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Ali Mengri, chasseur et dresseur de cobras
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Publié dans El Watan le 25 - 09 - 2016

Face à face, l'homme et la bête se défient du regard, à 20 centimètres l'un de l'autre.
Chacun a planté ses yeux dans ceux de l'autre. Long de près d'1,80 mètre, le cobra noir ondoie dans la main droite de Ali, le cou dressé, la tête courbée, le regard fixé sur son dresseur. Ali est extrêmement concentré.
Il sait qu'il paiera de sa vie le moindre relâchement, la plus petite seconde d'inattention. Il ne faut jamais se fier à la placidité apparente du cobra qui peut attaquer à une vitesse foudroyante. De sa main gauche, Ali le taquine, le caresse et détourne continuellement son attention. Il finit par l'amadouer. La bête semble soumise. Ali incline tout doucement sa tête sur celle du cobra et approche ses lèvres millimètre par millimètre avant de déposer un baiser sur la tête de la bête impassible. Le baiser de la mort.
Dans les gorges fabuleuses de M'chouneche, à même le sable et les galets, Ali vient de nous offrir l'un des spectacles les plus insolites : jouer pendant quarante minutes avec quatre cobras noirs de l'espèce des Naja Haje, dite également cobra de Biskra, qui peut atteindre 2,50 mètres de long. «Le venin du cobra noir est neurotoxique. Il s'attaque au système nerveux et paralyse le système respiratoire. On meurt par asphyxie au bout d'une demi-heure à une heure. Son antidote est introuvable en Algérie», dit-il.
Le paradis des serpents
Tout petit déjà, Ali aimait la compagnie des animaux. A poil, à plumes ou à écailles, qu'ils soient sauvages ou domestiques, dangereux ou inoffensifs. Il élevait chez lui tout animal qui lui tombait sous la main. Genette, mangouste, goundi de l'Atlas, hérisson, chiens, chèvres, chats, oiseaux, tortues, poissons d'eau douce pêchés dans les mares d'Ighzer Amellal, caméléons, scorpions et différents serpents de toutes tailles et de tout poison. C'est surtout à la mort de son père qu'il s'est mis à élever des serpents.
Avant, son paternel n'admettait pas que son fils joue avec des bestioles aussi peu recommandables que la vipère à cornes ou le cobra noir. «Quand mon père trouvait un serpent, il lui tranchait la tête d'un coup de pelle», raconte Ali. Lui, en revanche, s'empresse de le ramener chez lui.
Située à une trentaine de kilomètres au nord de Biskra, M'chouneche, Thimessounine en berbère, est un village oasis niché dans la vallée d'Ighzer Amellal, à l'entrée de superbes gorges à la beauté sauvage. Un paradis pour les serpents qui prolifèrent dans ces paysages de pierre et de jardins. Il y a à boire, à manger et à bronzer au chaud soleil du désert. C'est également le terrain de chasse de Ali Mengri qui a un flair infaillible pour dénicher ses reptiles chéris dans les trous profonds où ils s'abritent. S'il connaît presque tout des serpents, ses préférés restent les plus dangereux : le cobra noir, dit Nadja Haje ou cobra de Biskra et «halefsa michawen», la vipère à cornes.
Un look de fakir indien
Pour ses numéros de spectacle, Ali s'est choisi un look original. Barbe noire, turbans noir et yeux teint au khôl, il a des allures de fakir indien. A 36 ans passés, Ali est un artiste de la vie et un artiste tout court qui est passé par l'Ecole des beaux-arts. Il a enseigné 5 ans le dessin dans une école de Biskra puis l'art graphique à l'université de Batna. Si l'art est sa vocation, les serpents restent sa passion. Son spectacle d'exhibition se fait généralement sur des places publiques, dans des mariages où là où on le sollicite. «Je me suis produit même en Tunisie», dit-il. Il transporte ses redoutables compagnons dans une caisse sécurisée, fermée par un cadenas. Les charmantes bestioles dorment chacune dans un sac fermé à l'aide d'un fil de fer.
Né et ayant grandi à M'chouneche, Ali est un Chaoui authentique, un fils de la montagne et du désert qui fait corps avec la nature. «J'ai grandi dans une maison de terre traditionnelle entouré de jardins et de palmiers. C'était un terrain de chasse idéal. Je chassais de toutes les manières traditionnelles possibles, en utilisant des pièges, une fronde ou un tire-boulette. Aujourd'hui, je chasse les serpents et spécialement les cobras noirs à la main. Je les cherche dans les rochers, les tas de pierre, les jardins où ils chassent ou se cachent», dit-il encore.
Incollable sur les serpents et spécialement sur les cobras, Ali connaît les caractéristiques de chacun. «Il y a 64 espèces de cobras et ils comptent parmi les serpents les plus dangereux du monde. Halefsa (la vipère) est le huitième plus dangereux serpent du monde. Le macro est lent, mais sa frappe est ultrarapide. Les serpents ont une très mauvaise vue et ils sont sourds. C'est avec leur langue qu'ils perçoivent le monde et ils détectent leurs proies grâce à la chaleur de leur corps ou à leurs vibrations», explique Ali.
Une collection de huit dangereux serpents
Poursuivant son exposé sur les serpents, Ali soutient que le cobra ne mord que s'il est obligé de le faire pour se défendre. Sinon, il économise son venin et fait attention à ses crochets longs de 6 mm. «Quelquefois, il mord, mais c'est une morsure à blanc, un avertissement. Le cobra n'attaque jamais quand on ne l'embête pas et qu'on le laisse tranquille», poursuit Ali. Avec le temps, chaque fois qu'un citoyen fait la désagréable découverte d'un serpent qui s'est introduit chez lui, c'est Ali qu'on appelle à la rescousse.
«Dernièrement, c'est la brigade de gendarmerie qui m'a appelé pour déloger un intrus.» La bestiole capturée, elle va rejoindre le vivarium installé dans un garage désaffecté. Ali possède huit serpents actuellement, entre cobras et vipères à cornes. Il les nourrit avec des grenouilles, des goundis de l'Atlas ou des souris. Selon lui, si les serpents s'invitent de plus en plus fréquemment chez les humains, c'est qu'ils sont attirés par l'odeur des pigeons et des poulets. «Des fois, quand on fait un barbecue dans la nature, ils sortent, attirés par l'odeur de la viande», dit-il. L'odeur des poubelles, des dépôts d'ordures qui contiennent des restes de cuisine les attire aussi. «C'est pour cela qu'il toujours tout nettoyer et être propre pour éviter de les attirer», conseille Ali.
«J'ai été mordu plusieurs fois et j'ai échappé à la mort»
Ali a été mordu à cinq reprises par un serpent. «En général, je dégage facilement le venin en secouant vigoureusement ma main», dit-il. Une vipère a cependant failli le tuer. «Après avoir joué avec elle, je me suis oublié et j'ai laissé traîner mon index. Elle en a profité pour me mordre et me laisser un crochet planté dans la chair. Direction l'hôpital. La douleur était atroce pendant six jours. Je l'ai échappé belle...
Aujourd'hui encore, le bout de cet index est complètement insensible», raconte Ali. «Avant, quand quelqu'un était mordu, on appliquait sur la morsure une grenouille ou un crapaud éventré. Les gens éventraient également un chien et mettaient leur pied ou leur main dedans. Cela permettait au venin d'être évacué du corps de l'homme vers celui de l'animal sacrifié», dit-il.
Pour beaucoup de ses concitoyens, Ali Mengri est un être à part. Son compagnonnage avec des serpents aussi dangereux en fait un homme suspect à bien des égards.
De folles rumeurs courent à son sujet. Certains pensent qu'il est habité par un mauvais génie, d'autres qu'il fait de la sorcellerie, qu'il a appris le Coran à l'envers, qu'il serait un suppôt du diable qui se livrerait à des pratiques sataniques....
Ses yeux cernés de khôl, qui lui donnent une étrange allure de magicien, ne font qu'accentuer cette méfiance qu'éprouve pour lui le commun des mortels. Ali préfère en rire et balayer tout cela d'un revers de la main.
«Je fais du spectacle avec mes cobras, en même temps je sensibilise le public. Vous savez, je suis prêt à donner tous mes cobras à l'Institut Pasteur pour faire des antidotes à leur venin et sauver les vies de ceux qui seraient mordus. Je suis allé là-bas, mais on a refusé de me recevoir. On m'a demandé de faire une demande écrite.
A Biskra, tous ceux qui ont été mordus par un cobra sont morts, faute d'antidote. Avant, il y avait peu de cobras mais maintenant que les gens ont abandonné leurs jardins, ils prolifèrent», dit-il encore.
Ali affirme également que la viande du cobra noir ou de la vipère à cornes est un remède miraculeux. «Je rends quelquefois service en donnant de temps en temps un serpent à manger à des malades atteints de cancer», dit-il. Pour lui qui l'a déjà consommée à plusieurs reprises, la viande du cobra est délicieuse, bien meilleure que celle du mouton !
Et il ajoute dans un grand éclat de rire : «Par ailleurs, c'est un aphrodisiaque puissant...» Une qualité qui risque de décimer ces pauvres reptiles si elle venait à être confirmée. Seulement voilà, n'est pas Ali Mengri qui veut pour mettre la main sur un cobra noir.


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