Avis n Le débat sur le décret 04/405 relatif à la loi 04-10 continue de plus belle. Le président du MC Alger, Mohamed Djouad, a, pour sa part, bien voulu donner un certain éclairage sur cette question. InfoSoir : Quelle est la première lecture que vous faites de ce décret 04/405 et du débat qui anime la scène sportive en ce moment ? Mohamed Djouad : La première chose que je dirai est que ce décret n?est pas une loi et peut donc être révisé ou aménagé à tout moment. Ensuite, je suis persuadé que ce décret, qui a fait l?objet d?une réflexion à plusieurs niveaux et de plusieurs personnalités, dont cinq anciens ministres, est lié à une situation conjoncturelle. Aujourd?hui, le sport algérien d?une manière générale se trouve pratiquement dans l?impasse de par sa mauvaise gestion, sa mauvaise organisation et, principalement, ses résultats. Devant cet état des lieux, le ministère, donc les pouvoirs publics, a décidé de réagir, comme l?ont souhaité tous ceux qui, aujourd?hui, gesticulent contre l?application de ce décret, en bousculant les choses et en donnant un coup de pied dans la fourmilière. A défaut peut-être d?autres solutions, la tutelle a trouvé cette solution pour reprendre les choses en main. Et puis qu?a-t-on fait avec la multitude de mandats pour un seul président, si ce n?est pour tomber plus bas encore ! Ceux qui défendent ces positions défendent en fait des intérêts restreints au détriment de l?intérêt du sport et du mouvement sportif national. Mais vous avez l?air contrarié par la tournure que prennent les choses en ce moment ? Ce qui me révolte encore le plus, c?est qu?au niveau de notre presse, il se trouve des organes, qui se disent sérieux, qui prennent position de manière brutale contre un ministre de l?Etat et contre un Etat pour défendre des intérêts personnels. A partir du moment où on n?a même pas encore évalué les contours de ce décret, il y a déjà levée de boucliers et attaques à boulets rouges contre ce ministre qui, on a l?impression, est derrière tout le mal du sport algérien alors qu?il vient d?arriver. Pour moi, on ne s?attaque pas à l?Etat de cette manière lorsque ce dernier décide de prendre ses responsabilités dans l?intérêt général du secteur et de la nation. Mais en adoptant ce décret, ne pensez-vous pas que nous risquons des sanctions de la part des fédérations internationales, dont la FIFA qui a déjà mal réagi ? La FIFA est une institution internationale qui a à charge de gérer le football, nous en Algérie cela ne nous suffit pas d?être humiliés au point que, après avoir investi des sommes colossales et après avoir mobilisé toute une opinion publique, non seulement nous avons raté le Mondial, mais nous ne serons même pas en phase finale de la Coupe d?Afrique des nations. Personne d?entre ces gens de la presse, devenus tout d?un coup des donneurs de leçons, n?a pris son courage pour dénoncer la gabegie du football puisque finalement tout se passe dans ce sport. Puis on vient s?attaquer à un ministre de l?Etat pour en faire le destructeur du football. Un football qui traîne la nation dans la boue n?a pas droit à la parole. Je suis convaincu qu?il y a des gens derrière ce football qui poussent la FIFA à intervenir aussi rapidement. La preuve est cette diligence avec laquelle a réagi cette instance, alors qu?elle n?a pas pris le temps qu?il faut pour étudier ce décret ni connaître le contenu de ce texte. Il y a trop d?intérêts dans ce football pour que les gens qui s?attaquent au MJS le fassent aussi brutalement. Quand un des responsables de la communication de la FAF prétend que le président de la fédération est l?égal du président de la République, cela devient grave ! Allons-nous assumer les échecs du président de la République puisqu?on est en train de le faire avec le président de la FAF ? Les comparaisons sont absurdes à mon humble avis. Vous êtes donc d?accord de laisser votre place de président, même si vous êtes valable et compétent et que vous avez le soutien de l?assemblée générale ? Le ministre est en train de donner un coup de pied dans la fourmilière des corrompus, des parvenus et des bricoleurs. Cela ne me dérange nullement de quitter mon poste lorsque mon mandat sera terminé et je laisserai ma place à quelqu?un d?autre. Je demanderai peut-être à ce que je figure au sein de l?assemblée générale afin d?apporter ma contribution au sport national que j?ai toujours défendu. Que cela s?applique pour tout le monde, moi-même en premier. Donc, pour moi ce décret n?est pas une loi et même si c?en était une, elle serait révisable et c?est la conjoncture actuelle qui impose qu?on la prenne en charge de cette manière. Le constat est là : des présidents passent par deux ou trois mandats alors que leurs bilans sont catastrophiques. Il faut donc arrêter le massacre. Vous dites cela par rapport au Mouloudia d?Alger ? C?est malheureux de le dire : les responsables du sport algérien évaluent le niveau sportif par le bas et non pas par le haut. On veut ramener le Mouloudia avec tout le monde en bas et on ne veut pas que ce club soit au-dessus. On se dit même pourquoi les autres sont en bas et le MCA en haut ? Alors que la logique voudrait que ceux d?en bas montent, vous voyez un peu l?état d?esprit qui règne aujourd?hui dans notre sport. Je ne généralise pas, car il y a tout de même une partie des responsables de fédération composée de gens censés et animés d?une volonté de bien faire. Pour le reste, c?est une catastrophe, car nous vivons chaque jour de dérive en dérive. Les gens des fédérations, à leur tête le football, soutiennent qu?ils n?ont pas suffisamment d?aide de l?Etat, surtout dans la concrétisation des grands projets et sur le plan financier ? La préoccupation majeure de la plupart des gestionnaires au niveau des fédérations, c?est d?avoir assez d?argent pour aller vadrouiller à l?étranger. Ce n?est pas aussi une raison de tout mettre sur le dos d?un seul homme, le ministre. Et puis, ce type de problème existe depuis longtemps, il ne date pas d?aujourd?hui. Le décret est l?une des premières solutions pour la relance des activités sportives. Du moins cela va redynamiser le travail au niveau des fédérations à travers le mandat unique et permettre à beaucoup de cadres valables, hier, marginalisés pour des raisons multiples, de se retrouver dans le giron du développement. D?autres solutions peuvent suivre l?application de ce décret, à savoir l?organisation qui nous fait défaut de nos jours, l?implication plus conséquente des cadres notamment les techniciens afin de bannir le copinage au détriment de l?intérêt général et le retour à la formation. L?état des lieux fait par le MJS est un état des lieux réaliste. Que la FIFA nous sanctionne, et alors ! Ne s?est-on pas sanctionné déjà nous-même en se retrouvant parmi les derniers de la classe ? Dans l?état actuel des choses, à la limite je m?en fous de la FIFA, car il revient de droit aux pouvoirs publics qui financent à coups de milliards le football de se ressaisir pour remettre la machine en marche. Et au Mouloudia, comment se présentent les choses ? Au Mouloudia d?Alger, on essaye toujours de maintenir la stabilité et l?organisation sans lesquelles on ne peut rien faire ; et qu?on ne me vienne pas parler de moyens financiers, car le budget de mes 13 sections et de mes 2 000 athlètes n?équivaut même pas au budget d?une section de football, chiffres à l?appui. Sans oublier que le Mouloudia et ses 13 sections sont confrontés aux compétitions nationales et internationales. Le sport n?est pas donc seulement une question de moyens, il est aussi d?organisation, de compétence et de stabilité de l?encadrement. Le Mouloudia se porte bien, malgré les coups qu?il reçoit de la part de ceux-là mêmes qui sont dans certaines fédérations sportives.