Résurrection Après des années de deuil, de peur et de terrorisme annihilant, le retour à la vie est lent et difficile. Dellys n?est plus un délice. La belle commune de Boumerdès, réputée pour ses merveilleuses plages, son sable doré, son sublime paysage et ses coquettes femmes, n?est plus ce qu?elle était. Aujourd?hui, elle affiche un visage triste. Ses étroites ruelles sont désertées, salies par les amas de pierres, de planches et d?ordures qui jonchent tous ses recoins. Les immeubles crasseux, dont quelques-uns ont été repeints maladroitement, et les maisonnettes sordides qui s?éparpillent, respirent misère et solitude. Un décor étouffant et déprimant. La population souffre de solitude, d?ennui et surtout de l?absence de projets d?investissement de nature à relancer l?activité dans cette contrée, autrefois vivante et animée. Aujourd?hui, la commune semble désertée et esseulée. Cette année encore, les émigrés et les touristes, nationaux et étrangers, se comptent sur les doigts d?une main. Les quatorze années de terrorisme, de larmes, de sang et de peur ont marqué cette région féerique et adulée. Pour la population, c?est le moment de vivre, bien qu?il soit difficile de reprendre goût à la vie, à la mer, aux sourires, après autant de douleurs. Les champs verdoyants, à perte de vue, les fellahs, les jeunes paysans, la peau brûlée par le soleil, travaillent avec passion, à longueur de journée. Des chapeaux de paille usés les protègent. Douce image de labeur, de sécurité et d?un souffle de vie, d?une renaissance. D?un combat. Ces terres, vastes étendues généreuses, sont comme une invitation à l?évasion, à l?aventure et à l?oubli. Oublier même le temps d?un été, de quelques mois. Profiter du soleil, des vagues douces qui mugissent au loin. Des voix juvéniles qui éclatent, des bateaux qui quittent le quai à la recherche des poissons. La vie reprend à Dellys, tant bien que mal.