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Les régimes arabes dans l'œil du cyclone
Publié dans Le Maghreb le 30 - 01 - 2011

Il suffit parfois d'une étincelle pour mettre le feu à la poudrière et mettre des pays entiers, quelquefois, de la taille d'un continent,
à feu et à sang. Une flambée de prix, un jeune en désespoir qui s'immole par le feu, et même un sourire mal dessiné peut provoquer une émeute. C'est devenu le propre des sociétés arabes qui peinent à amorcer un développement socioéconomique à même de procurer une vie, tant soit peu, décente aux populations. "C'est l'inconscient collectif qui réagit à des années de privation, de mal vie et d'humiliation ", disent les spécialistes. Sinon que signifiera un homme qui s'immole dans un pays où il fait bon vivre ? Peut-être un membre d'une secte vénérant le feu, peut-être un pyromane, peut-être un aliéné voulant donner un sens à sa mort après avoir échoué d'en donner à sa vie… ! Mais cela reste un acte banni par la culture, la religion et même les fondements des sociétés arabes. Comment agira une société occidentale face à une augmentation quelconque du prix d'un produit ? En organisant une marche pacifique, dira-t-on ! Mais, les sociétés arabes ont-elles droit à ce genre de moyens pacifiques de protestation ?... l'on a pas cessé de tirer la sonnette d'alarme et mettre en garde ces régimes qui continuent à faire la sourde oreille aux cris de détresse venant des fins fonds d'une société gisant dans la misère, le silence et l'humiliation. L'on a fait défiler des chiffres, des courbes, des analyses, des constats souvent amers, des bilans économiques désastreux devant les dirigeants… mais les populations ont ras-le-bol des promesses et des chiffres que les dirigeants brandissent pour convaincre les mourants d'une guérison prochaine. Ils veulent du concret. Tous les indices indiquent que le chaos et toutes les conditions d'explosion sont là.
Une corruption généralisée
"… Comme un poisson en décomposition, c'est la tête qui pourri en premier ", disait Amine Maalouf, spécialiste du monde arabe. La corruption est, de l'avis de tout le monde, née dans les hautes sphères des Etats pour gagner enfin toutes les couches sociales et tous les secteurs d'activité. Même pour prétendre à ses droits les plus clairs et les plus élémentaires, on se retrouve contraint de mettre la main à la poche. Un simple formulaire qui devait être disponible ne l'est plus, et le même formulaire qui justement n'existerait pas le sera après un jet de main dans la poche ! La vie du citoyen est ainsi minée par " payer à tous les tournants " pour ce qui est censé être un droit. Rajoutons à cela les scandales qui sont devenus à la mode dans le monde arabe.
Les scandales financiers tombent dans les oreilles des citoyens à un rythme assourdissant et les chiffres coupent souvent le souffle : Les longues files des zéros mettent mêmes les yeux des économistes, pourtant habitués aux chiffres, dans l'embarras. Cet argent, qu'il soit des contribuables ou vient des sous-sols de ces pays appartient avant tout -les peuples arabes y ont pris conscience- appartient à toutes les couches sociales et tout un chacun devait en bénéficier, ce qui ne se fait pas toujours dans les pays arabes. Un concept vieux comme le monde mais à la mode : la bonne gouvernance. Economistes, politiques, managers, syndicalistes… et des profils de différents horizons le prêchent. Mais vieux qu'il soit, il sera à l'état embryonnaire dans le monde arabe. M. Abderrahmane Mebtoul, qui intervenait sur les mêmes colonnes dira : " les quarante dernières années qui ont marqué la vie politique et économique de bon nombre de pays du Tiers-monde nous réconfortent aujourd'hui dans notre conviction qui consiste à dire que le développement n'est pas une affaire de quincaillerie industrielle et de signes monétaires (…) mais une question de bonne gouvernance, de moralité des institutions par la lutte contre la corruption, la considération du savoir, le respect de la femme… ". Qu'est-ce que les régimes arabes ont fait, en dehors des discours et des salons, pour réaliser tout ça ?
Des espaces d'expression inexistants
" Mais où afficher son mécontentement ? " S'interrogent les démunis. " Au sein du mouvement associatif, via les partis politiques qui sont là pour "chante" plus haut ce que le peuple ressente tout bas, via la presse… ", répondront les gouvernants. A vue de nez, ça a l'air tellement simple qu'on a l'impression qu'il suffit d'exprimer le moindre malaise pour qu'il parvienne aux oreilles des hautes sphères et des dirigeants. Mais, la réalité est tout autre.
La société civile est tellement inexistante que le concept relève parfois de l'utopie. L'on a vu des associations qui ne soufflent pas mot sur des événements qui déchirent des pays entiers, et d'autres, plus ou moins pragmatiques, appellent au calme après de longues années d'hibernation, comme si leur rôle était réduit à dire : " jeunes ! vos doléances sont légitimes mais vous serez les premiers perdants dans les émeutes que vous menez ! ". Mais, qu'est-ce que cette société civile a fait pour affirmer la justesse de ces doléances et les transporter dans un champ plus propice à leurs satisfactions ? Quant aux partis politiques, plongés dans des luttes intestines, ne semblent même pas vivre au sein des sociétés où ils ont évolués. Des partis qui comptent dans leurs rangs plus d'élus que de militants et plus de militants que de sympathisants ne sont, de l'avis de tout le monde, que dans les pays arabes. Ajoutons à cela la crise de confiance si ce n'est carrément " un divorce " depuis longtemps contracté entre les bases et les élites politiques qui elles-mêmes connaissent mal la société. Si le degré de la liberté de la presse diffère d'un pays à un autre, celui-ci reste en dessous des aspirations, et, si liberté est, va rarement au fond des choses. " Et puis, que dit cette presse, se demandent les démunis, qui l'écoute, qui s'en sert ? ". Il y a même ceux qui disent : trop de liberté tue la liberté. Mais reste qu'un réel débat touchant à tous les volets de la vie des pays arabes a fuit depuis longtemps.
Des conditions socioéconomiques déplorables
De tous les maux sociaux qui touchent les pays arabes, le chômage reste celui qui peut se targuer d'être à la tête de tous les événements qui ont secoué ces pays, ces derniers temps, à l'instar, de la Tunisie, de l'Egypte, du Yémen et de la Jordanie, " en attendant d'autres ", disent des politologues et des sociologues. Le FMI avait récemment mis en garde le pays arabes sur la nécessité de créer 5,8 millions d'emplois. C'est 5,8 millions d'emplois ! Cela sous-entend, bien évidemment, 5,8 chômeurs et qui sont souvent diplômés. Rappelons-nous de l'adage qui dit : " un diplômé en chômage est un danger pour la société " ; l'on a bien la preuve ! Et puis remarquons bien, 5,8 de chômeurs sont 5,8 millions d'hommes et de femmes qui ne peuvent, ou ne pourront que difficilement, aspirer à un foyer, au mariage, à une vie décente… à cela s'ajoute l'érosion du pouvoir d'achat qui complique la vie davantage et pour les travailleurs et pour les chômeurs. Les bidonvilles, vivre " les uns sur les autres " dans d'étroits appartements souvent ne répondant pas à la moindre norme, s'entasser, matin et soir, dans les bus… tout cela mène, d'aucun ne sera contre, à l'explosion ou au moins à l'impulsion qui a donné naissance à de nouvelles formes de protestation de plus en plus individuelles à l'instar de l'immolation.

Une mauvaise distribution des richesses
Dans les pays arabes, c'est presque une règle : si le gouvernement met la main à la poche, c'est devant le marchand de la paix sociale. Le caractère urgent des mesures qui concernent tout un peuple où du moins une bonne partie du peuple frappe plus d'un. Ainsi, l'on a vu des décisions prises dans la hâte, souvent sans aucune rationalité. Mais cette rationalité ne devrait pas justement précéder les décisions qui ont mis à rude épreuve les petites bourses et menacer la cohésion sociale ? Ce n'est pas, parait-il, une qualité des décideurs arabes. L'on a vu des gouvernements changés, dans le sang, des prix rabattus dans le feu des émeutes et des présidents fuir les pays où ils furent rois, dans l'humiliation totale. La mauvaise répartition des richesses ne peut être innocente de tout cela. Des spécialistes ont expliqué le fait que des jeunes émeutiers se soient attaqués à des commerces de particuliers, pour ne citer que cet exemple, par " frustrations depuis longtemps refoulées " et l'injustice sociale dont ces jeunes se sentent victimes. " les nouveaux riches ", un autre concept qui revient dans chaque discussion, rime assez bien avec la mauvaise répartition des richesses ! Dans la conscience collective, ces mots renvoient à la spoliation, la confiscation, le vol… des richesses censées être celles de tout le peuple : une fleur dans le bouquet des émeutes !
Des chiffres !
Et ces chiffres ? Des logements en millions ! Des postes d'emploi en millions ! Des aides en milliards ! Des écoles ! Des investissements ! Des maisons de jeunes ! Des salles de sport ! Des salles de cinéma ! …. Qu'ils soient réels ou non, l'accès reste hypothétique et c'est là le vif du problème. Cette injustice qui peut mener de facto à des émeutes.
D'aucuns ne croient plus aux chiffres avancés par les gouvernants arabes qui ne sont souvent affichés que pour calmer les esprits et acheter la paix sociale.
Des conditions d'une émeute…
Privations, humiliations, mensonges, promesses électorales jamais tenues, absence de confiance entre gouvernants et gouvernés, avenir hypothétique,… dans des pays qui pompent l'or et qui ne peuvent que mettre les régimes arabes dans l'œil du cyclone.


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