Beaucoup de littérature sur les « digital natives », cette génération qui a grandi en même temps que l'évolution numérique. Les « nouvelles technologies » ne sont finalement pas nouvelles pour eux. Ils s'opposent ainsi à la génération précédente, appelés « digital immigrant », constamment obligés de s'adapter aux nouvelles techniques. Les « digital natives » baignent dans un univers dominé par les médias. Ils ont en outre bénéficié de la généralisation des équipements multimédias et technologiques. Leurs pratiques culturelles en sont par conséquent le reflet. Etudiant à Sciences Politiques de Paris, Alexandre Ben Soussan, dans la veine de communications remarquées en France et à l'étranger, a présenté une recherche sur la jeune génération née avec ou après la révolution numérique des années 1980. « Il est aussi aisé de distinguer un digital native d'un digital immigrant qu'une statue grecque d'une statue romaine. Un bon moyen : utiliser la fréquence d'usage de l'adjectif numérique pour les uns et la forme des pieds pour les autres... », écrit-il. Être un digital native consiste avant tout à être né dans un monde sous condition informatique. C'est être apparu à ses parents pour la première fois sur l'écran d'un échographe, avoir eu sa première visite médicale chez un pédiatre trouvé grâce au minitel, interagi pour la première fois avec un ordinateur à l'âge où l'on perd sa première dent, pris ses premières photographies sur un compact numérique, reçu un ordinateur personnel pour son entrée au collège, dragué sa première copine sur MSN, découvert ses résultats du bac sur internet et postulé pour son premier stage sur Facebook après avoir passé de longues années à rédiger essais et notes de synthèse sur le clavier de son MacBook. Les digital natives sont les occupants dès leurs premiers jours d'un espace collectif dont les interactions, avec le monde et avec les autres, sont majoritairement, et de manière croissante, numériques. C'est Mark Prensky, enseignant et chercheur américain, qui est l'auteur du concept « Digital Natives » (natifs numériques), dans un essai paru en 2001. D'après lui, Ils sont nés entre 1985 et 1995 et ont un rapport tout à fait spécifique à la société, à la consommation, aux marques, à la politique, aux médias, etc., en grande partie façonné par les technologies numériques. Derrière ce concept, Mark Prensky a cherché à décrire l'avènement, dans le système éducatif américain, d'une nouvelle génération d'élèves et d'étudiants pour lesquels le numérique est un territoire « natif » dont ils seraient les « autochtones ». Leurs aînés seraient, au mieux, des « immigrants numériques », qui ne maîtriseraient les technologies qu'au prix d'un effort d'adaptation bien visible. Cet effort, ou « accent », consisterait par exemple à imprimer un email ou un texte numérique pour en prendre connaissance, plutôt que de le lire et de le commenter à l'écran... Suite aux travaux de Mark Prensky, le terme « Digital Native » a fait son chemin pour décrire de façon plus globale la génération des adolescents (11-18 ans) et des jeunes adultes (18-25 ans) d'aujourd'hui. Dans une enquête réalisée en 2009 par le ministère de la Culture français, sur les pratiques culturelles des jeunes, apparaissent de nouvelles caractéristiques de la consommation culturelle de cette génération. Les « digital natives » baignent dans un univers dominé par les médias. Ils ont en outre bénéficié de la généralisation des équipements multimédias et technologiques. Leurs pratiques culturelles en sont par conséquent le reflet. Tout d'abord, l'utilisation intensive du web est prédominante. Ils sont 80% parmi les 13-24 ans à s'être connectés au web au cours du mois précédent l'enquête. Les 15-25 passent en moyenne près de 13 heures par semaine sur Internet. Jeux en réseaux, téléchargements de musique, de vidéos... leurs loisirs passent majoritairement par le net. Par la détention de plus en plus tôt d'équipements informatiques personnels, la jeune génération manifeste une consommation culturelle et médiatique individualisée. Une consommation qui accompagne leur autonomisation progressive et renforce ce que le rapport qualifie de « culture de chambre ». Les jeunes ne sont pas pour autant isolés des autres pratiques culturelles. Le cinéma et les concerts, notamment, sont encore très prisés. Ils manifestent même un plus grand intérêt que leurs aînés pour ces pratiques grâce à l'ouverture culturelle permise par l'explosion des nouvelles technologies. Une ouverture culturelle qui, avec l'arrivée des outils numériques à portée de tous, a eu pour conséquence l'explosion des pratiques artistiques en amateur. Le numérique a aussi bouleversé le rapport au temps d'une génération à l'autre. Tout ou presque étant disponible à tout moment sur Internet, les contraintes temporelles des diffuseurs traditionnels sont en grande partie abolies. Selon l'enquête du ministère de la Culture français, le temps consacré à la culture par les jeunes est démultiplié et déprogrammé. Les auteurs de l'enquête concluent sur une note d'optimisme : une évolution positive pour la culture, davantage consommée et pratiquée par la jeune génération. Mais, tempèrent-ils, aux dépens des instances de médiation traditionnelles. Les institutions culturelles, l'école et la famille perdent leur influence et vont devoir repenser leurs modes de transmission et interroger le lien entre savoir et culture. Faut-il pour autant y voir que dangers et déviations ? Pas sûr selon les conclusions d'une étude américaine effectuée en 2008. En effet, d'où que l'on regarde, quand on parle du rapport des jeunes à l'Internet et aux réseaux sociaux, tout le monde évoque d'abord les risques, les dangers, les menaces qui pèsent sur eux. Des dangers qui justifient bien souvent toutes les dérives sécuritaires... Pourtant, les chercheurs dénoncent largement ce retournement, cette tentation anxiogène de l'hyper contrôle qui définitivement n'aidera ni les parents ni les jeunes à aborder et comprendre les formes des nouvelles sociabilités qui se développent en ligne. En 2008, la Fondation Mac Arthur, organisme américain, indépendant dont l'objectif est d'inspirer les nouvelles générations à imaginer et construire un avenir prospère et durable, a livré les résultats d'une imposante étude qualitative sur la pratique des nouveaux médias par les jeunes. Ce projet de recherche sur la jeunesse numérique a rassemblé sur 3 ans plus de 28 chercheurs et s'est intéressé aux pratiques de plus de 800 jeunes. Selon les conclusions de l'étude « Vivre et apprendre avec les nouveaux médias », le temps que les adolescents et les jeunes adultes passent en ligne, sur MySpace ou sur leur messagerie instantanée, n'est pas une perte de temps, mais leur permet de grandir, de mûrir. « En passant du temps en ligne, les jeunes acquièrent des savoir-faire sociaux et techniques qui leur sont nécessaires pour participer à la société contemporaine », explique au New York Times la sociologue Mizuko Ito qui a dirigé l'étude. « Ils apprennent à s'entendre avec les autres, à gérer leur identité publique, à créer des pages web. » Pour Mizuko Ito, les dangers de l'Internet sont surestimés. « Il y a beaucoup de désarroi sur ce que font les jeunes en ligne. La plupart du temps, ils se socialisent avec leurs amis ou avec d'autres jeunes qu'ils ont rencontrés à l'école, en vacances ou au sport. » Dans le même sens, Christo Sims, étudiant à l'école d'information de Berkeley (Usa), confirme « la plupart des pratiques observées montrent que les jeunes utilisent les sites sociaux pour compléter leurs relations sociales hors ligne plutôt que pour se faire de nouveaux amis à l'autre bout du monde ». « Cela dit, il y a bien sûr eu des cas où les jeunes ont développé des relations en ligne qui s'étendaient au-delà de l'école, de leur quartier ou de leurs groupes d'activités. Les jeunes les plus marginalisés (comme les homosexuels, les minorités ethniques ou les immigrants) dans leurs univers locaux et sociaux vont plus souvent en ligne à la recherche d'amitié ou d'intimité. » Quoi qu'il en soit, le corollaire de ces pratiques numériques est le développement d'une culture de l'immédiateté, de l'accessibilité, et de la gratuité. Autant de phénomènes qui représentent un véritable défi pour les industriels (comment faire accepter un produit/service payant, particulièrement dans les univers touchés par le téléchargement illégal ?), les marques (comment s'adresser à une cible aux pratiques médias et aux centres d'intérêt de plus en plus fragmentés ?), mais aussi les politiques (comment intéresser ces jeunes citoyens, futurs électeurs, à la vie de la communauté, alors que la tendance est à l'éclatement en micro-communautés, parfois purement virtuelles ?).