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«Il serait absurde d'attendre du système qui a créé le problème qu'il en génère la solution»
Rachid Boudjema . Professeur d'économie à l'université d'Alger
Publié dans El Watan le 14 - 03 - 2016

Rachid Boudjema est docteur d'Etat es sciences économiques et professeur d'université. Il est rattaché scientifiquement à plusieurs institutions publiques en tant président ou membre de conseils scientifiques.
Il est l'auteur de nombre de publications nationales et internationales dans les domaines de la comptabilité, du développement économique, de la mondialisation et du développement durable..
Ses deux derniers et volumineux ouvrages datent de 2011 et 2016. Ils sont intitulés l'un, Economie de développement de l'Algérie 1962-2010 (publié en trois tomes) et l'autre, le Fonds monétaire international dans l'économie-monde : un nouveau Bretton Woods est-il possible ?

La chute des prix du pétrole a mis à nu les politiques publiques dites de développement suivies par l'Algérie depuis des décennies. Pourquoi n'arrive-t-on pas à engager cette mue vers une économie productrice de richesses et non dépendante des énergies fossiles ?
Votre question où se mêlent la pertinence, le patriotisme et la désolation me rappellent deux références à la fois illustratives et instructives. La première est une citation de Karl Marx qui, s'inspirant du philosophe idéaliste Georg Wilhelm Friedrich Hegel, écrivait en 1852, dans son ouvrage le 18 Brumaire de Louis Bonaparte que «tous les grands événements historiques se répètent pour ainsi dire deux fois (…) la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce». La seconde référence est le personnage de la mythologie grecque Sisyphe qui, pour avoir commis des fautes jugées graves par les dieux, fut condamné à faire rouler éternellement, jusqu'en haut d'une colline, un rocher qui en redescendait chaque fois.
L'Algérie semble, au moins d'après les termes de votre question, en être là. A vrai dire, vous n'avez pas tort. Les économistes algériens, notamment ceux qui sont académiquement occupés par les questions de développement national, savent depuis longtemps quelles sont les grandes plaies de l'économie nationale et comment, depuis l'indépendance, les gouvernements, dans leur succession, ont tenté, faute de pouvoir les soigner, de les couvrir d'un pansement financier souvent gros, d'origine pétrolière.
En période de conjoncture pétrolière favorable, l'Algérie dépense, achète et construit. Et, dans cette course effrénée à l'enrichissement national, l'industrialisation est confondue avec l'installation d'unités industrielles, l'émergence commerciale avec l'émergence économique, la modernité avec le développement, l'investissement avec la dépense et j'en passe ! Tant qu'il y a de l'argent qui nous permet de pédaler, la bicyclette tient la route, elle ne tombe pas, quand bien même elle peut s'avérer, aux termes de l'analyse économique, très mal engagée.
La vie politico-économico-sociale se déroule sans heurt ni remous, fabriquant au terme de chaque cycle un consensus dont la teneur n'est pas sans poser un grave problème de «soutenabilté future».
Mais il se trouve que le «pansement» qui cache les blessures du système économique peut faire parfois défaut, d'autant qu'il ne dépend pas exclusivement de l'autorité qui en a besoin. Dans ce contexte, les plaies de l'économie apparaissent au grand jour. Il me faudrait beaucoup de temps et d'espace pour les décrire dans le détail. J'ai eu déjà l'occasion d'en parler dans ces colonnes, à l'occasion de la parution de mon livre sur l'Economie du développement de l'Algérie 1962-2010, qui retrace les contraintes et tares de la logique rentière.
Il est possible de les résumer dans la financiarisation à la fois excessive et instable de l'économie nationale et sa faible résilience, en tant qu'incapacité à retrouver sa croissance après un choc exogène, c'est-à-dire en période de basse conjoncture pétrolière.
La raison en est simple : même si elles créent l'illusion du progrès qui peut réfréner bien des attitudes sociales hostiles aux gouvernements, les ressources financières représentent vraisemblablement la plus inapte des armes face aux défis du développement global dans un contexte de mondialisation. Même grosses, elles ne sauraient suppléer la capacité humaine et institutionnelle de développement. Et sur cette question cruciale, l'Algérie, longtemps occupée à faire dans l'«économisme» par l'acte d'acheter international, a failli.
Le Premier ministre vient de proclamer un nouveau modèle économique pour les trois années à venir. De quoi s'agit-il exactement : simple effet d'annonce ou changement de cap ? Qu'en pensez-vous ?
Il est coutumier, partout dans le monde, d'invoquer, face à la crise qui met à rude épreuve, à un moment donné, les lois de fonctionnement d'un système économique, la notion de nouveau modèle économique comme thérapie opposée au mal ou au malaise survenu. La notion de nouveau modèle économique est donc fondée sur l'hypothèse implicite que l'ancien modèle qui a produit la crise a atteint sa limite et que cette limite est indépassable à l'intérieur de son cadre conceptuel et opérationnel. Et cela tombe sous le sens : il serait absurde d'attendre du système qui a créé le problème qu'il en génère la solution.
Rappelons-nous que pendant la grave crise des subprimes des années 2007-2008 dont les effets courent aujourd'hui encore, les pays du G20 positionnés, à l'occasion, en tant qu'instance de la gouvernance mondiale, ont tenté de mettre au pas le néolibéralisme au moyen d'un nouveau modèle de régulation financière internationale.
La notion de modèle économique n'est donc ni nouvelle ni taboue. Même si elle peut être utilisée dans de nombreux domaines, elle reste une pièce importante de la «boîte à outils» des économistes et de leur discipline. Mais voyons-la de plus près. Dans son essence, le modèle économique désigne une représentation simplifiée du système économique.
Et en tant que tel, il porte à l'interprétation les modalités d'organisation et de fonctionnement des acteurs et facteurs de la croissance, conformément à l'objet de la science économique. Un objet vieux au demeurant et pouvant être décliné ainsi : comment produire la richesse ? Comment la répartir ? Comment assurer sa croissance à long terme ? De façon moins savante, le modèle économique doit pouvoir répondre à la question de savoir comment on doit utiliser les ressources de la nation en vue d'accroître le PIB, créer des emplois, maîtriser l'inflation, améliorer les ressources budgétaires de l'Etat et viabiliser la balance des paiements. Il devient facile, au regard de cette définition, d'anticiper le sens d'un nouveau modèle économique.
On parle d'un nouveau modèle économique lorsqu'on estime qu'en raison des impossibilités souvent longues, voire difficilement réversibles de l'ancien modèle, le temps est venu d'apporter aux vieilles questions ci-dessus de nouvelles réponses.
Compte tenu de l'origine du malaise économique national et de sa nature, ceci revient à tenter de ne plus trop lier le destin économique et social de l'Algérie à son pétrole, mais à l'effort productif de sa population active employée. Il faudrait alors se tourner un peu plus, voire un peu mieux vers l'Algérie non pétrolière et tenter d'y imprimer une dynamique économique de production d'un surplus comme seule voie possible et civilisée de croissance durable et plus stable.
C'est là tout un programme à la fois compliqué et complexe, une façon technique de désigner une nouvelle démarche de développement, un nouveau processus de développement, un autre développement qui a besoin de ses acteurs, de ses facteurs et de ses conditions. J'espère vivement que le gouvernement l'entend de cette oreille et qu'il n'y voit pas seulement quelques mesures politiques à sensation. Attendons pour voir !
Un énième remaniement ministériel est annoncé. Que pensez-vous de cette instabilité gouvernementale et quel est son coût économique pour la collectivité ?
Comme vous avez dû le remarquer, je ne sais pas si le remaniement ministériel revêt aujourd'hui une quelconque signification en Algérie. Et je ne sais pas s'il continue de représenter un événement politique digne d'intérêt. Les ministres sont nommés et remerciés pour des raisons diverses qu'il faudrait certainement chercher ailleurs que dans leurs performances supposées et défaillances avérées de leurs missions, face aux exigences d'un projet de développement national compris de tous.
Mais il faut dire que même s'il est inévitable, un remaniement ministériel de forte intensité brouille la lisibilité et la visibilité politique du pays. Il impacte le rythme de ses réformes, décourage l'initiative entrepreneuriale, altère l'attractivité internationale de l'économie, détériore le risque-pays, etc.
Evidemment, ces effets ne sont pas sans coût pour la collectivité nationale. Un coût qu'il faudra peut-être un jour estimer. Mais le coût, qui suppose un calcul et donc la rareté des ressources, est, pour l'instant, une notion étrangère à la culture politique algérienne qui relègue, depuis l'indépendance, à l'arrière-plan les considérations économiques en faveur des visées politiques et souvent politiciennes.
Votre commentaire sur l'emprunt obligataire que va lancer le gouvernement. L'endettement extérieur est-il inéluctable ?
Comme la plupart de mes compatriotes, j'ai évidemment entendu parler de l'emprunt obligataire que se propose de lancer le gouvernement. Celui-ci comporterait, si mes informations sont justes, un taux d'intérêt de 5% net d'impôt. Cet emprunt intervient après la tentative apparemment avortée de « légalisation» des fonds du secteur informel, en contrepartie du paiement d'une taxe de 7%.
Ce besoin d'argent exprimé par l'Etat peut vouloir dire, à première vue, qu'il est réellement aux abois. Je ne le pense pas personnellement, étant donnée la marge de manœuvre dont il dispose encore, à travers les avoirs du fonds de régulation des recettes (FRR) et de change. Il faut reconnaitre cependant qu'il y a, devant la « longévité du choc pétrolier», des inquiétudes gouvernementales sérieuses. Mais mordu déjà par le serpent, le décideur politique semble avoir appris à s'en méfier.
Fort de sa « météorologie politique de demain, il fera beau sur le marché international», il se rabat, dans l'intervalle, sur un endettement intérieur qui a le double avantage de ne pas aliéner la souveraineté nationale et d'inciter à la mobilisation citoyenne. Cet emprunt, à n'en pas douter, va poser très vite des questions qui, si elles ne sont pas résolues de façon à la fois rapide et claire, risqueraient de minimiser l'engouement citoyen, face au défi du financement des politiques publiques.
Parmi ces questions figurent le rendement de l'emprunt pour le souscripteur, le taux d'inflation, les rendements susceptibles d'être attendus ailleurs, etc. Il faut s'interroger aussi sur les modalités d'insertion de cette «dette» parmi les facteurs de la croissance que se propose de mettre en branle le nouveau modèle économique attendu. Je crains personnellement que le gouvernement ne soit motivé que par des disponibilités financières, histoire de continuer à couvrir les blessures du système économique et d'éviter de prendre des mesures impopulaires préjudiciables à la stabilité politique.
Dans ce cas, nous assisterons passivement à un simple changement dans la continuité systémique qui n'augure rien de fertilisant pour le développement national. Cette situation accélère, de par une plus forte fragilisation du système économique qu'elle engendre, la formation des conditions internes de l'endettement externe. Paradoxalement, il ne nous restera qu'à espérer que l'économie mondiale et son instable marché pétrolier nous en mettent à l'abri.


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