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Mohamed Balhi (Journaliste et auteur)
"Les choses essentielles de la vie »
Publié dans El Watan le 10 - 01 - 2008

De la presse écrite au roman policier, des genres différents où les thèmes et une certaine vision de l'existence se passent le relais.
Vous souvenez-vous de votre premier article ?
Disons parmi les premiers. En 1969, j'étais encore au lycée de Batna et j'avais proposé à En-Nasr de Constantine, qui paraissait alors en français, un texte qui s'intitulait « Cinecitta à Biskra ». J'avais rêvé à haute voix ou plume de la possibilité d'installer des studios de cinéma dans la région, en raison de ses reliefs, de sa lumière, des espaces… Ce beau rêve ne s'est pas réalisé, mais je vois que nos voisins marocains ont créé des studios de cinéma à Ouarzazate. Mais j'ai réalisé celui de devenir journaliste en devenant correspondant local de ce journal, en tant que pigiste, avant d'en faire un métier, puis de le quitter, bien qu'on ne le quitte jamais vraiment.
Comment êtes-vous passé du journalisme et d'une certaine forme de livre-enquête au roman policier ?
Quand on est journaliste, forcément l'on est astreint à respecter des règles de conduite pour ne pas entraîner le lecteur dans d'inutiles digressions. La narration obéit dans ce cas-là à un souci de véracité et d'objectivité. Ce sont les faits, et rien que les faits, qui donnent de la valeur à un article. Comme de bien entendu, il y a plusieurs manières d'aborder un fait : la chronique, le reportage, l'enquête, etc. Dès que l'on quitte ce registre et qu'on laisse place à l'imagination, on entre dans la littérature. Evidemment, ce qui nourrit cette imagination, c'est une bonne connaissance de la société. On ne peut pas inventer des personnages de toutes pièces, si au préalable il n'y a pas un background. Simenon a écrit plus d'une centaine de romans policiers. S'il n'avait pas exercé différents métiers, aurait-il eu cette fertilité jugée exceptionnelle ? Que dire de Balzac ou de Naguib Mahfouz ? Le journalisme peut servir d'antichambre à la pure création littéraire. J'ai voulu donc écrire un polar, d'abord comme un jeu. A part mon subconscient, personne n'est là pour me dire qu'ici tu dois faire attention, où que là tu ne dois pas te tromper de nom. Mais cette liberté est un piège. Il ne faut surtout pas tomber dans la facilité. Le journaliste, astreint au bouclage, est tarabusté pour qu'il remette au plus vite son enquête. Le romancier, lui, peut prendre tout son temps, encore que, là aussi, il ne doit pas s'éterniser. Cela ne sert à rien d'écrire un chef-d'œuvre, s'il n'est pas édité à temps.
L'actualité est très présente dans votre roman La mort de l'entomologiste, comme si vous ne pouviez pas vous détacher du journalisme ?
Les plus grands romanciers ont toujours été très proches de la vie, de leur environnement immédiat. Ce sont des êtres constamment marqués par l'actualité. Norman Mailer, qui vient de décéder et qui fut le fondateur du magazine new-yorkais Village Voice, alors qu'il avait 24 ans, avait écrit Les nus et les morts, directement inspiré par la guerre au Vietnam. De même que Kateb Yacine, terriblement affecté par le 8 mai 1945, ruminait déjà Nedjma en vivant ces évènements. Qui peut se détacher de la vie ? La littéraire universelle est ainsi faite. C'est la même démarche pour le polar moderne qui aborde des sujets d'actualité, mais de proximité : dénonciation des maffias locales, de la pègre, des ripoux, du milieu de la drogue, de la spéculation immobilière… Le roman policier classique, du genre de celui mijoté par Agatha Christie, n'est plus de mise. Le monde a changé depuis la deuxième guerre mondiale, et les thématiques aussi. Prenez par exemple le terrorisme. Devenu planétaire, n'est-ce pas une nouvelle donne ?
C'est autour d'un pers onnage féminin et de l'actualité des années 90 que tout s'articule. Pourquoi ce choix ?
En prenant comme personnage central une femme peintre, qui dessine des tableaux de nus, j'ai voulu aborder le problème de la création artistique dans une société en butte à l'intégrisme religieux. L'intrigue commence par la découverte d'un cadavre, celui d'un entomologiste, spécialiste des fourmis rouges, dans la grange d'une ferme de la Mitidja. Nous sommes au début des années 1990, avant que le pays ne plonge dans une violence inouïe. Ce choix est dicté par le fait que tous les personnages que j'ai inventés ont quelque part existé et m'ont beaucoup marqué. Il y a là un propriétaire terrien, un gendarme, un cardiologue, une étudiante en médecine, un colonel, une traductrice internationale, un critique d'art, un prédicateur et des pilleurs de sable, etc. Il faut tisser une trame avec tous ces éléments, leur donner vie. Evidemment, tout tourne autour de cet entomologiste. En fin de compte, c'est un roman noir que j'ai écrit. Certes, je parle de l'Algérie, mais ce texte peut être lu par un Marocain, un Péruvien aussi bien qu'un Allemand, étant donné que je parle des choses essentielles de la vie : la mort, l'amour, la peur, les manipulations, la passion du cheval ou de la mer, etc.
Tout le roman est travaillé par la peinture, à tel point que la structure du texte correspond justement à une sorte de structure picturale, par touches …
Oui, il y a beaucoup de références à la peinture universelle . Mon texte est structuré comme une succession de tableaux. La vie, n'est-t-elle pas une succession de tableaux avant le baisser de rideau ? Dans La mort de l'entomologiste, je fais des clins d'œil aux grands peintres dont j'ai eu le grand plaisir d'admirer les œuvres. On ne se lasse pas d'admirer un Ingres, un Rubens ou un Rembrandt. Il se trouve que Fatima, personnage essentiel du roman, est douée pour la peinture. Donc cela m'a donné une marge appréciable de manœuvre pour aborder tout ce qui a trait à l'art. Dans le roman, j'évoque d'ailleurs le trafic de faux tableaux, le patrimoine artistique dilapidé après 1962.
Finalement, les techniques du roman policier et du roman réaliste se mélangent. Pourquoi cette manière d'écrire ?
Maintenant qu'il a paru, c'est aux critiques de dire ce que j'ai réellement écrit. Il est vrai que la structure de ce roman n'obéit pas à la trame classique du roman policier puisque l'enquêteur principal est un adjudant-chef de la gendarmerie. C'est donc un compromis entre le polar et le roman classique. Je n'ai pas fait un travail sur l'écriture, au sens où l'entend Roland Barthes, et c'est à dessein. J'ai voulu aborder des questions de fond, par un style simple. Un polar, on le lit dans le train, avant la sieste, ou tard la nuit après une insomnie. L'essentiel est de raconter une histoire qui tient le lecteur en haleine, avec des personnages crédibles. Ce qui m'a encouragé à opter pour ce genre de roman, c'est que le polar aujourd'hui a ses lettres de noblesse et ses grands auteurs. Dans le passé, Dashiell Hammet, Faulkner, etc. Aujourd'hui, Yasmina Khadra. En fin de compte, il n'y a pas de genre mineur. La seule question qui peut se poser, c'est : est-ce que ce l'on a écrit est bon ou pas ? C'est tout.
Entre le roman-enquête ou reportage et le roman policier, il y a plusieurs points communs, notamment le jeu de l'enquête. Comment écrire l'un et l'autre ?
Comme je l'ai signalé, l'acte d'écrire est un jeu et une passion. Pour cette fois, j'ai choisi un genre particulier. La prochaine fois, je ferai peut-être autre chose. Ce qui est important, c'est d'écrire, écrire et écrire. Je fais partie d'une société où l'on parle beaucoup, sans tradition de l'écrit. Ecrire, c'est déjà un dépassement de soi, c'est témoigner et laisser des traces.
Repères
Né le 12 décembre 1951 à Biskra, c'est au lycée Ben Boulaïd de Batna que ses vocations se dessinent, notamment dans le ciné-club où il découvre des expressions nouvelles et le goût des débats. Encore lycéen, il devient correspondant du quotidien En-Nasr qui paraît alors en français. Il étudie ensuite la sociologie rurale et urbaine à l'Université de Constantine. Parallèlement, sa passion pour le sport l'amène à participer (il est ceinture noire de karaté), à une finale de championnat national. Au début des années 80, il débute sa carrière professionnelle à Algérie Actualité, gravissant les échelons du métier jusqu'à celui de grand reporter. Par la suite, il fera partie des rédactions d'El Watan et du Soir d'Algérie. Marqué par les grands noms du journalisme, tels Albert Londres et John Reed, ce grand amoureux d'art et de littérature, développera un style particulier d'écriture où l'image instantanée et des détails significatifs balisent l'actualité. Il « fera » ainsi New York, l'Inde, le Mexique, plusieurs pays d'Afrique… Il couvre les conflits du Moyen-Orient : le Liban en 1984, 1989 et 1992 et la guerre du Golfe en 1991, étant l'un des rares journalistes à se trouver à Baghdad, avant, pendant et après l'évènement. Le journalisme investit profondément ses ouvrages. Il en a tiré une sorte de trilogie liée à la décennie noire. Deux livres-enquêtes : Chroniques infernales, 1990-1995 (Ed. Marinoor, Alger, 1998) et Tibhirine, l'enlèvement des moines (Ed. Dar El Farabi, Beyrouth, 2002). Et récemment ce premier roman La mort de l'entomologiste (Ed. Barzakh, Alger 2007). Il travaille aujourd'hui dans une maison d'édition, mais il a pris soin de se faire éditer dans une autre.


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