque dans la région du Sud en passant par les villes de l'intérieur, cette caravane cinématographique promet d'amener le cinéma à la rencontre du plus large public possible. Organisé par l'Agence algérienne pour le rayonnement culturel (AARC), l'Etablissement national de télévision (ENTV) et l'Entreprise nationale de radiodiffusion sonore (ENRS), ce programme, qui s'étalera durant tout l'été jusqu'au mois de septembre, devrait toucher 35 wilayas. Les projections comprennent des films d'animation, mais aussi des documentaires tels que Abdelkader de Salem Brahimi, ou Algérie vue du ciel de Yann Arthus Bertrand (coproduit par l'AARC) ainsi que des films algériens récents, à l'image de Harraga Blues de Moussa Haddad et Parfums d'Alger de Rachid Benhadj. En attendant d'avoir un réseau de distribution et de diffusion national digne de ce nom, ces initiatives permettent tout de même d'offrir l'expérience cinéma à un public diversifié. Les pieds dans l'eau et la tête dans les étoiles, l'été promet d'être cinématographique.