De notre correspondant à Constantine Nasser Hannachi Le compte à rebours pour les vacances sera enclenché une fois les examens bouclés et les résultats connus. Dès lors, le véritable casse-tête débutera pour la population de Constantine, cette ville de l'intérieur du pays qui souffre de manque d'espaces de loisirs, une situation persistante depuis des décennies sans qu'aucun responsable se penche dessus sérieusement. Le développement dans ce domaine n'a aucune perspective et les projets ne décollent pas du stade de promesse ou d'intention. Ce sont des châteaux de cartes qu'on construit lors des réunions en discourant sur les atouts et les opportunités de Constantine et qui, s'ils sont exploités, seraient une bénédiction pour les habitants de la ville et une source de revenus pour la municipalité. Mais cela n'ira pas plus loin que le «si». La réunion terminée, tous les projets échafaudés retombent et on revient au même point, la case départ, d'où Constantine n'arrive toujours pas à sortir. Ainsi, les vacanciers n'auront de vacanciers que le nom, surtout que cette année les vacances seront encore une fois écourtées, et pour cause, le mois de Ramadhan frappera aux portes début août.Mais, en fait, cela ne changera pas grand-chose dans cette métropole qui n'a pas d'ouverture sur la mer ni de commodités de détente qui pourraient, si ce n'est remplacer un bon bain rafraîchissant dans la grande bleue, permettre au moins aux citoyens de se délasser, décompresser et oublier, pour quelques moments, les tracasseries de la vie active. En été, Constantine prend des allures de ville fantôme. La chaleur épaissie par les gaz d'échappement assomme les riverains. Démunie d'infrastructures d'accueil et de loisirs, la capitale de l'Est est un véritable désert urbain. Cette défaillance qui perdure depuis des décennies n'a trouvé jusqu'ici aucun traitement de fond permettant d'offrir à la population et aux multiples visiteurs une image avenante. Cité millénaire riche en sites patrimoniaux et naturels, Constantine a pourtant ce qu'il faut pour attirer et plaire, mais il n'en est rien. A longueur d'année, et notamment durant les vacances scolaires, les parents se triturent l'esprit pour trouver un site appréciable où leurs enfants pourraient se distraire. En période estivale, la situation se complique. A l'éternel manque d'espaces de distraction s'ajoute la chaleur étouffante. La population a fini par prendre le pli et le parti de ne compter que sur soi et ses capacités d'improvisation et de débrouillardise pour meubler les quelques jours de repos de fin d'année. Entre l'attente des résultats de l'année scolaire et le Ramadhan, ce ne sera qu'un mois qu'il faudra passer comme on peut, surtout que les grandes chaleurs ne sont pas encore installées. On devine déjà ce que sera l'été à Constantine. La saison ressemblera aux précédentes puisque aucune action n'a été entreprise par les autorités locales, notamment les élus du peuple, pour mettre en valeur les ressources touristiques de la région et les exploiter de manière optimale et rationnelle. La population livrée à elle-même «Ne me parlez pas d'été à Constantine. C'est la déprime», nous dira une mère de famille avant d'ajouter : «Point d'aires de jeux pour les enfants, encore moins de piscines aux normes pour se rafraîchir. C'est aberrant pour la troisième ville du pays !» martèlera-t-elle. Cette appréciation est partagée par l'ensemble des habitants de Constantine qui n'ont d'autre choix que de casser la monotonie de leurs week-ends en se déplaçant vers les plages limitrophes dont celles de Skikda, distante de 80 km, quand ils en ont les moyens. Pour les moins nantis, c'est le fameux «Plan grand bleu» qui permettra aux enfants de goûter aux joies d'une baignade. Ainsi, les parents confient leurs enfants à des associations travaillant en collaboration avec la Direction de wilaya de la jeunesse et des sports (DJS) et la municipalité. Mais c'est bien insuffisant car les associations en question n'ont pas les moyens de prendre en charge tous les enfants et de leur assurer des vacances dans le sens plein du terme. Le Plan grand bleu n'est qu'un palliatif qui ne peut aucunement combler les lacunes enregistrées dans le volet touristique et estival à Constantine. Les rencontres des différentes assemblées populaires communales ou de wilaya ne servent en réalité à rien, sinon à discourir et à tirer des plans sur la comète, loin des réalités du terrain et des besoins de la population que ces responsables et élus sont censés servir et satisfaire. Rares sont les propositions émanant des élus concernant la création d'éventuelles aires de loisirs.«Il y a tellement de problèmes liés à l'habitat que des secteurs tel le tourisme sont relégués au second plan», lâche un gestionnaire. La population ne demande pas qu'on lui aménage une mer au cœur de la ville, mais juste quelques espaces aquatiques judicieusement répartis à travers les douze localités de la wilaya. Or, pour l'heure, le seul acquis dans ce domaine est la piscine de Sidi M'cid, dont la gestion a été confiée à la DJS, qui ne peut évidemment satisfaire la demande. Et les responsables locaux ne semblent pas penser à en créer d'autres. Il y a eu des propositions, mais aucune esquisse n'en est sortie. Et les opérateurs privés ne se bousculent pas au portillon pour investir ce créneau pourtant porteur de l'avis des observateurs. Des discours en attendant du concret Obnubilée par les grands projets restructurant qui y sont engagés, la ville de Constantine s'est complètement détournée du secteur du tourisme et loisirs qui est évoqué de manière superficielle lors des assemblées, juste pour remplir l'ordre du jour. Les élus parlent des atouts de cette cité millénaire et de la nécessité de les exploiter, mais sans donner suite à leurs idées et tenter de les transformer en projets réalisables. La stratégie touristique est plus qu'à revoir dans la ville des Ponts qui mérite plus qu'un Ibis et un Novotel au cœur de la médina. Heureusement, pour rompre avec la lassitude qui étrangle cette ville, il existe quelques manifestations institutionnalisées qui tentent, vaille que vaille, de meubler les journées et les soirées des Constantinois. En juillet prochain, le Festival national du malouf, préambule à celui international, prendra le relais du Festival international de la musique jazz de Constantine, Dimajazz, qui démarrera prochainement. Du côté de la commune, l'Office de la promotion des activités artistiques et culturelles peaufine son programme d'activités pour les vacances et les soirées de Ramadhan. En définitive, Constantine demeure une ville peu prisée, même si les divers programmes d'animation viennent meubler quelque peu le vide sidéral. On ne le répétera jamais assez, la cité millénaire a grand besoin d'un embellissement de son image, et elle a ce qu'il faut pour ça. Tout ce qui lui manque, c'est une stratégie bien pensée et élaborée pour la mettre en valeur avec ses acquis.