La promesse de Nicolas Sarkozy d'augmenter de 25% la production industrielle de la France d'ici 2015 fait polémique mais n'en est pas moins ambitieuse. Tirant les conclusions des états généraux de l'industrie, le chef de l'Etat a présenté jeudi les grandes lignes d'une politique visant à enrayer l'érosion de ce secteur qui, en valeur ajoutée, ne représente plus que 16% du PIB français contre 30% en Allemagne et 22% dans l'ensemble de la zone euro. Les 23 orientations retenues doivent permettre à la France d'augmenter sa production industrielle de plus d'un quart d'ici 2015 et d'arrêter l'érosion de l'emploi industriel, passé de 25% de la population active des secteurs marchands en 2000 à 21% en 2009. L'ancien Premier ministre et député socialiste Laurent Fabius a minimisé cet objectif vendredi en affirmant qu'une hausse de 25% de la production ne ferait que la ramener à son niveau d'avant-crise, en 2008. "Les objectifs fixés sont beaucoup trop peu ambitieux", a-t-il déclaré sur RTL. "25% de volume industriel en plus en 2015, c'est un tout petit objectif, ça voudrait dire qu'on reviendrait au niveau de 2008". L'ancien Premier ministre s'est dit d'accord avec le président de la République sur "la gravité de la situation industrielle" mais il réfute "trois points". Selon lui, "d'une part, les objectifs fixés sont beaucoup trop peu ambitieux". Ensuite, il n'est "pas d'accord non plus avec toute une série de micro-mesures (...) qui ne sont pas à la hauteur du problème". Et "il y a contradiction entre cette volonté affichée et puis les décisions concrètes". M. Fabius, pour qui "le libéralisme a vécu", rappelle qu'il y a à Caen "une entreprise qui s'appelle ST-Ericsson" et qui "va sans doute fermer", alors qu'elle "est possédée à près de 15% par l'Etat". "Quand on dit l'industrie d'abord, moi j'ai dans le souvenir Molex, j'ai dans le souvenir Continental. Donc on ne peut pas avoir un discours extraordinaire ou en tout cas volontariste et puis ne pas agir complètement", a-t-il affirmé. Le député de Seine-Maritime a par ailleurs accusé les banquiers d'être en partie responsables de cette situation. "Les banques, actuellement, ne font absolument pas le travail qu'elles devraient faire. (...) Là, il y a un problème massif des banques en France et quand on dit qu'il y a eu un recul industriel en France, c'est vrai mais c'est dû pour une part au fait que les banques ne sont pas mobilisées." Plus mesuré, Henri Guaino, le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, a reconnu qu'une augmentation de 25% ramènerait effectivement la production industrielle au niveau de 2008. Alexander Law, économiste à l'institut d'études Xerfi, en convient et doute même que l'objectif puisse être atteint en 2015, tant la crise est profonde pour l'industrie française. "Les promesses n'engagent que ceux qui y croient mais se fixer un objectif comme celui-là n'est pas aussi ridicule qu'il n'y paraît", estime-t-il. "Quand bien même ce ne serait que retrouver le niveau d'avant-crise, ce ne sera pas évident compte tenu des capacités qui ont été détruites". Entre le premier trimestre 2008 et le quatrième trimestre 2009, la production manufacturière de la France a baissé de 15%. "Au plus fort de la crise on avait perdu 18%, donc grosso modo on a repris un petit 3%, ce qui n'est pas grand chose et montre bien la fragilité de la conjoncture", note Alexander Law. A titre de comparaison, la production américaine était en baisse de 12% au plus fort de la crise, et celle du Japon de 25%, rappelle-t-il. Mais la comparaison la plus pertinente est, comme souvent, avec le voisin allemand. Plus touchée à première vue, l'Allemagne a vu sa production manufacturière baisser de 18% entre le début 2008 et la fin 2009. Mais ce chiffre plus mauvais que celui de la France reflète surtout la dépendance de l'Allemagne vis-à-vis du commerce mondial, qui s'est effondré, en volume, de 12% en 2009. Le gouvernement français a aussi favorisé le chômage partiel et mis en oeuvre des mesures de soutien aux entreprises comme la prime à la casse dans l'automobile, la limitation des délais de paiement ou des moratoires sur les dettes fiscales ou sociales. Mais les difficultés sont plus profondes et plus anciennes, juge l'économiste de Xerfi. "Toute la politique de Sarkozy n'est pas à jeter aux orties, cela a permis de remettre de l'oxygène, mais le problème est qu'on défendait une bête qui était déjà blessée. En Allemagne au contraire, il y a depuis dix ans une stratégie claire en faveur de l'industrie : on comprime les salaires et la consommation, mais au moins on arrive à exporter et à avoir un excédent vis-à-vis de la Chine".