Evocateur n Située en plein centre-ville, non loin de la bâtisse calcinée du parti national et du musée du Caire, la place Al-Tahrir reste un symbole de la révolution et de la résistance pour les Egyptiens. Depuis le début 2011, il ne se passe pas un vendredi sans que les Egyptiens se rendent sur la très mythique place Al-Tahrir, pour faire passer le message au pouvoir que la révolution n'est pas terminée. Les Egyptiens y ont une présence tellement marquée que l'armée et la police ont décidé d'intervenir, la semaine dernière, pour dégager cette place. Quelques accrochages plus tard, et l'autorité de l'Etat est rétablie. Néanmoins, les manifestants ne semblent pas décidés à lâcher prise, puisque chaque vendredi, ils reviennent à la charge et essayent d'occuper cet endroit stratégique de la capitale. Vendredi dernier, nous étions présents sur les lieux et nous avons pu noter une présence massive du service de l'ordre. Bien avant l'arrivée des manifestants qui voulaient faire de cette journée celle du «Vendredi de l'amour pour l'Egypte», policiers et militaires avaient déjà cerné l'endroit, ne laissant personne s'en approcher. On a cependant noté un gand changement par rapport aux précédentes manifestations : le nombre des insurgés s'est sensiblement réduit. Selon un manifestant rencontré sur place, cette réduction s'explique par la venue du mois de ramadan mais aussi par le fait que beaucoup attendent le discours du nouveau chef du gouvernement égyptien, Essam Charaf, pour connaître ses propositions. Cela dit, ils sont nombreux à reconnaître qu'il existe des fissures au sein même des manifestants où chaque tendance essaye de marquer son territoire. Les revendications, elles, n'ont pas changé, telles la comparution devant le tribunal et la condamnation de ceux qui sont impliqués dans ce qui s'est passé en Egypte depuis le début de l'année. Le volet social, qui permettra aux simples citoyens d'avoir une vie décente, n'est pas négligé. En ce premier ramadan post-révolution, les manifestants étaient loin d'imaginer être réprimés par l'armée et la police, et de surcroît un vendredi. L'Etat égyptien est visiblement prêt à passer aux gros moyens pour que désormais chaque vendredi dans ce pays soit synonyme de quiétude. Malgré ce changement, la population garde toujours son esprit de solidarité en ce mois sacré et n'hésite pas à distribuer de la nourriture aux policiers et aux militaires au moment de la rupture du jeûne. Ils estiment que tôt ou tard, ils finiront par avoir gain de cause. Pour eux, ce n'est pas le moment de flancher et de lâcher prise. «Malgré la chaleur en cette période, qui coïncide avec le ramadan, les gens font tout pour faire passer leur message et espérer que les responsables de ce pays prennent en considération leurs revendications», nous dira un citoyen. Il faut cependant reconnaître que l'union qui a caractérisé le soulèvement populaire en Egypte durant les précédents mois, commence à faiblir. Certains ne croient même plus au Haut conseil militaire. Pour eux, le jugement de l'ex-Président Moubarak par un tribunal civil est une démarche anormale. Ils estiment qu'en étant chef suprême des forces armées et de la police, il n'est pas normal qu'il soit déféré devant un tribunal civil. Pis encore, certains citoyens n'hésitent pas à remettre en cause le Haut conseil militaire, à sa tête Mouchir Tantaoui, estimant qu'il est complice avec l'ancien régime. Une chose est sûre, même si l'Egypte a retrouvé une certaine sérénité, une certaine tension reste tout de même palpable et le spectre d'une nouvelle révolution est dans l'air.