Comme pourrait l'être un mauvais garçon, pugnace et teigneux, l'Algérie est décidément incorrigible. Hier, elle a dû vous décevoir fortement en ne se faisant pas éliminer par votre protégée l'Egypte. Malgré toute votre sollicitude affichée ouvertement — vous avez dit, sans aucun respect de l'obligation de réserve, votre souhait de voir les gars du Nil qualifiés pour Johannesburg— malgré vos efforts sournois, malgré vos coups de pouce de dernière minute — comme l'instauration de la sanction suprême en cas d'envahissement de terrain — l'Algérie n'a pas répondu à vos attentes : accepter de baisser pavillon et de gommer de sa chair meurtrie et de son esprit, toutes ses blessures physiques et morales subies dans la géhenne du Caire. Contrairement à vos desiderata, les Verts ont éliminé l'Egypte. Comme le grand César qui avait dit : «Veni, vidi, vici», ils sont venus à Khartoum, ils ont vu, ils ont vaincu. Antar a dompté les Pharaons. Ses compagnons ont fait le reste : faire pleurer Oum Dounia comme il n'est pas permis de le faire. Avec un courage extraordinaire, avec un sens aigu de la revanche — mais dans le fair-play — ces enfants terribles de l'Algérie ont arraché le billet, leur billet. Vous les verrez donc en Afrique du Sud, ne vous en déplaise M. Blatter ! Il faut reconnaître votre défaite, vous aussi. En menaçant d'élimination toute équipe dont les fans auraient été coupables d'envahissement de terrain, vous visiez l'Algérie. Vous pensiez bien connaître la réaction algérienne. Vous avez tablé sur l'exubérance légendaire et sans limites de nos supporters. Vous avez parié que ces fans — gagnants ou perdants — ne pourraient comprimer leur sentiment de joie ou de colère. Il fallait placer une épée de Damoclès au-dessus de leur tête. Vous l'avez fait. Sans gêne. Sans scrupule. Et voilà que l'Agérie a gagné ruinant vos faveurs. Sans dégâts. Sans ce fameux envahissement de terrain. A votre façon, vous êtes aussi incorrigible, M. Blatter en persistant dans la politique de deux poids, deux mesures et dans la tergiversation. Mais voilà, entre vous et l'Algérie la différence est là : l'Algérie et éternelle. Vous, vous ne l'êtes pas à la tête de l'auguste institution que vous dirigerez encore quelque temps.