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L'Algérie face à la poudrière du Sahel
Le président Bouteflika en visite demain à Tamanrasset
Publié dans El Watan le 06 - 01 - 2008

Le président Bouteflika se rendra demain à Tamanrasset pour une visite de travail.
Parmi les points figurant dans son périple, il y a le mégaprojet de transfert des eaux souterraines d'In Salah vers Tamanrasset, lancé officiellement en novembre 2006. Cet ouvrage titanesque d'un milliard de dollars, qui permettra de transférer un million de mètres cubes d'eau par jour, est censé pallier le manque d'eau potable dans la région de Tamanrasset. Le chef de l'Etat va s'enquérir certainement de l'état d'avancement des projets en cours dans divers secteurs et en lancera d'autres. Mais aussi cette visite serait une opportunité pour le président Bouteflika de jauger sa popularité en prévision d'un éventuel troisième mandat, sur lequel il ne s'est pas encore exprimé, mais que le parti qu'il préside, à savoir le FLN, revendique de vive voix. Au-delà de ces calculs politiciens, le développement du Grand Sud constitue, aux yeux de nombreux spécialistes, un enjeu majeur pour l'avenir de l'Algérie. Longtemps délaissées, les régions du Sud souffrent aujourd'hui d'un incommensurable retard de développement, comparativement au Nord. Toutes les équipes qui se sont succédé à la tête du gouvernement depuis l'indépendance ont tourné le dos, par méconnaissance des enjeux ou faute de moyens, à cette partie désertique de l'Algérie, qui représente pourtant plus de trois quarts de la superficie du pays. Cela hormis l'effort consenti par le défunt président Boumediène, lequel avait mis en œuvre dans les années 1970 un programme de désenclavement des régions du Sud en focalisant son action – à l'image des villages agricoles au Nord – sur le développement des oasis Des spécialistes indiquent que sur 1000 DA investis dans le pays, moins de 5 sont destinés au Grand Sud. Cette disparité flagrante a été bien relevée par Abdelatif Benachenhou, à l'époque où il était ministre des Finances (en 2003). Même les investisseurs privés se montrent réticents à aller là-bas. Les compagnies étrangères, basées au Sud, se consacrent entièrement à l'exploration et l'exploitation des ressources naturelles (richesse nationale) qu'elles exportent sans que cela profite, d'une manière ou d'une autre, aux populations locales. Cela est d'autant plus étonnant lorsque l'on sait que le sous-sol du Grand Sud regorge de ressources naturelles : le pétrole et le gaz d'abord, les gisements d'uranium, de diamant et d'or du Hoggar ensuite. Il n'y a pas que ça. L'extrême Sud est également riche de ses trésors paléolithiques. Depuis son arrivée en 1999 au pouvoir, le président Bouteflika a plaidé, dans ses discours, pour la réhabilitation des équilibres régionaux et surtout pour le développement du Grand Sud. C'est ainsi qu'il a institué, en 2003, un Fonds de développement spécial du Sud, pour lequel on verse 2% de la fiscalité pétrolière. On a même consacré 300 milliards de dinars (près de 400 millions de dollars) au renforcement de l'infrastructure et au développement local. Plusieurs investissements ont été réalisés dans le cadre du programme de soutien à la croissance de 50 milliards de dollars. Mais cette initiative n'a pas contribué à améliorer le cadre de vie des populations autochtones qui se débattent jusqu'à maintenant dans la misère. Des émeutes ont plusieurs fois éclaté dans des grandes villes comme Ouargla, Béchar et Tamanrasset. Les populations locales ont protesté contre leurs conditions de vie intenables et la politique de recrutement de la main-d'œuvre favorisant les gens du Nord au détriment des autochtones. Le gouvernement a tenté d'apaiser la colère de ces populations en donnant instruction aux bureaux de main-d'œuvre de répondre en priorité aux demandes des autochtones. De telles mesures restent insuffisantes. En 2005, à l'issue de ses visites à Laghouat et à Ouargla, le Président a octroyé une enveloppe de 377 milliards de dinars (500 millions de dollars) pour l'investissement au Sud, dans le cadre d'un programme étalé sur les quatre années à venir et répartis sur dix wilayas. Mais débloquer de l'argent ne suffira jamais à faire face aux multiples problèmes dont souffre cette partie de l'Algérie. Outre les questions socioéconomiques, le Sud, de par sa proximité avec le Sahel (plaque tournante de tous les trafics), mérite plus d'égard et d'intérêt de la part des gouvernants. Profitant de cette étendue désertique, de son climat et de ses reliefs accidentés et déroutants, le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC, devenu depuis septembre 2006 la Branche d'Al Qaïda au Maghreb islamique) fait de l'extrême Sud sa zone de repli. L'étendue de la frontière, la rendant difficile à sécuriser, facilite le mouvement à la fois des trafiquants et des groupes terroristes qui souvent se procurent armes et munitions dans certains pays du Sahel pour accomplir leurs forfaits sur le territoire national ou ailleurs. Cette « perméabilité » des frontières favorise également le développement du phénomène de l'immigration clandestine. En fuyant la misère rongeant leurs pays, les populations subsahariennes tentent souvent de passer par le sol algérien, de s'y installer momentanément avant de pouvoir atteindre « l'eldorado » européen.

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