Parution ■ «Fatma N'parapli», une BD décalée, invite le lecteur à partager la vie des habitants d'un quartier des hauteurs d'Alger où pauvreté et débrouillardise côtoient au quotidien les ragots colportés à propos des uns et des autres. Safia et Soumeya Ouarezki, sœurs jumelles, en tandem avec Mahmoud Benameur, trois étudiants, six mains, une bonne dose d'imagination, de l'audace et une année presque de travail, voilà qui a donné naissance à «Fatma N'parapli», une BD en noir et blanc et de 56 pages, est paru aux éditions Dalimen. «Un personnage inspiré d'une habitante d'un quartier du Grand Alger», explique Safia. El Houma, un village au cœur de la cité ou tout le monde se connaît jusqu'à tisser des liens très forts de fraternité. «C'est une histoire racontée par notre mère et notre grand-mère sur une femme qui n'avait pas toute sa raison suite aux souffrances subies au cours de la guerre de libération. Ses états de déraison faisaient suite à des moments de lucidité où Fatma N'parapli assenait des vérités aux habitants de son quartier avec un sens inégalé de sagesse», raconte Safia. L'autre héroïne de ce roman graphique est Lalahoum, au prénom désuet, «une créature tout aussi burlesque que sa voisine, portant chapeau et tenue occidentale», continue Safia la scénariste. Excentriques, extravagantes, Lalahoum et Fatma sont en quelque sorte les mascottes de ce microcosme citadin. En réalité, même le grand frère de la famille Ouarezki qui a connu Fatma N'parapli a apporté son lot de détails pour la réalisation de la BD. «Fatma N'parapli», une BD décalée, met en scène certains travers de la société, en partant de l'histoire d'une mystérieuse femme qui, dans son quartier populaire à Alger, collectionne des parapluies et finit par alimenter les rumeurs les plus folles à son sujet. Cet album invite le lecteur à partager la vie des habitants d'un quartier des hauteurs d'Alger où pauvreté et débrouillardise côtoient au quotidien les ragots colportés à propos des uns et des autres. Au centre des histoires de ce quartier, une vieille maison qui le surplombe, un lieu devenu un objet de crainte et de fascination à cause des parapluies pendants à ses fenêtres mais surtout à cause des deux femmes, «Lalahoum» et «Fatma N'parapli» qui y vivent. La première, vieille décrépie et édentée, est considérée comme une «sorcière» capable de prédire l'avenir et de prescrire des remèdes alors que la seconde, une dame d'un certain âge en tailleur et en chapeau qui ne s'exprime qu'en français,vivote en vendant des cardes sauvages aux autres habitantes. Première publication des trois auteurs, «Fatma N'parapli» se distingue dans le paysage éditorial du 9e art algérien, plus orienté vers le manga ou la BD historique, en brossant un portrait affectueux mais sans concession de «petites gens» ordinaires. Safia en deuxième année de magister en anglais raconte que l'écriture a toujours été sa passion. D'ailleurs elle se destine à l'enseignement de cette langue en milieu universitaire : «Le stage de six mois que nous avons effectué tous les trois aux ateliers de la BD a permis la création de Fatma N'parapli. Il faut dire que le scénariste français, Pascal Bruno Pradelle nous a été d'une grande aide par son encadrement en nous initiant à une vraie technique professionnelle.» Mahmoud et Soumeya, étudiants aux Beaux Arts, cela va de soi ont planché sur le dessin : «Mahmoud a réalisé les premières ébauches, technique dite de crayonné. Soumeya, elle, s'est consacrée à l'opération ancrage et c'est ainsi que notre roman graphique a pris forme. D'ailleurs nous travaillons sur la suite dans un nouvel album et sur la traduction en français du premier», raconte Soumeya. Ecrite en algérien, servant ainsi à évoquer des réalités sociales comme la violence conjugale ou les médisances, au centre de nombre de situations, la BD est la transposition du vécu social avec toutes les saveurs du parler algérien et des héroïnes attachantes. Une belle aventure pour le trio qui sans le savoir sont nés dans le même quartier et ont fréquenté la même école. Il aura fallu que Fatma N'parapli vienne à le leur faire découvrir et à leur faire remporter le Prix du meilleur album en langue arabe national lors du dernier Festival international de la bande dessinée d'Alger. Sacrée Fatma N'parapli !