La pièce La veuve et le grillon montre deux êtres vertueux, chacun défendant sa perception de la vie. Mme de Sévigné donnera la réplique à un Jean de La Fontaine d'une façon facile et au verbe haut. Libertin et ne donnant aucune importance aux vertus des mortels, La Fontaine démontera le raisonnement de la dame aigrie par la trahison de son époux volage. La discussion à bâtons rompus engagée entre les deux auteurs français du XVIIe siècle ne s'est pas arrêtée. « Je ne compte pas faire passer un message. Par cette pièce et ses dialogues, je veux divertir surtout le public sans toutefois, vouloir trop se prendre au sérieux », soutient Daniel Soulier, qui a su faire sa conversion de conducteur de train à la SNCF à la scène de théâtre en devenant un metteur en scène fécond. Point n'est pour lui de faire basculer les discutions d'un côté et de léser l'autre partie. Chacun des protagonistes discoure et « donne des arguments en béton. » « L'équilibre souhaité, nous pensons l'avoir atteint », insiste M. Soulier, metteur en scène de la pièce écrite en 1999 et présentée au CCF qui a déjà accueilli les fragments de contes de Maupassant. Au fil du débat, il y a comme un consensus qui s'instaure entre les deux êtres, sans pour autant que l'un deux lâche capitule. La question sur l'art est aussi présente dans la pièce. « Mon imitation n'est point un esclavage », assurait d'ailleurs La Fontaine en parlant de ces fables écrites « pour instruire les hommes. » Les bruits extérieurs dans la pièce font penser, l'espace d'une pause, que le temps présent est toujours pesant et que le XVIIe siècle n'est qu'illusion. Les cris d'enfants qui tapent dans un ballon ou encore les appels d'un vendeur arabe d'un marché parisien mettent en évidence ce va-et-vient entre un passé imaginé et « un présent toujours présent ». Tout ou presque oppose les deux écrivains modernes. Vivant à la même époque que Madame de Sévigné, Jean de La Fontaine a toujours fréquenté les sociétés libertines, tout le contraire de l'écrivaine. La trahison de Pierre de Sévigné, amènera la salonnarde à s'attacher « trop à sa fille ». Selon le fabuliste, Madame de Grignan a entretenu des rapports malaisés avec son fils, « un mâle. » Pour Mme de Sévigné, le « Mal » est dans tous les mâles. Elle en gardera d'ailleurs, une certaine aigreur. Mme de Sévigné devint veuve en 1651 à 25 ans quand son mari fut tué en duel par Miossens, le chevalier d'Albret, pour venger l'honneur de Mme de Gondran. Le lien entre l'homme et la femme traverse également les discussions des auteurs. Le rapport à la mort est aussi abordé à travers des poèmes de La Fontaine repris « sous cape » par le public. « Il n'y a pas eu de vers rimés, mais des alexandrins », relève Soulier. « Plutôt souffrir que mourir, c'est la devise des hommes » ou encore « qu'on me rende impotent, cul-de-jatte, goutteux, manchot, pourvu qu'en somme je vive, c'est assez, je suis plus que content. » « Ne viens jamais, ô mort ; on t'en dit tout autant », en sont des exemples. Après son passage au Festival d'Avignon, Daniel Soulier a monté sa pièce au Maroc et à Alger.