M. Torek Farhadi, coordinateur régional du programme ENACT de l'ONU, rencontré, récemment, lors de la cérémonie organisée au siège d'Algex par SEVE (association de femmes algériennes chefs d'entreprise) , à l'occasion de remise du trophée 2010 de la meilleure femme chef d'entreprise, a insisté, dans cet entretien, sur les enjeux de l'exportation des produits hors hydrocarbures et les moyens nécessaires pour aider les entreprises algériennes à s'orienter vers les marchés extérieurs. L'Algérie exporte certes le pétrole et le gaz, mais elle doit encore exporter, dit-il, des produits hors hydrocarbures car ils sont créateurs potentiels d'emplois et de richesse. Les femmes sont de parfaites managers car elles sont déjà, selon lui, des gestionnaires au niveau de leurs familles et foyers. Les exportateurs et exportatrices doivent surtout cibler, préconise-t-il, les marchés sud américains, subsahariens et africains… Entretien réalisé par Meziane Atmani Le Maghreb : Quelle est votre mission en Algérie ? M. Torek Farhadi Je suis en Algérie en tant que coordinateur régional dans le cadre du programme ENACT (renforcement des capacités commerciales des pays arabes), initié par le centre international de commerce de l'ONU qui est financé par le gouvernement canadien. Il vise à promouvoir des PME arabes destinées à l'exportation hors hydrocarbures. En Algérie la question se pose surtout dans le secteur de l'agroalimentaire et de l'artisanat qui sont des créneaux importants et destinés à l'export. En tant que programme, nous sommes intéressés par les exportations hors hydrocarbures, car les entreprises algériennes recèlent des potentiels importants en la matière. Faut-il savoir que les exportations hors hydrocarbures sont censées créer beaucoup d'emplois au profit notamment des jeunes. La valeur intrinsèque des exportations est importante en termes de création de valeur ajoutée, dans les domaines de l'agroalimentaire, de l'artisanat et des services. Nous essayons dans le cadre de ce programme d'identifier ces entreprises exportatrices ou des potentialisations importantes existent dans ces trois secteurs. Il s'agit de déterminer aussi si ces produits sont adaptés vraiment au marché international. Il s'agit aussi de savoir quels genres de problèmes rencontrent-elles à l'exportation. C'est pourquoi nous travaillons dans ce sens avec le gouvernement algérien, Algex et d'autres parties prenantes dans ce programme. Il est également prévu, en outre, des possibilités de connexion de ces entreprises avec des acheteurs potentiels à l'international. Les entreprises algériennes éprouvent des difficultés pour placer leurs produits dans les marchés internationaux ? Les marchés internationaux sont certes bloqués pour les uns et libres pour d'autres, ce qui est un bon résultat pour nous, lorsque nous faisons un produit de qualité. Pour l'Algérie il s'agit de conquérir surtout les marchés africains et subsahariens pour vendre plus et mieux ses produits. Par exemple, si on veut vendre une serrure de bonne qualité avec un prix compétitif dans les pays subsahariens, c'est possible , mais avec la serrure chinoise qui est là aussi. La serrure allemande est également là avec un prix cinq fois plus cher. Malgré toutes les barrières douanières et commerciales qui ne disparaissent pas en un jour, il faut toujours commencer à exporter et quelles que soient les quantités. Quelles sont, d'après vous, les entreprises algériennes ayant des capacités exportatrices ? Nous venons d'interviewer 110 entreprises algériennes exportatrices dans le segment des PME et dans un groupe plus large encore ; mais le marché interne les décourage car leurs produits sont demandés par les consommateurs. Exporter aujourd'hui, cela exige l'accès aux normes internationales. L'exemple vient du textile en Algérie où on a jugé important d'importer au lieu d'adapter les produits manufacturés aux standards internationaux. Et puis pour rester compétitif, il faut respecter tout le temps ces normes internationales. Il faut voir par ailleurs quels sont les besoins des entreprises étrangères et les demandes du marché mondial. Une fois ces entreprises exportatrices identifiées, comment comptez-vous les rendre compétitives à l'exportation ? La mise à niveau est importante aujourd'hui. Mais les entreprises algériennes, ciblent pour l'instant le marché national où elles estiment gagner plus de parts de marché. Dans un plan de croissance d'une entreprise, il faut en principe avoir 25 % de la production orientée à l'export en sachant ce que le marché mondial demande comme variété de produits et de qualité. Quand les grandes entreprises fabriquent les produits, elles font travailler ainsi les TPE (très petites entreprises). Donc pour les TPE qui désirent se lancer dans l'aventure de l'exportation, le parcours est encore plus long. Une grande entreprise qui exporte doit avoir des ressources humaines destinées à l'export. Et 95 % de ces entreprises sont des TPE en Algérie. Il faut donc élargir la chaîne d'alimentation et de distribution qui doit être spécialisée en la matière. Il faut faire aussi un bon travail pour les grandes entreprises qui ont plus d'espace pour produire et pour le marché local et pour le marché international. Quels sont les managers algériens qui peuvent émerger dans le contexte international ? Nous sommes en train de certifier les conseillers algériens au commerce. Ils seront connectés à Algex. Des conseillers qui vont procéder à des opérations d'audit auprès des entreprises concernées. Il y a des programmes en Algérie qui tiennent la route, mais ils sont peu exploités; et les gens qui exécutent ces programmes n'ont pas les capacités exigées. Les exportateurs algériens estiment que les Européens et Américains protégent leur marché abusivement en termes de normes? En termes de protection et de barrières douanières, on ne peut pas importer n'importe quoi en Algérie non plus. Mais le marché mondial ne se résume pas aujourd'hui aux marchés, européen et américain qui sont bien financés. Ils peuvent acheter par exemple les matières premières et minerais que leur vend l'Algérie. L'Afrique subsaharienne qui a un milliard de personnes pourrait être un gisement d'exportation pour l'Algérie. Vers l'Afrique et l'Amérique du Sud, l'Algérie pourrait aussi être encore plus performante en termes de volume des exportations. C'est en s'entraînant à l'exercice de l'exportation qu'on peut devenir un exportateur influent par la suite. Il faut avoir un don à l'exportation. Nous voulons initier par ailleurs la femme algérienne manager à la toile du web. Une femme manager qui a une entreprise peut ainsi améliorer ses compétences en utilisant le Web. Ce qui implique l'amélioration de ses capacités exportatrices. On donnera les ficelles de l'export par l'intermédiaire des associations professionnelles ainsi que par le web. Que ce soit pour l'exportation de l'artisanat, des services ou de l'agroalimentaire, le web peut aider à vendre mieux les produits à l'étranger.