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Poursuivre le combat pour la restitution de Baba Merzoug, un patrimoine algérien Belkacem Babaci présente l'épopée du légendaire canon d'Alger au Musée des beaux-arts
Baba Merzoug, canon en bronze légendaire de l'antique «Djazaïr, El Mahroussa», fleuron de l'artillerie algérienne, protecteur de la baie d'Alger pendant plus de deux siècles contre les envahisseurs, volé par l'armée coloniale française en 1830, emporté en tant que trophée de guerre, était au cœur de la conférence animée jeudi dernier au Musée national des beaux-arts d'Alger par Ahmed Babaci. Passionné par l'histoire de ce canon mythique, Ahmed Babaci a présenté, à travers son dernier ouvrage l'Epopée de Baba Merzoug, canon d'Alger publié par les éditions Colorset, un véritable plaidoyer pour le retour de cette pièce historique sur sa terre algérienne. Le conférencier a longuement abordé l'historique du canon et les différentes étapes qui l'ont amené à l'écriture de ce livre pour contribuer «à la construction des repères identitaires pour la jeunesse algérienne afin qu'elle soit fière de son histoire». Ahmed Babaci a souligné que, construit en 1542, long de près de 7 mètres et d'une portée de près de 5 kilomètres, Baba Merzoug était la plus importante arme de défense dans tout le Bassin méditerranéen et sans rival pendant des siècles. Il a fallu attendre la Première Guerre mondiale pour que les Allemands construisent «la grosse Bertha» dont la longueur était de cinq mètres. Baba Merzoug faisait ainsi la fierté d'El Djazaïr et des différents pachas, deys et raïs célèbres de la marine algérienne qui se sont succédé à la tête de la ville d'Alger à partir du XVIe jusqu'au début du XIXe siècle. Aujourd'hui, le canon Baba Merzoug, rebaptisé «la Consulaire» par les Français, se trouve à Brest, spolié par l'amiral en chef Victor-Guy Duperré, qui avait fait transférer le canon dans sa ville natale en 1833. Belkacem Babaci confie à l'assistance que c'est vers l'âge de dix ans qu'il a appris l'existence du légendaire canon. Au fil des années, il consulte divers documents sur l'histoire des canons qui lui révèlent plusieurs contradictions historiques. Ce qui l'amène à faire sa propre enquête et il se déplace pour cela en France et en Turquie. Il raconte avec émotion aux personnes présentes à la conférence sa rencontre avec le canon grâce à l'aide du maire de la ville. Car son emplacement est interdit aux visites puisqu'il se situe en zone militaire, en plein milieu d'un parking du port des frégates de la marine française à Brest. Suite à cela, il a décidé en 1999 de créer un comité pour la restitution de Baba Merzoug aux Algériens. Depuis, ce comité ne cesse de multiplier les démarches et de sensibiliser les officiels et les associations en Algérie et en France pour que Baba Merzoug retrouve enfin sa place à Alger, là où il a été coulé et installé avant que les Français ne se l'approprient. Belkacem Babaci, passera la parole ensuite à Djilali Aliane qui présentera, grâce à des projections de diaporamas, des schémas, des croquis, des photos et des documents relatifs à l'historique ainsi que les systèmes de fabrication des canons. Djilali Aliane souligne qu'en dehors de la pièce monumentale de Baba Merzoug qui se trouve à Brest, près de 24 canons algériens sont également exposés sur la place des Invalides en France «sans aucune plaque ou indication de leur provenance et victimes de dégradations suite aux aléas du temps et des intempéries». Sur un ton révolté, Djillali Aliane s'exclame : «Comment la France, nation de la déclaration du droits de l'Homme, le pays qui abrite le siège de l'Unesco, fer de lance de la lutte contre la contrefaçon, ose-t-elle contrefaire l'histoire et se rend coupable de séquestration de bien d'autrui ?» «Jamais on n'arrêtera le combat pour la restitution de notre patrimoine et, à cet effet, je cite notre glorieux martyr Didouche Mourad qui avait dit : ‘‘Si nous venions à mourir, défendez nos mémoires.''» ajoutera-t-il à l'adresse de l'assistance. A ce sujet, Belkacem Babaci reviendra sur les dix années de tractations de part et d'autre de la Méditerranée pour la restitution de cet emblème de l'histoire de l'Algérie. Le comité avait reçu le soutien de plusieurs députés et associations françaises et même une réponse très diplomatique de Jacques Chirac lorsqu'il était président de la France et qui avait déclaré : «Je ne suis pas contre le retour de la Consulaire en Algérie, mais c'est à l'Etat algérien de faire un effort.» C'est ainsi qu'après la demande des services de la Présidence pour la constitution d'un dossier sur ce sujet le livre l'Epopée de Baba Merzoug, canon d'Alger voit le jour afin d'être transmis à la Présidence mais aussi de faire connaître cette histoire à tous les Algériens. M. Babaci a annoncé à l'assistance que, suite à cela, le comité avait reçu une lettre favorable de la part du Premier ministre, Ahmed Ouyahia. Le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, a également apporté son soutien à cette démarche en déclarant aux représentants du comité pour le retour de Baba Merzoug : «Continuez le combat jusqu'au bout.» S. A.