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La résilience de catégories binaires
Contribution : L'institutionnalisation du Genre au Maghreb et en contexte migratoire
Publié dans El Watan le 09 - 03 - 2016

L'Institutionnalisation des études sur le genre au Maghreb et en immigration publié aux éditions EME Bruxelles sous la direction de Aïssa Kadri et de Nassima Moujoud (décembre 2015) est tout à fait d'actualité en cette journée du 8 Mars et dans le contexte des agressions et viols supposés être le fait de migrants à Cologne.
L'ouvrage pose en effet le processus historique d'institutionnalisation du genre au Maghreb et en Europe, à propos des migrations de femmes, comme une problématique qui ouvre une véritable confrontation et mise en dialogue de regards et d'expériences qui se produisent au-delà des frontières politiques, nationales ou institutionnelles. Il permet entre autres d'éclairer les débats récents autour des rapports sociaux de sexe posés par les événements de Cologne.
Par ses rappels historiques sur ce qui s'est défini comme assignations et enfermements dans la phase coloniale, il déconstruit la vision binaire du monde Occident versus Orient. La perspective historique renvoie ainsi certains contributeurs (cf. Zoubida Haddab et Ghania Mansouri pour l'Algérie et Dalenda Larguèche et Dorra Mahfoudh Draoui pour la Tunisie) à prendre en compte la colonisation comme fondement de la structuration de ces rapports de domination, rapports qui ne cessent de faire valoir leurs effets, à travers des pratiques et des représentations qu'ils inscrivent dans le temps long.
Pendant la colonisation en effet, la «question des femmes» a occupé une place centrale dans les discours produits par les régimes coloniaux. Les femmes (comme d'autres minoritaires) ont été prises au piège des projets colonialistes reposant sur l'idée de supériorité des Occidentaux et d'infériorité des colonisés.
L'idée de statut inférieur des (femmes) indigènes était utilisée par le pouvoir colonial comme dans le savoir colonial pour légitimer la domination et stigmatiser les populations colonisées et les cultures locales. En France, particulièrement, l'immense littérature disparate et redondante sur «la femme» ou «la famille» dites « indigènes » n'a pas connu à cet égard un important retour critique après la colonisation. Aussi, les représentations du savoir colonial ont été transmises, intégrées ou refoulées amenant ensuite à reproduire les lieux communs de la période coloniale.
De ce fait, les grilles de lectures anciennement mobilisées par les discours (littéraires, scientifiques, artistiques, médiatiques…) colonialistes sont encore largement considérées comme des vérités. Elles acquièrent une légitimité dans les discours hégémoniques et participent à surinvestir «la différence» aux dépens des échanges, du travail, de l'économie politique, de l'histoire, des cultures communes et des rapports sociaux de pouvoir.
La particularité de nombre de travaux et de discours médiatiques est que les dimensions de la tradition, de la religion et de la culture se rejoignent et se confondent très souvent. Contribuant ainsi à construire et à incruster davantage des visions nécessairement binaires racialistes, qui posent plusieurs problèmes : 1) elles occultent les représentations individuelles, les subjectivités particulières définies par des histoires particulières, ainsi que la place des interactions et interrelations ; 2) elles homogénéisent et ne permettent pas de comparer des réalités changeantes des deux sociétés de départ et d'arrivée, ni les conditions de leurs échanges et confrontations ; 3) elles empêchent de tenir compte du cadre contemporain de la globalisation et des transformations qu'il engendre en matière de migrations ; 4) elles tendent à faire disparaître l'analyse des réalités historiques, de classe, colonialistes et capitalistes.
Les contributions que ce livre rassemble se centrent sur deux questions profondément transnationales : le genre et la migration. Le livre propose de les aborder du point de vue d'acteurs se situant dans l'interrelation Maghreb, pays européens et, ce faisant, de participer à réduire le clivage Maghreb-Europe toujours présent dans les formes, savantes et ordinaires, de connaissance et d'appréhension des rapports sociaux de sexe. La réflexion sur le processus d'institutionnalisation du genre amène à interroger ce clivage, notamment significatif de ce que l'histoire fait à la science et, plus largement, aux rapports entre les sociétés et, à l'intérieur de chaque société, entre les classes sociales et groupes sociaux.
Et de ce point de vue, la richesse des analyses nuancées sur «l'idéologie» de l'émancipation par la migration, par le «travail» autrement vécu (souvent comme négation-amputation de sa dignité ou comme régression) par les principales concernées, de l'homosexualité féminine et masculine, du statut de mères célibataires, des luttes féminines et féministes au Maghreb et en immigration, des ambiguïtés et contradictions des modalités de légitimation des pouvoirs autoritaires, déconstruisent les perspectives homogénéisantes très vite référées à des caractéristiques supposées transhistoriques de «la culture maghrébine», de la «culture d'origine» ou plus largement d'une «culture musulmane» référée à un islam dont on ne retient dans le contexte que les formes les plus radicales (que ne dirait-on si l'Eglise était identifiée à la pédophilie travers les raccourcis habituels utilisés dans le cas d'espèce).
Renvoyant ainsi à un processus de naturalisation, décrit dans certaines analyses sur le racisme ou plus précisément sur la place de la culture dans la perception que les personnes «occidentales» construisent des personnes «non-occidentales» (Leti Volpp, 2006). Ces personnes sont racialisées en tant que membres obligés d'un groupe figé et différencié à travers «sa culture». Sans aller au fond sur l'analyse, de quelle culture s'agit-il ? Katha Pollitt (1999) explique les décalages dans les paradigmes d'analyse selon les régions du monde. Les attitudes de personnes issues du «tiers monde» sont susceptibles d'être interprétées «culturellement», alors que celles de personnes issues de régions occidentales ne le sont pas sur les mêmes questions. «Whose culture?» se demande-t-elle à juste titre dans l'intitulé de son article.
Il s'agit d'une culture perçue de manière figée. Le changement n'est en fait généralement pas envisagé dans l'étude des sociétés non occidentales (ibid.) sinon sur le modèle occidentalo-centriste. Et en tout état de cause, si la «culture d'origine» dans les travaux sur l'immigration renvoie à l'islam ou à la tradition, de quel islam et de quelle tradition s'agit-il ? Cela nous renvoie à deux problématiques plus générales, qui ne sont pas sans lien et que l'ouvrage tente d'éclairer à travers des travaux nuancés de jeunes universitaires de terrain.


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