Dans le cadre des rencontres littéraires de la 7e édition du Festival international de la littérature et du livre de jeunesse (Feliv-2014), coïncidant cette année avec la Coupe du Monde de football au Brésil, c'est tout naturellement qu'a été organisée une conférence portant sur la thématique des liens entre le football et la littérature. Animée par des écrivains brésiliens, Paula Anacaona, Rogerio Pereira, Rodrigo Ciriaco, et des auteurs algériens, Yahia Belaskri et Anouar Benmalek, la rencontre était modérée par Abdellah Benaouda. De prime abord, la littérature et le football semblent deux univers complètement différents et éloignés l'un de l'autre. Les participants à cette rencontre ont démontré que ces deux univers sont unis par un lien indéfectible qui est celui de la passion, de la ferveur, frisant l'irrationnel, et de la gamme des émotions humaines qui s'expriment autant dans cette communion avec l'univers imprégnant le ballon rond que celui dans lequel baigne la littérature. Si le Brésil et l'Algérie ont en commun cette fascination du ballon rond, il n'en demeure pas moins qu'il reste un commerce juteux pour certains dirigeants. L'éditrice brésilienne Paula Anacaona souligne : «Le sport est méprisé par l'élite. C'est à travers le football qu'on comprend mieux le Brésil, c'est ainsi que j'ai pris comme prétexte le football pour parler du Brésil.» A cet effet, elle estime que le sport et la littérature touchent aux passions humaines. Il s'agit d'une rencontre entre deux chocs émotionnels et aussi une manière de dire : «Je lutte pour exister.» Paula Anacaona a créé en 2009 une maison d'édition franco-brésilienne à Paris. A travers les œuvres qu'elle publie, elle aspire à mettre en valeur la littérature brésilienne marginalisée par les grandes maisons d'édition, mais qui est un véritable gisement de pépites d'auteurs et poètes originaires des favelas et dont les œuvres sont souvent imprégnées de l'esprit du football, véritable religion au Brésil. Dans le même sillage, l'écrivain brésilien Rogerio Pereira, qui a fondé en 2000 le journal Rascunho, principale publication sur la littérature au Brésil, affirme que «le football fait partie de l'âme brésilienne». De facto, il souligne qu'«en tant qu'écrivains brésiliens, c'est tout naturellement que nous nous approprions du football pour écrire. En tant qu'auteurs on considère que le football c'est comme un roman ou une poésie, c'est de la véritable littérature qui vous transporte de la joie emplie d'allégresse, jusqu'à la tristesse la plus profonde. Telle la littérature, le football émeut, fait rire, pleurer autant de joie que de rage, ébranle nos émotions les plus viscérales. Tout cela comme une belle œuvre littéraire». «Personnellement, pour moi, le foot et la littérature sont indissociables, car c'est ce qui me permet de me situer dans le temps», ajoutera-t-il. Dans le même esprit, Rodrigo Ciriaco, célèbre auteur de La cité de dieu, explique que le foot est en étroite relation avec la littérature, surtout dans les milieux marginalisés et dans celui des minorités, car la passion du football permet de mieux comprendre la littérature. Rodrigo Ciriaco souligne également que le football est en train de devenir un moyen d'éveil des consciences politiques et une tribune pour les revendications sociales. Il ajoutera sur un ton passionné que la magie du football est également dans ses résultats imprévisible où l'impossible devient possible comme en littérature.Les auteurs algériens partagent également la même passion du football. Le romancier Yahia Belaskri estime qu'«il y a certes de la passion dans le football mais également de la violence et du racisme, particulièrement en Europe. On parle du Brésil qui nous enchante mais on ne parle pas de son peuple qui souffre».De son côté, l'auteur algérien Anouar Benmalek, passionné de football et auteur d'une nouvelle intitulée Penalty, met en exergue la complexité de l'univers du ballon rond perverti par l'argent en soulignant : «Le football est un étrange sentiment de fascination et de colère. Certes, c'est une passion populaire, mais c'est aussi des appétits mercantiles féroces.» Au final, il s'insurgera en martelant : «Comment voulez-vous aimer un football quand des sommes phénoménales circulent ? Le foot est une espèce de suicide de la raison. Au diable ce sport qui aveugle autant de monde !» S. B.