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OKN 32, le gouffre de l'oublie
48 ans après la catastrophe
Publié dans El Watan le 03 - 02 - 2016

Il y a 48 ans presque jour pour jour, la terre s'est entrouverte près de Ouargla dans un fracas surnaturel, engloutissant un gisement pétrolier dans un gouffre abyssal. C'était en février 1978, date où l'un secret d'Etat les mieux gardés dressa l'Etat de siège autour «la zone 51 algérienne».
Sous blocus militaire, le scandale environnemental n'aura pas lieu. Pourtant, à l'échelle planétaire, la catastrophe est inédite : les eaux fossiles millénaires — et non renouvelables — du Sahara septentrional sont, par une intervention humaine, irrémédiablement en passe de destruction.
S'échappant à un débit proche de celui d'un fleuve, l'eau en surface aurait déjà dépassé la salinité de la mer Morte… et l'affaissement terrestre autour du gouffre qui s'élargit depuis continuellement se rapproche dangereusement de la ville de Ouargla qu'il atteindra immanquablement dans à peine quelques dizaines d'années…
A la fin des années 1970, la compagnie pétrolière Total, sous contrat d'assistance technique avec Sonatrach, entreprend le forage de deux puits de pétrole, les OKN 32 et 32 bis, à Haoud Berkaoui.
Le site providentiel qui représentait, au même titre que Hassi Messaoud, l'un des gisements pourvoyeurs de la plus grande part de la rente pétrolière à l'époque avait d'emblée surexcité ; la frénésie de chasse au trésor hantait les esprits dans ce no man's land. Hélas, la fièvre de la ruée vers l'or noir précipita l'avènement du drame le plus sombre de l'histoire des hydrocarbures algériens. Une nuit de février 1978, le premier puits s'effondre brutalement à une profondeur de 80 mètres – l'équivalent d'une tour de trente étages.
Le cratère continue de s'élargir, mettant en contact les aquifères du continental intercalaire et ceux du complexe terminal ; l'eau fossile commence dès lors à remonter vers la surface, traversant la couche de sel de la couche sénonien salifère à un débit de 2500 m3 par heure et continue ainsi de s'échapper à ce rythme depuis 48 ans. Il atteindrait aujourd'hui les 3000 m3/heure, selon des estimations récentes.
L'élargissement continu du trou béant de 320 mètres de diamètre devient ainsi incontrôlable et irrémédiablement hors de portée de toute intervention humaine après l'ultime effondrement d'octobre 1986. A 600 mètres de profondeur, la cavité titanesque dépasse l'entendement des scientifiques, d'où leur silence complice avec les responsables politiques de l'époque.
Mais la chape de plomb politique semble toujours peser sur ce tabou scientifique, «manifestement sous les pressions des lobbies pétroliers», nous confie le docteur Hocine Bensaad, expert de renommée mondiale en gestion et prévention des risques de catastrophe et célèbre signataire de l'appel au moratoire sur l'exploitation de gaz de schiste en Algérie. Selon lui, cette catastrophe naturelle, qui doit sa triste origine à une «manœuvre accidentelle et des équipements inadéquats», est le résultat d'une monumentale incompétence qui s'aggrave de plus belle car vouée à l'ignorance. «Cet effondrement gigantesque, qui contribue à la salinisation des nappes supérieures, menace la palmeraie de disparition et crée un risque certain pour l'existence même de la ville de Ouargla», prévient le scientifique, qui reste l'une des rares personnalités à oser s'exprimer sur le sujet.
Visites secrètes
Ainsi, depuis près d'un demi-siècle, les autorités politiques qui se sont succédé en Algérie, manifestement dans le souci de mieux garder le secret sur cette catastrophe confidentielle, méprisent les compétences nationales, qu'elles n'ont jamais associées aux missions d'expertise et de suivi du phénomène en question. Selon les témoignages de sources ayant consulté les rapports confidentiels que Sonatrach élabore régulièrement portant reddition de compte aux autorités sur le site sinistré, une constellation d'experts étrangers, d'éminents hydrologues ­— dont le père de l'hydrologie française, Jean Morgat —, sismologues, pédologues et autres géologues de renommée mondiale ont visité secrètement le site, mais sans pouvoir apporter la moindre assistance. Ils sont repartis et ne se sont jamais exprimés sur le sujet par une approche académique documentée devant la communauté scientifique mondiale.
Côté recherche scientifique nationale, le terme OKN 32, frappé de censure académique, a été officieusement banni des thèses universitaires. Et pour cause, le secret honteux de Sonatrach est une zone interdite d'accès et de survol, sous bonne garde des militaires. «La zone est depuis de longues années classée ‘sensible' et soumise à autorisation du fait qu'il s'agit d'un gisement pétrolier. Depuis le sinistre, le lieu est interdit d'accès pour tout citoyen et encore plus pour les scientifiques. Le pire, c'est que l'interdiction est aussi officieusement appliquée au champ académique», confirme le professeur Ladjel, directeur du laboratoire de génie des procédés à l'université de Ouargla, activiste antischiste et ardent défenseur de l'environnement. Et d'ajouter : «A l'époque, il n'existait pas encore de technologie à la portée des chercheurs pour étudier la zone à distance. Si l'on n'était pas associé aux missions de la compagnie pétrolière pour examiner de près le phénomène, il ne servait à rien de polémiquer.»
Raison d'état
Pourtant, la problématique de la remontée des eaux à Ouargla a donné lieu à des centaines de travaux de recherche sur les causes et les conséquences de la salinisation qui ravage les palmeraies de la région. Curieusement, l'apport nocif du tristement célèbre effondrement n'est jamais évoqué, pas même en tant qu'hypothèse. «C'est pire que de la subjectivité, c'est de la malhonnêteté scientifique», selon le professeur Ladjel. «Toutefois, ce manquement n'est pas uniquement à la charge des jeunes chercheurs, il faut également dire que des encadreurs et autres responsables universitaires intimident lourdement ceux qui affichent un intérêt pour cet interdit imposé par l'autorité politique», nous explique-t-il.
De la sorte donc, au même titre que les cadres de Sonatrach, universitaires et fonctionnaires de l'Etat ont été longtemps assujettis à l'obligation du secret professionnel, voire de la raison d'Etat, tantôt évoquant les intérêts économiques, tantôt agitant la redoutable menace du secret militaire. Mais depuis l'avènement des nouvelles technologies de communication et d'information, le mystère de l'OKN 32 s'est vite mu en secret de polichinelle. Et bien avant les impressionnantes révélations de l'imagerie Google Earth mises à la portée du citoyen lambda, les progrès de la télédétection et la mise à disposition du monitoring-satellite par les agences spatiales au profit des chercheurs ont permis de briser l'embargo aérien sur la «zone 32».
Menaces sur ouargla
De rares chercheurs algériens commencent à s'intéresser au phénomène. Récemment, une modeste recherche sur le suivi de l'évolution du cratère de Haoud Berkaoui par images satellite radar a été effectuée par un petit groupe de chercheurs du Laboratoire de traitement d'images et rayonnement de la faculté d'électronique et d'informatique de Bab Ezzouar, mais faute de données originelles et de documentations anciennes fiables sur le sujet, ces travaux restent sporadiques et incomplets. Pis encore, la multidisciplinarité et surtout la présence effective sur le site font encore défaut.
Pourtant, la désaffection toujours en vigueur du lieu est une flagrante violation de la Constitution ainsi que des lois garantissant le libre accès aux informations relatives à la santé publique et à la protection de l'environnement, mais également celles relatives à la liberté de parole, d'expression, d'opinion politique et de diffusion de connaissances scientifique, technique, économique, entre autres. «Les autorités ont tout intérêt à investir massivement dans l'implication des compétences scientifiques nationales et à s'engager à asseoir un cadre législatif et réglementaire clair, précis et efficient pour sauvegarder la santé des citoyens, l'intégrité du territoire et la souveraineté du pays», clame le professeur Bensaad.
Récemment, des analyses d'images satellites effectuées par Seyfallah Bouraoui, un jeune chercheur algérien qui vient de soutenir sa thèse de doctorat à l'université des sciences de la terre de Strasbourg, révèlent l'ampleur du désastre. L'étude portant sur l'observation des déformations des sols — grâce à de nouvelles techniques de traitement des images satellites dites InSAR, avec une précision de l'ordre millimétrique — montre que le gouffre qui s'élargit continuellement creuse un rayon d'affaissement terrestre qui avance à une vitesse constante vers la ville de Ouargla.
Le creux provoqué par le gouffre situé à 32 kilomètres de la ville en 1978 n'est plus qu'à 20 kilomètres à présent. Il atteindra inévitablement le centre de la ville en 2050…


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