Après un court passage dans l'émission «Ki hna ki nass» diffusée sur KBC, Fodil Assoul revient sur scène le mardi 14 et le mercredi 15 février au TNA. L'humoriste au parcours remarquable va, enfin, présenter au grand public son spectacle Zalamite. Découvert par le grand public dans l'émission, «Ki hna ki nass» (KHKN), diffusée pendant le mois de Ramadan dernier sur KBC, Fodil Assoul, humoriste, est devenu depuis le nouveau prodige du one man show algérien. Surnommé l'Electron libre, Fodil se produit en freelance, autofinance la plupart de ses projets et se bat pour un théâtre universel qui va, comme il le décrit, au-delà des frontières. Né en décembre 1975 à Barbacha, au sud de la wilaya de Béjaïa, Fodil nous livre les détails de sa vie, misérable qu'elle était, dans son village pauvre et dépourvu de toute structure culturelle et où il lui était même inconcevable de penser à en arriver là un jour. «A ma naissance, les médecins me prenaient pour mort. Je suis né prématuré à 7 mois. Mon corps n'était pas encore bien formé. Mais, encore bébé, j'avais la rage de vivre et j'ai réussi à me relever. Il faut dire que j'étais trop beau pour crever dans cet hôpital (rire)», se lâche Fodil souriant. Les Misérables était d'ailleurs le nom qu'il avait donné à sa première troupe après avoir lu ce livre de Victor Hugo. «Les Misérables de Victor Hugo m'a rappelé mon village. Il résume exactement notre situation et celle de mon entourage. C'était vraiment la misère», se souvient-il. Soutenu par son oncle, Mohamed, alors qu'il était encore à l'école primaire, il entame l'écriture de ses spectacles et enchaîne les scènes dans sa région et dans les villages voisins. En 1995, lycéen, il monte sa première pièce intitulée Tamettuth (Femme), où il revient sur la condition de la femme algérienne. Il se rappelle qu'il était tellement encouragé par ses enseignants que son professeur de mathématiques, une matière qu'il maîtrisait pas tellement, le notait selon ses performances sur scène. Fodil se souvient aussi que quand il donnait des spectacles à l'université de Béjaïa, il lui arrivait de signer aux étudiants des autographes sur leurs tickets resto. Ce sont des moments qu'il n'est pas près d'oublier, car comme il le dit : «Cette période l'avait vraiment forgé.» «J'ai toujours su que j'allais devenir humoriste. D'ailleurs, ce n'est pas moi qui ai choisi le théâtre, mais c'est le théâtre qui m'a choisi», avoue-t-il. Licencié Toujours souriant, Fodil Assoul est une boule d'énergie et c'est sur scène qu'il se ressource. Malgré son succès dans sa région, l'humoriste savait pertinemment qu'il n'était qu'un amateur, sans formation et sans moyens. Afin de réaliser son rêve, se faire connaître et aller au-delà de Béjaïa, il lui a fallu trouver la pièce qui manquait au puzzle. C'est là qu'il décide d'aller à la rencontre de Fellag, alors directeur du théâtre régional de Béjaïa (TRB). Cette entrevue n'a pas eu lieu, à son grand regret, car aussitôt arrivé devant l'entrée du TRB, Fodil se fait refouler par les agents de la sécurité. Déçu, il décide de prendre son destin en main et se battre en cavalier seul comme il l'a toujours fait. «J'ai voulu m'inscrire à l'Institut national des arts dramatiques et chorégraphiques (INADC), mais il a été malheureusement fermé pendant 4 ans à cause du terrorisme, regrette-t-il. Pire, les terroristes avaient même arraché le mot ‘‘chorégraphiques'' à l'entrée de l'Institut.» Il a fallu donc attendre quatre ans. Assis près de chez lui, son père entend soudain Fodil crier, fou de joie, la victoire. En réalité, Fodil venait juste de recevoir sa lettre d'acceptation à l'INADC. C'était émotionnellement trop fort pour lui, car cette correspondance signifiait le début de tout un parcours qui ne pouvait être que prometteur pour le reste de sa carrière. Diplômé en Actorat, il se fait embaucher en 2005 comme comédien contractuel pendant trois ans au TNA. Fodil se rappelle de son premier rôle professionnel dans la pièce, Le suicidé, réalisée par le metteur en scène, Malek Laggoune. Mais sa carrière n'avait pas trop duré, explique Fodil. «J'ai quitté le jour où j'ai vu que mon salaire dépassait de 1000 DA celui de la femme de ménage du TNA, avec tout le respect que je dois aux femmes et au métier de ménage», explique-t-il. Sauf que ce n'était pas vraiment tout ce qui s'est passé, car hormis l'histoire du salaire, Fodil s'est fait aussi virer du TNA. «Nous avons constitué un syndicat afin de faire valoir nos droits et parler de la situation du théâtre en Algérie. Les responsables du TNA ont fini par corrompre ou convaincre la majorité de mes collègues pour y renoncer et reprendre le boulot. J'ai fini seul, comme d'habitude (rire). Et c'est ainsi qu'on m'a licencié en 2007», témoigne-t-il. Guinée Bissau Au café Tantonville jouxtant l'enceinte du TNA, Fodil, qui sirotait son dernier café à Alger, tombe sur une annonce de la direction de la culture de la wilaya de Ouargla qui cherchait, à l'époque, un conseiller culturel. Il prend immédiatement la route vers Béjaïa, envoie son dossier de candidature et reçoit quelques mois plus tard la lettre d'acceptation pour un contrat qui a duré quatre ans dans cette ville du Sud. Fodil avait entre autres occupé le poste de chef de service animation, avant qu'il ne soit rappelé par le théâtre de Batna pour participer dans une pièce théâtrale, Franc V, qui avait eu pour rappel la meilleure mise en scène avec un ticket d'entrée au festival de Jordanie. Muté à Béjaïa comme chef de service culturel, Fodil se rappelle qu'il s'ennuyait tellement qu'il a décidé de reprendre son one man show Zalamite. «Je me rappelle que j'ai proposé en 2005 le texte Zalamite à l'ancien directeur du TNA, M'hamed Benguettaf mais j'ai été déçu par la réponse de ce dernier, car il m'avait fait comprendre qu'en étant fraîchement diplômé, je ne pouvais avoir, à ses yeux, les aptitudes de faire des one man show», regrette-t-il. Le hasard, a fait que la Guinée Bissau s'absente durant le Festival international du théâtre de Béjaïa. Le directeur du TRB de l'époque, Omar Fatmouche, invite à sa place Fodil pour donner son spectacle Zalamite. Ce dernier gagne le cœur du public, dont une comédienne française qui lui propose de participer au Festival d'Avignon, considéré par Fodil comme la Mecque du théâtre au monde. Faute de sponsor et de moyens, il participe avec ses propres fonds avec un texte de Mouloud Feraoun, le Journal, monté par le jeune metteur en scène Walid Bouchabbeh. Ce n'est pas tout, car Fodil est, depuis sa prestation à Avignon, invité dans au moins trois villes françaises, dont Marseille. «Actuellement, je suis dans la phase de réécriture de mon spectacle Zalamite que je compte présenter lors de ma prochaine tournée en France», s'impatiente-t-il. Amoureux du cinéma produit par les jeunes réalisateurs algériens, à l'image de Lyes Salem et de Tariq Teguia, des écrits de Chawki Amari qu'il trouve subtiles et intelligents, Fodil Assoul, très ambitieux, songe aujourd'hui à une carrière internationale et faire le fameux Jamel Comedy Club de l'humoriste farnco-marocain Jamel Debbouze. Le théâtre algérien passe par une crise, notamment avec les restrictions budgétaires qui asphyxient la création artistique et engendre la colère du monde du théâtre, une décision contestée par notre humoriste. «On a demandé à Winston Churchill de puiser dans le budget de la culture afin de financer la guerre et il a répondu : alors pourquoi nous nous battons?» Il est vrai que son passage dans l'émission «Ki hna ki nass» avec l'autre jeune humoriste au talent remarquable, Idir Benaibouche, était de courte durée. L'émission a été suspendue par les pouvoirs publics à son 6e passage. Fodil Assoul revient cette fois-ci au TNA où il a été justement limogé pour nous présenter son one-man-show Zalamite. Il sera sur scène le 14 février à 15h et le 15 à 18h, deux rendez-vous qu'il ne faut absolument pas rater.