C'est donc le passage d'une ancienne idéologie carolingienne d'«accord nécessaire» fondée sur un consensus, à une idéologie de la distinction entre «chose impériale» et «chose pontificale». Comment donc distinguer ces deux pouvoirs, et lequel faut-il préférer ? Eglise et empire vont ainsi devenir des concurrents après avoir longtemps été des collaborateurs. Cette concurrence d'un siècle peut se diviser en deux grands moments. Le premier avec un conflit de 1075 (synode de Rome au cours duquel on interdit l'investiture des laïcs) et de 1122 (concorde de Worms). C'est la querelle des investitures. Dans une deuxième phase, on voit un renforcement de la papauté qui va acquérir les éléments et caractéristiques pour se présenter comme une monarchie. A la base de ces évolutions, trois mots-clés : distinction entre les deux pouvoirs qui vont amener la naissance de deux pôles attractifs ; libération des influences d'un pouvoir sur l'autre ; rationalisation des structures. Eglise et empire : la querelle des investitures (1075-1122) La sacralité de l'empire est liée aux capacités de l'empereur à exercer un pouvoir politique, ce qui signifie, dans un cadre de régionalisation, que la sacralité impériale a tendance à s'étioler. En Germanie, les protagonistes du pouvoir impérial sont, avant tout, des évêques et des abbés de l'Eglise impériale. Toucher à ces structures, c'est donc atteindre l'organisation politique. Du côté de l'église, la sacralité se renforce grâce à l'action des moines et des prélats réformateurs qui furent impériaux. Vu que cette sacralité pontificale s'accroit, elle va remettre en cause la conception carolingienne d'une autorité morale. Il va y avoir centralisation autour de la papauté et hiérarchisation de la structure. Les papes entendent alors contrôler l'ensemble de la société, tandis que les empereurs tentent de conserver leur caractère sacré et leur organisation politique. La querelle qui s'ensuit n'est pas tant techniquement sur les investitures que sur la modalité de la transmission des pouvoirs religieux. L'idée qu'un roi ou un empereur, une personne laïque donc, intervienne dans la nomination de l'évêque est mal vue des religieux. Les laïcs, eux, ont peur que le contrôle des actions politiques des religieux leur échappe? (à suivre...)