La protestation des travailleurs de la santé n'est pas encore résolue que des associations de malades menacent de sortir dans la rue, manifester leur colère contre les difficultés d'accès aux soins. «Des malades pensent à tenir des sit-in de protestation devant le siège du ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière. Ils affirment en avoir marre des problèmes multiples qu'ils rencontrent au niveau des hôpitaux», a affirmé, hier, le président du Réseau des associations des malades chroniques, Abdelhamid Boualleg, lors d'une conférence de presse tenue à la maison de la presse Tahar-Djaout à Alger. M. Boualleg explique que c'est le refus du ministre, Djamel Ould Abbès, d'ouvrir ses portes au dialogue et de prendre en charge les doléances des concernés qui est à l'origine de cette colère : «Le ministre ferme les portes du dialogue. Nous dénonçons cet état de fait.» Et le conférencier de dégager la responsabilité du réseau dans d'éventuelles réactions des malades : «Nous ne sommes pas responsables de ce que feront les malades. Nous-mêmes, nous sommes dépassés par la situation.» Une façon de dire que la balle est dans le camp des services du ministère et que c'est à eux de prendre les dispositions nécessaires pour désamorcer un conflit latent qui ne serait pas sans conséquences.Les représentants du Réseau des associations des malades chroniques ont profité de la conférence de presse d'hier pour lancer un message pressant au président de la République, Abdelaziz Bouteflika : «Nous lançons un appel au premier magistrat du pays pour donner des instructions fermes qui seront à même de remettre de l'ordre dans le secteur et de sauver des vies humaines.» La présidente de l'association des cancéreux «El Amel» parle d'une situation catastrophique dans les hôpitaux. A nouveau, elle attire l'attention sur la persistance du problème de radiothérapie. Selon elle, 28 000 malades risquent une mort certaine par le fait de ne pas pouvoir subir leurs séances de radiothérapie au bon moment. «Les services de radiothérapie sont saturés. Il n'y a plus de possibilité de donner rendez-vous à un malade. C'est affiché au niveau des services», rapporte-t-elle. Pourtant, «le malade est obligé de subir ces séances de thérapie en moins de six semaines après sa dernière séance de chimiothérapie. Il y a risque de récidive et que le cancer atteigne d'autres parties du corps. Le malade peut attendre mais le cancer n'attend pas». Et de souligner, à l'occasion, que des personnes atteintes de cancer sont décédées à cause de ce problème : «Ce n'est pas le cancer qui les a tuées, mais la négligence.» Mme Kettab Hamida appelle les premiers responsables du secteur à trouver des solutions urgentes à ce problème très urgent. Parmi ces solutions urgentes, elle propose d'envoyer des malades à l'étranger : «Pourquoi ne pas signer des conventions avec des pays voisins et faire bénéficier nos malades des soins nécessaires, en attendant l'ouverture de nouveaux centres de radiothérapie en Algérie ?» demande-t-elle.Abdelhamid Boualleg revient sur le problème de gestion des services hospitaliers : «C'est devenu une propriété privée. Des chasses gardées pour des professeurs qui dépassent parfois les 70 ans. Il faut que cela s'arrête. Il faut libérer ces postes.» A son tour, Mohamed Boukhors, président de l'association des insuffisants rénaux, parle d'un trafic dans les services d'hémodialyse et plus encore dans les cliniques privées : «Il faut voir le trafic qu'il y a dans ces services. Le malade est devenu un fonds de commerce. Je lance un appel pour des enquêtes approfondies sur ce qui se passe dans ce domaine.» «Aussi, accuse le conférencier, nos enfants atteints d'insuffisance rénale sont très mal pris en charge.» «Pis, ils en font des nains, des handicapés et des analphabètes.» Selon M. Boukhors, «une hormone de croissance doit être prescrite à ces enfants malades, mais nos médecins ne la prescrivent pas».D'autres accusations portent sur le vol des accessoires dans les hôpitaux et l'orientation des malades vers les cliniques privées. En somme, rien ne va dans nos hôpitaux en matière de prise en charge des malades chroniques, s'inquiètent-ils. K. M.