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Souk-Ahras : vive les traditions
Du tonneau des Danaïdes au chêne du circoncis
Publié dans Info Soir le 03 - 09 - 2004


Le tonneau des Danaïdes
Complication Tenter de décrire le processus du mariage à Souk-Ahras peut s?avérer un exercice périlleux tant les étapes sont nombreuses.
Ainsi depuis la demande en mariage jusqu?au retour du voyage de noces, les particularités régionales en ce domaine peuvent ne pas paraître évidentes du tout, même si des esprits éclairés ont tenté d?y mettre bon ordre dès la fin des années 1980.
Mais commençons par la khotba. La famille du prétendant, par le biais d?amis communs, se rapproche de celle de l?élue et s?assure que cette dernière n?est pas promise à quelqu?un d?autre et formule sa demande. En cas d?acceptation formelle, c?est au tour des femmes de se rendre au domicile des parents de la future fiancée pour entériner en quelque sorte la demande et s?entendre sur le montant de la dot et des listes (parce qu?il y en a plusieurs) des effets vestimentaires exigés ainsi que sur la nature du bijou en or souhaité. La pratique actuelle a tendance à éliminer les fameuses pesées de laine qui devaient revenir à la future mariée ; celles-ci étaient destinées à la confection de la literie ? matelas, coussins et édredons ? que ramène toute nouvelle épouse avec un meuble de valeur. La dot fixée, on s?entend alors sur la date à laquelle les hommes des deux familles se rencontreront pour la demande solennelle de la main de la fille en présence des tuteurs (Code de la famille oblige), des témoins et d?un imam.
La Fatiha est de loin la coutume la moins contraignante et la moins onéreuse dudit processus puisque les uns et les autres se contenteront d?une modeste collation faite de refsa (un plat confectionné à base de semoule, de dattes et de miel) accompagné de petit-lait. Trois fois rien en comparaison avec le montant de la dot qui peut atteindre 100 000 DA, les gandouras au nombre de six, les tailleurs et surtout le bijou en or que l?on désigne par le doux nom de «henné» et qui peut coûter jusqu?à 300 000 DA ! Le jour du mlek (aâtia ou jhez, c?est selon) qui est toujours précédé de celui où l?époux doit ramener les moutons du repas du mariage au domicile de ses beaux-parents, se passe dans la liesse générale. La cérémonie se déroule d?une manière générale dans une salle des fêtes où l?on recevra les invités des deux familles.
La mariée sera installée dans un fauteuil dans un endroit visible de tous. Elle sera parée de ses plus beaux atours et ses proches exhiberont tous les cadeaux que lui a offerts son désormais époux. Rien ne sera oublié dans cette présentation : gandouras brodées ou non, sous-vêtements, chaussures, sortie de bain, produits cosmétiques? L?ambiance s?animera encore plus lorsque la séance de remise du bijou sera entamée.
L?usage veut que ce soit la mère du mari ou l?une de ses plus proches parentes qui accroche la pièce d?orfèvrerie, une boucle de ceinture ou un collier, si ce n?est une parure en or, au cou de la reine de la soirée pendant que d?autres femmes lui enduisent les doigts et la paume de la main de henné. Ce rituel s?accompagnera de la «rechka» que feront les invités à la famille hôte.
Chacune des femmes contribuera ainsi à conforter la dot de la mariée par son offrande pécuniaire. En réalité, ce n'est qu?un prêt que la famille remboursera à la moindre occasion de fête qui se présentera chez l?une ou l?autre des convives. La soirée se prolongera et tout le monde aura droit à du café et à des gâteaux. Grands et petits dégusteront le repas composé d?une suite de plats mijotés dont la saveur et l?originalité ne tiennent qu?à la maîtrise des cuisinières dont on a loué les services. Vers 20h, la salle se videra progressivement et ne resteront que les parents très proches des nouveaux mariés, encore là, pour attendre les hommes qui accompagneront l?époux pour découper la pièce montée. A cette occasion, ce dernier passera l?alliance au doigt de son épouse et toute l?assistance dansera et des youyous fuseront de toutes parts.
Ce cérémonial n?est pas un épilogue en soi parce que, dans de nombreux cas, les époux ne saluent pas tout le monde et partent en voyage de noces une fois la fête finie comme on serait tenté de le croire. Il en est qui, malheureusement, attendent de longs mois pour le faire, le temps de trouver un logement (eh oui !) ou de terminer l?agencement du nouveau domicile, car on a tant dépensé. On peut, en tout cas, dire que le nouveau chef de famille n?est pas au bout de ses peines, car il lui faudra encore penser, une fois de retour de son voyage de noces, à organiser la fête du septième jour, mais cela est une autre histoire?


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