Au moment où 159 pilotes de lignes algériens crient leur détresse face à une situation de chômage qui perdure, le gouvernement algérien continue à délivrer les autorisations d'exercice aux pilotes étrangers qui investissent les petites compagnies naviguant dans les bases pétrolières du Sud », s'indigne Ahcène Hammoud, secrétaire général du Syndicat des pilotes de lignes algériens (SPLA). Selon lui, cette situation doit s'arrêter et ces ex-pilotes de Khalifa Airways, détenteurs aujourd'hui de diplômes de l'Académie royale de l'aviation de Jordanie, doivent être recrutés en priorité et profiter avant tout de la disponibilité des postes d'emploi générés par la conjoncture actuelle. Une conjoncture marquée par le redéploiement de Tassili Airlines qui vient de commander de nouveaux appareils et l'indispensable recrutement auquel fera face Air Algérie pour parer à la vacance que devront générer les départs massifs en congé, longtemps reportés, et des départs tout aussi important à la retraite d'ici 2010. Le problème des pilotes chômeurs qui remonte à la surface à la faveur du sit-in organisé, dernièrement devant les portes du ministère des Transports fait partie des séquelles de l'affaire Khalifa. Le crash du groupe avait, en effet, surpris ces pilotes en pleine formation et c'est l'Etat qui a dû prendre en charge les frais nécessaires pour terminer les études. Sur les 280 pilotes « ab initio » sélectionnés, une partie a été reprise par la compagnie nationale et d'autres compagnies autorisées au Sud alors que 159 demeurent encore sans emploi. Ceci, en dépit des promesses faites en septembre dernier par le chef de cabinet de Mohamed Maghlaoui pour le recrutement de l'ensemble de ces pilotes, conformément aux instructions du président de la République qui avait décidé auparavant de la prise en charge des frais de l'académie jordanienne estimés à 16 millions d'euros. Rien ne va plus à Air Algérie La volte-face de Maghlaoui a été ressentie comme une douche froide par les représentants de ces pilotes à la fin de l'entretien qu'ils ont eu, mardi, avec lui. La réplique du SPLA, solidaire avec ces pilotes, refuse tout autant le désengagement du ministre en le plaçant dans le cadre général des problèmes de la navigation en Algérie. Abordant d'autres points, Hammoud souligne « qu'aucune réaction n'a été enregistrée de la part du ministère suite à l'alarme que nous avions tiré après le crash de l'avion d'Air Algérie ». D'ailleurs, ce qui est arrivé dernièrement à l'aéroport de Marseille est la preuve que la leçon n'a pas été prise au sérieux. En effet, l'avion AH 1126, reliant Constantine à Marseille, a été cloué au sol par les autorités françaises. Motif : un pneu en mauvais état. Le blocage de cet avion (un Freebird de 220 sièges loué chez une société turque) a provoqué des problèmes en série ici en Algérie. Plusieurs vols en été annulés créant de nombreux désagréments, à l'image de ceux vécus le même jour par les passagers du vol de 16h reliant Constantine à Alger et qui ont dû passer la nuit à l'aéroport Mohamed Boudiaf. Cet incident n'est pas sans nous rappeler celui de l'avion Saga, loué chez la même société, et qui a bloqué des centaines de hadjis durant le mois du Ramadhan. Par ailleurs, le malaise social se fait sentir de plus en plus dans les rangs d'Air Algérie. Le taux de remplissage de la compagnie continue à chuter au profit du concurrent Aigle Azur, ce qui implique une baisse du chiffre d'affaires et compromet les projets de redéploiement. L'évocation, en outre, d'une éventuelle filialisation de la compagnie indispose le SPLA qui, par la bouche de son SG, considère que cela peut constituer un suicide « au moment où les autres compagnies fusionnent pour répondre aux nouvelles exigences du marché ». Quant au personnel, la question des salaires fait bouger les choses, à l'image de l'adhésion d'une grande partie des techniciens au sein du Syndicat national des techniciens de maintenance aéronautique (SNTMA) à la recherche d'une prise en charge plus pertinente de la question des salaires. L'augmentation, on en parle, mais pour le moment avec des partenaires exclusifs, signale le SPLA qui précise qu'il n'a pas été consulté encore. Aussi, « les déclarations de l'employeur concernant les salaires des pilotes sont mensongères ». Pour lui, et hormis quelques cas de pilotes favorisés, la plupart des pilotes d'Air Algérie touchent des salaires en deçà de ceux chez d'autres compagnies alors que beaucoup travaillent encore avec des contrats à durée déterminée.