Justice n Le principal suspect est un «admirateur» d'Al Qaîda alors que l'Aqmi a récemment nié toute implication dans cet attentat. Le procès des 8 suspects de l'attentat de Marrakech commence le 30 juin prochain devant le tribunal antiterroriste de Salé. Après l'attentat qui avait causé la mort, le 28 avril dernier, de 17 personnes, la police judiciaire avait arrêté et présenté devant un juge d'instruction sept suspects, un huitième ayant été récemment déféré devant le même magistrat du tribunal antiterroriste. Les huit personnes sont accusées de «terrorisme». Elles seront jugées devant ce tribunal en vertu de la loi antiterroriste qui a été adoptée au Maroc en 2004. Les huit suspects habitent tous à Safi, à 350 km au sud de Casablanca. Selon l'acte d'accusation, les huit prévenus, dont le principal mis en cause Adil El Othmani, sont également accusés «de porter gravement atteinte à l'ordre public, assassinat avec préméditation et guet-apens, détention et fabrication d'explosifs et appartenance à un groupe religieux interdit». L'accusation n'a pas précisé le nom et la nature du groupe religieux auquel les accusés sont suspectés d'appartenir. Mais au lendemain de l'attentat, le ministère de l'Intérieur avait indiqué que le principal mis en cause «est fortement imprégné de l'idéologie jihadiste» et «exprime ouvertement son allégeance pour Al-Qaîda». Il a raconté, lors d'une reconstitution, ses faits et gestes de la journée du 28 avril. Adil El-Atmani est un Marocain de 25 ans, décrit par la police comme un «admirateur» d'Al-Qaîda a déclaré : «Ne me demandez pas pourquoi j'ai fait ça, mais plutôt comment je l'ai fait.» Sous les insultes de la foule et sous la protection d'un imposant service de sécurité, le jeune homme raconte : «En ce matin du 28 avril, j'arrive à Marrakech à 6 heures du matin par train, en provenance de Safi», où il travaille dans un commerce de chaussures. Il est vêtu d'un maillot blanc, planqué sous une perruque, un chapeau bleu et des lunettes de soleil. Outre son gros sac à dos noir, il s'est également équipé d'une guitare pour mieux passer inaperçu. Sa cible : les Occidentaux. Pendant la reconstitution, il emmène d'abord les enquêteurs au Café de France. Mais, dit-il, le jour de l'attentat, «il n'y avait pas assez d'étrangers». Il se dirige alors vers le café Argana. La terrasse de l'établissement est pleine de touristes. Il décide de passer à l'action. Une fois dans le café Argana, il commande un jus d'orange comme l'avait raconté des survivants du drame. Il le boit, puis demande au serveur s'il peut laisser son sac à dos «le temps d'aller chercher sa copine». Il sort du café, marche 300 mètres, et déclenche les deux bombes placées dans son sac peu avant midi, à l'aide d'un téléphone portable. Al-Qaîda au Maghreb islamique (Aqmi) a récemment nié toute implication dans l'attentat meurtrier de Marrakech, démentant la piste initialement évoquée par les enquêteurs. Le principal suspect risque d'être condamné à la peine capitale si le tribunal reconnaît sa culpabilité, selon la loi antiterroriste. Il s'agit de l'attentat le plus meurtrier depuis les attaques islamistes à Casablanca en 2003 qui avaient tué 33 personnes et 12 kamikazes.