Curiosité n Qu'est-ce qui attire autant de clientèle dans cette boulangerie située à la rue Mohamed-Belouizdad à Alger ? Il y a, assurément, le comportement honorable de Mourad, le gérant, qui a fini par être très apprécié aussi bien par son proche entourage que par des clients venant d'ailleurs. Son amabilité et son sens inné de l'exercice de cette profession ne sont pas étrangers à cette réputation. Il y a aussi la qualité du pain vendu, la propreté de la boulangerie et l'ordre qui y règne. Ces atouts font que le pain est vendu très tôt, tous les jours. Ce qui n'empêche pas les retardataires qui, même s'ils ne sont pas servis, de repartir avec le sourire, tant l'accueil qui est réservé à la clientèle est tout simplement irréprochable. «Cette profession a été exercée par mon grand-père, mes oncles et mes frères aînés. Nous sommes une famille de maîtres-boulangers depuis longtemps. J'ai donc grandi au cœur de ce métier auquel je tiens beaucoup», témoigne Mourad. «Seulement, regrette-t-il, aujourd'hui tout a changé. «Je tiens à vous faire savoir que certains, y compris un de mes frères, ont abandonné ce métier». Il faut dire que depuis quelques années, cette activité connaît de nombreux problèmes dont la hausse des prix des produits entrant dans la composition du pain. «Ce que nous demandons, ce n'est pas l'augmentation du prix du pain. Nous voulons, plutôt, qu'il y ait une stabilité, voire une régularité du marché des produits utilisés dans la fabrication du pain comme la farine, l'huile… Nous réclamons aussi la baisse des autres charges à savoir, le prix de l'eau, de l'électricité, du gaz ainsi que les charges fiscales pour ne citer que celles-là», explique le boulanger. Les innombrables difficultés ont amené Mourad à laisser tomber la vente de gâteaux. «Cela nous revient trop cher du fait de la hausse des prix de la majorité des matières premières nécessaires pour leur préparation», explique-t-il. «Le baromètre des prix à l'achat a grimpé de façon vertigineuse, incontrôlée et fait que le bénéfice du boulanger a atteint le stade du dérisoire», ajoute-t-il en précisant que cette situation n'a pas manqué de contraindre bon nombre de boulangers à abandonner ce métier. Bien entendu, au profit des imposteurs qui exercent le métier sans registre du commerce et dont le produit finit par être vendu sur la voie publique. Ce qui est regrettable pour Mourad, c'est aussi le fait que le marché informel du pain s'élargit de plus en plus et d'année en année. Le boulanger fait remarquer un autre comportement condamnable : le gaspillage du pain. D'énormes quantités de pain «jonchent» tous les coins de rues et les rebords de fenêtres. Plus grave encore, on peut le retrouver dans des bennes à ordures. Ce qui d'ailleurs est devenu un moyen de subsistance pour certains qui en ont fait une activité en ramassant le pain rassis pour le revendre à des éleveurs.