El Djoun et Douirette demeurent deux quartiers populaires situés en plein cœur de la ville des Roses. Le premier est un quartier andalou, qui date depuis la fondation de cette ville vers le milieu du XVIe siècle. Les origines de son appellation restent encore méconnues, mises à part quelques « versions » avançant que ce terme était utilisépar les « indigènes » de la région pour souhaiter la bienvenue aux andalous. Le quartier de Douirette, nommé autrefois Ouled Sultan, a une dimension historique et demeure une copie identique de la Casbah d'Alger. Situé au pied de la montagne, au sud de Bab Errahba, à l'est de Bab Dzaïr et au nord de Bouaîba, dite Zenqet Lakhra, ce quartier remonte à la période ottomane et reste parmi les seuls et derniers repères de l'ancienne Blida. Il est caractérisé par les belles demeures au style mauresque, aux portes d'entrée en forme ogivale et les façades aveugles. Aujourd'hui, ces deux pittoresques quartiers sont délaissés et victimes de l'usure du temps. Aucune prise en charge n'est envisagée par les autorités locales, qui se justifient par le non-classement de ces deux quartiers en tant que patrimoine historique comme l'est la Casbah d'Alger. « Toutes les maisons sont dans un état vétuste, les étroites ruelles telles que la rue Zedmia, la rue Bacha Kheireddine et la rue des Pyramides n'ont pas été bitumées depuis plus de dix ans. « Qui prendra enfin l'initiative et protégera ce pan de notre histoire ? », s'interroge Saïd, propriétaire d'un magasin d'alimentation générale. On apprendra que la plupart des anciens habitants, fuyant les mauvaises conditions de vie et le manque d'hygiène, ont vendu leurs biens et se sont dirigés vers les nouvelles cités. Ces deux quartiers qui autrefois n'étaient réservés qu'aux autochtones de la ville des Roses, sont devenus aujourd'hui un véritable « amalgame » de populations venues de plusieurs régions du pays tels que la Kabylie, Sétif, Oran et bien d'autres. « Le problème qui se pose, c'est que ces nouveaux habitants achètent de belles demeures dans le but de les démolir et non pas de les rénover », se désole une résidante pleurant le temps des qaâdates et des petites ruelles bien propres sentant le jasmin, ornées de treilles de raisin, de citronniers et bien d'autres plantes spécifiques à la région tels que le géranium, le bégonia, M'nigcha, Mahmoud et bien sûr el Fel (symbac). « C'est vraiment triste de voir le plus ancien quartier de Blida se transformer en un vrai bidonville, où les fissures enlaidissent les maisons antiques qui s'effondrent une à une, dès le moindre orage et encore plus lors des tremblements de terre », déplorera Aïcha, une couturière et ancienne résidante à Douirette.