La rentrée scolaire dont le coup d'envoi sera donné aujourd'hui ne différera pas des précédentes si ce n'est par la menace de la grippe porcine qui va certainement imposer de nouveaux comportements à la famille de l'éducation. L'impact induit par le passage au week-end semi-universel ne sera que symbolique. Le décor de notre école est figé : la tutelle multiplie les appels à l'adresse de diplômés de certaines filières pour qu'ils aillent exercer dans le Sud alors qu'elle fait la sourde oreille aux revendications des enseignants contractuels et des adjoints de l'éducation. Les organisations syndicales invitent, pour leur part, les enseignants à observer une journée de grève dès la reprise. Mais le changement réel réside dans l'attitude morale avec laquelle enseignants et élèves vont accueillir le nouvel exercice scolaire.Vivant dans des conditions sociales des plus défavorables, les professeurs n'éprouvent plus de passion ni de plaisir dans l'accomplissement de leur mission pédagogique. Ils tentent tant bien que mal de résister et d'assurer le minimum intellectuel du programme annuel.A l'image des autres catégories d'Algériens, les enseignants font face à un quotidien des plus insupportables particulièrement en cette période de lourdes dépenses du fait de la proximité de la rentrée scolaire et de la fête de l'Aïd. Evoluant dans un environnement peu porté sur la valeur du savoir, l'enseignant fait constamment contre mauvaise fortune bon cœur pour tenir son rôle de former les futures générations.Côté élève, le portrait n'est pas moins inquiétant. Il est manifestement révolu le temps où la rentrée scolaire était attendue avec joie par les millions d'écoliers, heureux de se retrouver dans ce qu'ils assimilent comme leur espace. Aujourd'hui, le rapport entre l'école et l'écolier a dangereusement changé à tel point que le citoyen de demain considère l'école comme son propre enfer. Il serait illusoire d'attendre des résultats positifs quand les acteurs majeurs de ce lieu de savoir qu'est l'école ont la tête ailleurs. L'état des lieux de notre école interdit pourtant toute approximation et tous les palliatifs qui ne font qu'aggraver le mal. Un mal qui se traduit, d'une part, par la hausse du taux de déperdition scolaire et, d'autre part, par la massification de diplômés sans de réelles chances de débouché social, ni de pouvoir d'influence sur la société. C'est dans cet état d'esprit que sera entamée une nouvelle année scolaire au bout de laquelle aucun objectif n'a été assigné par le premier responsable du secteur, qui se contente, étrangement, de compter les nouvelles infrastructures réceptionnées au moment où le rendement du système éducatif, dans sa globalité, ne cesse de tirer vers le bas. A. Y.