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Les trois jours d'une bataille rangée pour la succession
Publié dans El Watan le 03 - 05 - 2008

Dès mercredi matin, des consignes très strictes ont été données pour ne laisser aucun journaliste accéder à la coupole, fermée hermétiquement à toute personne non détentrice d'un badge, dûment signé.
La confiance entre les membres de la commission de préparation du congrès, acquise à Abdelmadjid Menasra, et ceux du bureau national, en faveur de Bouguerra Soltani, ne règne plus. Chacun suspecte l'autre de favoriser un des deux candidats et tous les moyens sont permis pour se discréditer mutuellement. De nombreux congressistes, agglutinés aux alentours de la Coupole, attendent depuis des heures. La journée entière a été consacrée à la vérification des badges. Il est 9h45. Une délégation d'invités arrive. Il s'agit des représentants des organisations des frères musulmans jordaniens, égyptiens et celui de l'Europe. A travers les vitres de certains accès à la Coupole, quelques journalistes suivent ce qui se passe à l'intérieur d'une salle en ébullition. Salem Cherif, président de la commission de préparation du congrès, prend la parole. Il annonce la venue des invités. « Il y a des chouyoukh représentant le mouvement des frères musulmans, mais le climat n'est pas propice pour leur permettre d'assister aux travaux. » Quelque temps plus tard, Djemaâ quitte la salle. Djemaâ, porte-parole du parti, sort de la salle. Interpellé par les journalistes sur la situation, il lance une information surprenante. « Abdelmadjid Menasra a retiré sa candidature et il se pourrait qu'une troisième voie émerge », dit-il avant de regagner la Coupole, laissant tout le monde sur sa faim. C'est alors que Ahmed Dane rejoint les journalistes. Il dément les propos de Salem Cherif, en précisant : « Ce sont les militants qui ont proposé la candidature de Menasra, de ce fait il ne peut se retirer de son propre chef. De plus, le bureau exécutif est toujours maintenu. » Pour lui, le retard dans le commencement des travaux est dû à la vérification des badges de tous les congressistes (plus de 1200). Six participants qui composent le quota du président sont exclus parce qu'ils ne répondent pas aux critères. Des agents de l'ordre chassent les journalistes des alentours des accès à la Coupole, alors que les organisateurs débranchent les haut-parleurs qui donnent sur l'extérieur. La presse est coupée de ce qui se passe à l'intérieur de la salle. L'opération de vérification des badges ne se termine qu'en fin de journée, soit plus de sept heures de travail. C'est alors que la commission de préparation du congrès présente son ordre du jour. Les congressistes décident de passer au vote à main levée pour son maintien ou non. Il comporte plusieurs points dont l'examen des résolutions adoptées par le conseil consultatif. Les congressistes s'opposent à ce programme. C'est le blocage.
Le comité des sages et le retrait de Menasra
Les deux parties exhibent leurs forces par une marche à l'intérieur de la salle. Ce n'est qu'en fin de soirée qu'elles finissent par trouver un compromis de cinq points : la collégialité dans toutes les prises de décision, la question du mode d'élection du président laissée au congrès (à la place du conseil consultatif comme le stipule l'article 61 du statut du parti), l'élection à bulletins secrets des membres du bureau du congrès et s'il n'est pas reconduit, un autre bureau composé de 3 membres de la commission et trois autres du bureau national sera alors installé. C'est à minuit que les congressistes quittent la salle et se donnent rendez-vous à 7h. Dès leur retour, ils passent au vote à main levée pour la reconduction ou non du bureau (proposé par la commission). C'est la surprise générale. 727 congressistes disent non, alors que 578 le soutiennent. La balance semble en faveur de Bouguerra Soltani. Une tendance vite relevée par les partisans de Menasra. Salem Cherif prend la parole et demande aux sept membres du bureau de rejoindre la tribune avant de déclarer le vote à bulletins secrets ouvert pour leur maintien ou non. Des cris de colère s'élèvent dans la salle. Plusieurs congressistes hissent des chemises (en carton) de couleur rouge. 12h50. Mokri (proche de Bouguerra) intervient pour chauffer à blanc ses compagnons. Des voix scandent des mots d'ordre hostiles à Salem Cherif du genre : « Ya Salem baraket, le congrès est souverain. » Touché dans son amour propre, Salem Cherif se voit obligé de répondre. Il demande la parole, mais en vain. La salle est déchaînée. C'est l'anarchie. C'est Menasra qui intervient pour appeler au vote à bulletins secrets. Mokri lui répond : « Ce ne sont pas les points sur lesquels nous nous sommes entendus. Nous appartenons à un mouvement islamiste, il nous est interdit le mensonge et la médisance pour semer la fitna entre les gens. » Mokri veut en fait parler d'un compromis de cinq points trouvé la veille entre les membres du bureau national et ceux de la commission de préparation du congrès. L'ex-ministre, M. Semmari, rappelle aux participants le principe de souveraineté du congrès. Salem Cherif revient à la tribune. « Nous laissons à Dieu celui qui nous accuse de mensonge. Ce n'est pas juste d'accabler les gens de mensonges et je ne pense pas que ce soit de cette manière qu'il faille gérer les assises (…). Revenez au calme et à la raison et sachez que nous nous sommes entendus pour élire à bulletins secrets le bureau. » Bouguerra Soltani appelle à la raison. « Purifiez vos cœurs et allons vers le vote. Salem Cherif est un homme honnête. Il a été élu par le madjlis echoura (conseil consultatif), laissez-le aller au vote à bulletins secrets. » Là aussi, la surprise a été totale. Ce n'est qu'en fin de journée que la salle accepte de passer au vote à bulletins secrets. 728 congressistes disent non au bureau et 573 l'acceptent. Un bureau composé de 3 membres proches de Menasra et trois autres proches de Bouguerra Soltani, à sa tête une personnalité neutre en la personne de Aboubeker Bengadouda, représentant de la communauté algérienne à l'étranger.
Blocage total
Les membres sont Bengrina Abdelkader, Kamel Mida, Kamel Benkhelouf, Kheireddine Dahmane, Abdelkader Benlaoui et Mokdad Benia. Une autre défaite pour les partisans de Menasra qui perdent également la bataille du règlement intérieur du congrès à la suite d'un vote qui se solde par à peine 412 voix sur 1200 en faveur de son maintien. Vendredi matin, le climat est toujours tendu entre les deux clans, même si les congressistes tentent de dépasser la crise en allant vers l'installation des commissions pour faire avancer les travaux. Le parti fait appel à sept membres du comité d'apaisement (composé de 22 sages du mouvement), à savoir Mohamed Makhloufi, Bouzegag Mohamed, Semmari, Boubekeur Mohamed Saïd, Mohamed Cheikh, Laïdi et Mahdjoubi, pour trouver une issue au blocage. Les trois membres du bureau, proches de Menasra, décident de se retirer à cause du point lié au mode d'élection du président. Les proches de Bouguerra veulent que ce soient les congressistes qui élisent le président alors que l'article 61 du statut du parti stipule que c'est au conseil consultatif de l'élire. Les partisans de Bouguerra ont proposé l'amendement du statut par le congrès, ce que rejettent catégoriquement les pro-Menasra, estimant que toute modification du statut passe par une proposition du madjlis echoura et non pas par le congrès. Une situation qui aggrave la crise. Pendant des heures, c'est le blocage total. Vers 12h30, le comité d'apaisement s'entretient avec les deux candidats potentiels. Ils discutent longuement, mais rien ne filtre de ce débat. L'heure de la prière arrive. Les congressistes ne quittent pas la salle et c'est M. Mahdjoubi, membre du comité de l'apaisement qui fait le prêche du vendredi, axé sur la nécessité de sauver le parti d'une scission, à travers l'union des rangs. Il demande aux congressistes de se saluer les uns les autres en écartant tout sentiment conflictuel. Le prêche est tellement fort que Bouguerra Soltani se présente à la tribune pour aller dans le même sens, suivi de Abdelmadjid Menasra, qui annonce en larmes le retrait de sa candidature, « un sacrifice pour sauver le mouvement », dit-il. La salle est en ébullition. Les sanglots fusent de partout. Les accolades et les embrassades se multiplient. Les congressistes commencent à quitter la salle sous les applaudissements et les cris de dizaines de militants qui attendaient à l'extérieur. Il est 15h. Menasra sort les larmes aux yeux. Il est suivi par MM. Ahmed Dane, Bengrina et d'autres proches qui l'enlacent en sanglots. Les congressistes se donnent un repos de deux heures avant de reprendre les travaux, avec un point important à régler : celui de l'amendement ou non de l'article 61 du statut du parti. Bouguerra gagne sa bataille et Menasra compte maintenant sur les compromis qu'il aura à faire avec son adversaire autour du partage du pouvoir. C'est d'ailleurs dans ce but qu'une réunion devait regrouper les deux leaders avec les sages du parti.


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