La rentrée scolaire 2008/2009 a été annoncée en grande pompe par le ministre de l'Education nationale qui a insisté pour dire qu'elle serait différente des précédentes. M. Benbouzid soutenait que le secteur de l'éducation aborde une étape importante, énumérant aussi bien les acquis concernant le volet pédagogique que les questions relatives à la prise en charge des écoliers. Celle-ci mène inévitablement à deux aspects liés de façon directe aux conditions de scolarité des élèves dans les trois paliers de l'éducation. Il s'agit de la généralisation des cantines dans les établissements scolaires et de l'épineuse question du transport dans les zones enclavées et déshéritées. Le ministre affirmait à chacune de ses sorties que la présente année serait celle de la sérénité et surtout de l'amélioration du quotidien des huit millions d'élèves. Le discours est beau. La réalité du terrain le contredit jusqu'à la caricature. Deux mois après le début des cours, force est de constater que les doléances fusent de toutes parts et que les revendications se multiplient à mesure que l'année scolaire avance. A propos de la cantine scolaire, la tutelle a, à maintes fois, soutenu que la restauration sera assurée dans tous les établissements du cycle primaire. Si les élèves dans leur majorité ne se plaignent pas quand l'établissement n'arrive pas à garantir la restauration, c'est plutôt grâce à la mobilisation et à l'engagement des parents qui attendent leurs enfants pour les acheminer vers la maison et leur servir un repas chaud. Le présent cas concerne exclusivement les écoliers dont les parents possèdent des véhicules ou bien n'habitent pas loin de l'école. Dit autrement, les défaillances de l'école ne peuvent être colmatées que par les familles aisées. Pour les enfants issus de la classe à faibles revenus, les choses se présentent différemment. Ces élèves doivent se contenter de repas froids qu'ils apportent de chez eux ou qu'ils achètent chez le commerçant du coin. La généralisation de la restauration dans les écoles primaires est un acquis à consolider dans la mesure où il met les écoliers à l'abri de nombreux dangers. A première vue, le fait que les élèves de ce cycle ne quittent pas l'établissement leur épargne les risques de la rue, particulièrement celui d'être fauché par un véhicule. Sur ce point, les parents sont très attentifs. «Ce n'est pas tant la nourriture qu'on leur sert qui m'intéresse. C'est plutôt cette sécurité pour mon fils puisqu'il n'a pas besoin de sortir pour des achats. Ainsi, je suis rassurée», déclarait la mère d'un élève à l'école primaire Helima Essaïdia, rue Khelifa Boukhalfa. Concernant les collèges, la tutelle dit qu'elle ne dispose pas de moyens pour assurer la restauration aux élèves quand bien même des établissements en bénéficieraient. Il s'agit notamment des écoles dont les élèves habitent loin. Il reste néanmoins des élèves qui parcourent une dizaine de kilomètres pour rentrer chez eux et repartir ensuite à l'école. C'est le cas de quelques établissements de la commune de Mehalma, dans la daïra de Zéralda, où les élèves et leurs parents se plaignent de l'absence de cantines. C'est dire qu'il reste beaucoup à accomplir en matière de généralisation des cantines dans les établissements scolaires, particulièrement dans les régions enclavées. Dans plusieurs contrées du pays, les écoliers ne souffrent pas uniquement du problème de la non-restauration. L'absence des moyens de transport rend également pénible, voire intenable, le quotidien des élèves. Ils sont, en effet, des milliers à se rendre dans leur établissement en effectuant quotidiennement des déplacements de plus de deux kilomètres. Arrivons, maintenant, à la problématique du transport scolaire qui touche la quasi-totalité de la famille de l'éducation. Aborder cette question est vraisemblablement plus complexe quand on sait que trouver une solution à ce niveau dépasse les prérogatives des responsables du secteur. Ce qui est d'ores et déjà clair, c'est que beaucoup d'écoliers sont obligés de parcourir tant de kilomètres pour arriver, naturellement fatigués, à la porte de l'établissement. A Sidi Moussa, les élèves mènent un parcours du combattant, parcourant environ dix kilomètres pour rejoindre l'école. Amine, un enfant de 10 ans, raconte : «Oui, chaque matin, c'est le même parcours. On se lève tôt pour pouvoir arriver à temps. Sinon, on risque d'être renvoyé par le surveillant général de l'école.» Son copain, Mounir, est allé droit au but : «Ils veulent mettre des cars à notre disposition. Ils nous les promettent chaque début d'année scolaire. Mais ils nous laissent comme ça traîner matin et soir. Nous souffrons plus pendant les périodes d'hiver avec le froid et les pluies. Parfois, des automobilistes nous transportent par pitié. Mais jusqu'à quand allons-nous rester dans de telles conditions ?» Les directeurs d'école déclarent qu'ils ne peuvent rien faire devant cette situation. Leur explication : le transport des écoliers est de la responsabilité des autorités locales. Ces dernières, par contre, ne sont pas forcément en mesure de garantir un tel service. Un élu de la commune de Baraki est formel : «Nous n'avons jamais fui nos responsabilités, surtout à l'égard de nos enfants. Mais nous ne pouvons rien faire pour eux. Notre assemblée ne dispose pas de bus pour assurer le transport des écoliers», dira-t-il. Et d'ajouter que des démarches ont été entreprises dans ce sens, mais sans aucun résultat. Le même interlocuteur souligne que des demandes ont été adressées aux hauts responsables de la daïra et de la wilaya. «Pour l'heure, il n'y aucune réponse à même de mettre fin à la souffrance de ces élèves», ajoutera-t-il. Il y a lieu de signaler que certains n'hésitent pas à observer des mouvements de contestation et à sortir dans la rue pour réclamer des moyens de transport. Ce scénario a été enregistré dans plusieurs localités du pays où des lycéens sont allés jusqu'à fermer la route pour faire entendre leurs voix. Face à ces problèmes auxquels les responsables n'arrivent plus à trouver les solutions idoines, les classes des collèges vivent, depuis la rentrée scolaire 2008/2009, une surcharge jamais connue. Une situation qui s'inscrit dans la durée dans le sens que les prévisions de remèdes se sont révélées irréalisables. La livraison de nouvelles classes tarde à voir le jour. Conséquence : les élèves continuent à étudier dans une promiscuité qui n'est pas sans influencer leur capacité d'assimilation. La tutelle qui persévère vraisemblablement dans la promesse semble ne plus savoir que faire. Avec le retour du cycle des grèves des syndicats autonomes, il est à parier que l'actuel exercice ne sera pas celui de la qualité comme M. Benbouzid tente de le croire. Les défaillances du secteur de l'éducation ne s'arrêtent pas à ce niveau puisque des élèves, partout sur le territoire national et tous cycles confondus, se plaignent de l'absence de professeurs dans certaines matières. Plus de deux mois se sont écoulés et les élèves du lycée de la ville de Medjana, dans la wilaya de Bordj Bou Arréridj, attendent toujours un professeur de mathématiques. La «pénurie» des enseignants de certaines matières devrait inciter le ministère et les directions de l'éducation à réfléchir à une solution pérenne. Conclusion : les conditions dans lesquelles évoluent les élèves et leurs enseignants sont contraires à la qualité promise par le ministre de l'Education nationale. A. Y.