Photo : Riad Dans une biographie, à la fois portrait inédit et analyse historique, Noureddine Boukrouh, esprit fringant, posait au sujet de l'islamisme «La» question. Islam sans islamisme, titre du livre, résume bien la problématique actuelle de l'islam politique en Algérie. L'islamisme est-il finalement consubstantiel à l'islam ou bien peut-il être, dans l'absolu, un substrat suffisant ? Si la question comporte en soi un souhait, l'équation islam-islamisme est toutefois, en 2009, une réalité. Aussi, même si le fondamentalisme, dans toutes ses déclinaisons locales, a subi une défaite politique et militaire certaine, son revers ne peut être pour autant qualifié d'historique. Le reflux est assez important après un flux tendu mais limité dans le temps et l'espace. Le recul est donc bien net mais l'islamisme demeure un fait social et politique tangible. L'islamisme légaliste participe au gouvernement en qualité de composante de la base sociale et politique du régime (MSP), alors que l'autre branche, issue elle aussi du mouvement des Frères musulmans (Islah, Ennahda), se construit un statut d'opposant. L'apprentissage se fait aussi en campant le rôle de faire-valoir politique lors des scrutins présidentiels (Abdallah Djaballah, Djahid Younsi). Dans le spectre islamiste, il y a aussi des tendances confinées dans la marge qui s'évertuent à refléter l'image d'un islam compatible avec la modernité politique. Et, par extension corrélative, serait soluble dans la démocratie, à l'image de Démocratie chrétienne en Europe, ou encore de l'islamisme gestionnaire en Turquie. On peut penser que le tout nouveau Parti de la justice et de la liberté de Mohamed Saïd, avatar islamiste de Wafa de Taleb Ibrahimi, ferait partie de cette offre politique qui veut démocratiser l'islam. On peut ranger aussi dans cette catégorie Algérie musulmane et moderne de Mohamed Benmohamed qui, lui, puise beaucoup plus ses idées chez Ibn Rochd et Malek Bennabi que chez Hassan El Banna et Ibn Tawmiya. Bien que participationniste, l'entriste MSP peut être compté dans la branche de l'islam gestionnaire qui veut démontrer que le pragmatisme serait le fondement d'un futur islam démocratique. A l'image de l'expérience malaisienne ou de la Turquie de Tayyip Recep Erdogan, lointaine héritière du radical Nourdjou de Saïd Nursi, qui avait fait de l'anti-kémalisme le socle de son fonds intégriste. Demeure ce qui reste du FIS dissous et dont le socle de supporters a éclaté telle une bombe à fragmentation. Certes, le FIS, organisation subversive n'existe plus. Mais sa base, disloquée, n'a pas disparu totalement. Ses idées, diffuses et confuses, qui faisaient office de programme politique, ne sont pas mortes pour autant. Telle la tunique de Nessus, beaucoup s'en réclament aujourd'hui. Islamistes légalistes de tous oueds politiques mais aussi nihilistes terroristes.