Nombreux d'artistes-peintres exercent leur profession à Constantine. L'occasion d'exposer et de vendre leurs toiles a été amorcée avec l'évènement «Constantine, Capitale de la culture arabe 2015», qui souffle ses ultimes mois. Plusieurs expositions se sont déroulées au Palais de la culture Mohamed Laïd El khalifa. La dernière remonte à l'été dernier lorsqu'une cinquantaine de plasticiens avaient présenté leurs œuvres au grand public. C'était riche. Un échange a caractérisé la méga expression. Des visiteurs, dont des initiés aux arts, diront qu'ils n'en revenaient pas de ce que la région recèle comme artistes pouvant produire des toiles aussi variées qu'expressives ! De surcroît, les artistes n'attendaient que l'opportunité pour faire valoir leurs labeurs. Et qu'en est-il des actions de soutien consacrées à cette exquise profession ? «On fait du porte-à-porte pour espérer écouler quelques-unes de nos toiles et rentabiliser nos longues heures passées à l'atelier», lâchera une peintre locale diplômée de l'école des beaux-arts de Constantine. L'artisanat, prédominé par la dinanderie, inonde les façades et intérieurs des buildings. Ce n'est pas le cas pour les toiles qui cherchent désespérément acquéreur, qui encouragerait leurs concepteurs. Il ne fait aucun doute que le marché de l'art n'est pas structuré en Algérie, pour ne pas dire inexistant. Du coup, les artisans se démènent pour persuader les férus et âmes sensibles à alléger leur atelier des tableaux qui s'y accumulent. L'option de créer un espace de vente approprié reste à l'état embryonnaire. Pour l'heure, il n'y a que la promesse du ministre de la Culture, Azzedine Mihoubi, qui s'est engagé récemment à créer dans les prochains mois un marché spécifiquement pour l'art plastique, presque délaissé dans son aspect marketing, sans fixer de date ni donner plus de détails. D'un autre côté, «les artistes ne se sont jamais manifestés à l'unisson pour initier un débat sur l'éventuelle création de coopérative. L'association qui les défend peine à dégager un profil clair qui déterminerait les grands axes de son intervention sur le terrain», souligne un amateur précisant que cette situation de scission au sein de la corporation d'artistes n'arrange pas la diffusion de l'art. «L'art n'a pas de prix, mais les artistes doivent rentabiliser leurs tâches dans le marché», dira-t-il. Au même chapitre, une léthargie règne dans les assemblées populaires communales et de wilaya, car, via leur commission culturelle, des actions concrètes pourraient naître en vue de consacrer fut-ce un budget annuel symbolique destiné à l'acquisition d'œuvres d'art. Or, jusqu'à ce jour, les réelles actions desdites commissions n'ont rien apporté dans ce domaine. En fait, elles s'occupent de l'organisation «basique» de commémorations inscrites dans le calendrier officiel des activités culturelles, en faisant intervenir des associations dites «culturelles». Aucune intention n'est émise pour ranimer le marché. Cette appréciation nous a été d'ailleurs réaffirmée par une source proche des cercles des élus. «C'est le maximum qu'ils font pour la culture. Cette idée de marché de l'art n'a jamais été évoquée dans ce milieu trop officiel», nous dira-t-on. Créer des mécanismes aptes à placer les artistes au-devant de la scène demeure l'autre aspect à traiter par les plasticiens eux-mêmes. Sans quoi leurs œuvres ne quitteront pas les trépieds pour embellir diverses institutions ou infrastructures touristiques. C'est là une voie qui permettra à la culture de se découvrir, à travers tous ses courants et expressions. Il s'agit donc d'inciter les collectivités locales à verser dans cet investissement dans «l'art» à travers des acquisitions d'œuvres et des consultations avec les peintres et leurs ligues afin de tisser des passerelles dépassant les traditionnels cocktails de circonstances au terme desquelles de simples hommages couronnent les essais des plasticiens dans des vernissages sans lendemains. Il est temps d'établir un véritable marché pour ranimer l'art au double plan artistique et commercial. N. H.