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La stratégie industrielle en six points
Les grandes lignes du « projet Temmar »
Publié dans El Watan le 05 - 03 - 2007

La grand-messe des hommes d'affaires et experts algériens autour de la mise en place d'une stratégie industrielle, qui s'est achevée la semaine dernière, a remis les compteurs à zéro. Les quelque 500 participants espèrent aujourd'hui repartir sur de nouvelles bases. Maintenant que près de 200 recommandations sont sur le bureau du chef du gouvernement, les intervenants aux assises nationales sur l'industrie espèrent qu'ils seront sérieusement pris en compte.
La Confédération nationale du patronat algérien (CNPA) a émis le vœu d'une inscription dans la durée des actions à entreprendre "en mettant fin aux politiques faites de campagnes sans lendemains ". La Confédération algérienne du patronat, elle, a regretté qu'aucun plan d'action ne se dégage et aucun échéancier n'est prévu. Néanmoins, trois jours durant, des débats passionnés se sont tenus au Palais des nations, permettant aux chefs d'entreprises de " vider leur sac ". Au volet "financement", la commission spécialisée recommande des mesures urgentes pour protéger le marché des capitaux, la mise en place des institutions prévues pour mobiliser et distribuer des ressources longues aux entreprises ainsi que le financement des très petites entreprises (TPE), dont le nombre est croissant. Les opérateurs économiques ont également demandé à ce que la Banque d'Algérie apporte une réponse rapide aux attentes des opérateurs en matière d'importation et d'exportation des services et de royalties. Les entrepreneurs n'ont pas manqué cette occasion pour évoquer le problème du foncier industriel. Ils recommandent, à cet effet, de renforcer l'offre publique de terrains, notamment sur les surfaces excédentaires disponibles des entreprises publiques. Les membres de la commission ont proposé "l'assainissement juridique des terrains relevant du secteur privé" pour contribuer, disent-ils, à "l'émergence d'un marché foncier unifié". En gros, la stratégie industrielle telle que proposée par Abdelhamid Temmar s'articule principalement autour de six points liés au choix de branches prioritaires, le déploiement spatial, l'intelligence économique, la mobilisation des investissements directs étrangers (IDE), la mise à niveau de l'entreprise et les nouvelles techniques de communication.
Choix des branches prioritaires
“Le projet Temmar” propose de valoriser certaines activités porteuses pour impulser une nouvelle dynamique à l'industrie algérienne. Les patrons n'adhérent pas totalement à cette idée. La Confédération algérienne du patronat (CAP) que dirige M. Merrakech estime que le choix de privilégier certains segments de l'industrie et l'absence de pans entiers de l'activité industrielle "tronque" le projet. L'analyse du président du Forum des chefs d'entreprises (FCE), M. Réda Hamiani, abonde dans le même sens. Il estime, en effet, que les entreprises doivent garder leur liberté d'investir. Pour lui, "le développement de certaines filières ne se décrète pas" et "l'Etat doit encourager toute entreprise économique quelle qu'elle soit, si elle est performante". En tout état de cause, le projet a choisi de hiérarchiser 55 branches sur la base d'un certain nombre de critères relevant de l'évaluation du potentiel existant, du développement de ces branches sur le marché international ainsi que l'intensité énergétique. Les commissions ont retenu près des 2/3 des branches économiques susceptibles de constituer des activités prioritaires. Dans cette commission, les avis étaient encore mitigés. Alors que certains veulent laisser le choix des priorités aux firmes, publiques ou privées, d'autres soulignent par contre l'échec des politiques basées sur les mécanismes exclusifs du marché. Lors de son discours de clôture, le chef du gouvernement, lui, a exhorté les participants aux assises à faire dans la prudence pour ce qui est des choix des branches, pour ne pas développer celles qui n'ont pas d'avenir et qui ne serviront qu'à produire des stocks.
Déploiement spatial
Le projet de stratégie industrielle intègre également la recommandation de mettre en place des zones d'activités industrielles intégrées. Le FCE a accueilli favorablement cette idée, estimant que si ces zones sont faites de façon "harmonieuse", l'on pourra trouver des solutions concrètes au problème du foncier industriel. La commission qui a eu à étudier ce point a recommandé que les Hauts Plateaux, le Sud et les zones frontalières soient mise en condition pour accueillir ces clusters. La Confédération algérienne du patronat (Cap) nuance ses propos en disant que "l'intervention de l'Etat pour aider le développement industriel dans les régions peut rester du domaine des intentions si le mode opératoire n'est pas donné dans le détail et le suivi des réalisations n'est pas assuré".
Intelligence économique
Pour le conseiller à la Présidence et ancien ministre des Finances, M. Abdelatif Benachenhou, le problème de la statistique économique réside parfois dans les mentalités et les vieilles habitudes qui ont la dent dure. "Il est parfois difficile de mettre de l'ordre. Le cas de la finance publique est édifiant. J'ai mis beaucoup de temps pour faire comprendre à mes collaborateurs que la dépense publique est une chose et la dépense sociale est autre chose", raconte-t-il, ajoutant que "personne ne sait dans le détail l'argent que met l'Etat dans l'aide des entreprises". Il estime également que le secteur informel constitue une véritable zone d'ombre et qu'il est difficile, dans ce cas, d'avoir une idée précise sur le marché algérien. Aussi, est-il proposé dans le projet de stratégie industrielle, de mettre en œuvre une politique publique offensive d'intelligence économique pour aider les entreprises à faire face aux aléas du marché. Selon un représentant de l'UGTA, ceci ne peut être possible sans une meilleure prise en charge de l'appareil statistique.
Mobilisation des IDE
Le sujet de linvestissement direct étranger est celui qui a suscité le plus de débats. La CNPA a considéré que faire des IDE un instrument privilégié comme il est dit dans le rapport du MPPI, ne peut suffire, ni justifier la place qu'il occupe dans la stratégie industrielle. "Notre point de vue est que ces IDE, si IDE il y a, soient du fait des entreprises qui auront à négocier cela sous forme de partenariat ciblé. L'exemple de l'appel fait ces derniers temps à l'IDE et les résultats obtenus devraient nous inciter à plus de prudence", a affirmé M. Nait Abdelaziz, président du CNPA. Cette organisation patronale constate que seuls les services se sont développés par ce biais, les IDE tournés vers l'industrie ou le secteur productif se comptant sur les doigts d'une main. La commission qui devait traiter ce dossier a tranché en déclarant "qu'en cas de concurrence entre l'investissement national et international, la préférence devrait aller à l'investissement national".
Mise à niveau de l'entreprise
Au volet de la mise à niveau des entreprises, il est recommandé la création d'une instance de coordination composée des représentants des pouvoirs publics et des partenaires économiques et sociaux, la mise en oeuvre pour les entreprises en difficultés d'un plan de sauvetage pour accéder à la mise à niveau, ainsi que de favoriser l'émergence de structures d'appui et d'expertise. Côté financement de la mise à niveau, les participants ont demandé de "renforcer et développer les instruments financiers dont notamment les sociétés de capital risque, les fonds et caisses de garantie, les banques d'investissements, les caisses mutuelles et les sociétés de leasing" ainsi que le relèvement du niveau de la bonification des taux d'intérêts bancaires applicables à ce programme et l'octroi des avantages fiscaux et parafiscaux aux entreprises qui mettent en oeuvre des actions de mise à niveau.
Développement des TIC
Le projet de stratégie industrielle insiste sur l'appropriation des technologies de l'information et de communication (TIC). Les chefs d'entreprises, eux, estiment que la démarche est intéressante à condition d'y mettre de l'argent ainsi que de voir l'émergence de distributeurs virtuels (MVNO) qui feront office d'intermédiaires entre l'homme d'affaires et le grand public. Telles sont en somme les grandes lignes de la nouvelle stratégie industrielle, telle que portée par les pouvoirs publics et débatue par les acteurs économiques à l'occasion des assises nationales de l'industrie.


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