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Lettre d'un écrivain marocain à Barack Obama : « A la fin les tyrans tombent toujours »
Publié dans Le Quotidien d'Algérie le 22 - 11 - 2013


Abdelhak Serhane, écrivain
Vous avez annoncé au monde votre décision d'arrêter le génocide syrien, Monsieur le Président, et vous avez affirmé que vous irez en guerre contre l'utilisation du gaz sarin par Bachar al-Assad qui extermine son propre peuple depuis deux ans et demi. Car c'est de cela qu'il s'agit, l'anéantissement d'un peuple par un chef d'Etat absolument délirant, cynique, démoniaque.
Abdelhak Serhane est un écrivain marocain et universitaire. Il est professeur émérite de l'Université de Louisiane. Rue89
L'opinion américaine et le Congrès font défaut à vos prévisions. Vos alliées de toujours, la Grande Bretagne et l'Allemagne, ont décidé de ne pas participer à vos frappes hypothétiques contre le despote, vous isolant encore plus sur la scène internationale.
L'Histoire retiendra que ces pays ont failli à leur idéal de liberté et de démocratie. Au G20 tenu à St Petersbourg comme à Genève, Poutine a démontré, une fois de plus, qu'il était capable de mettre vos plans en échec, prenant l'ONU en otage par sa mauvaise foi et son aptitude despotique.
L'attitude de l'ONU s'est avérée pitoyable devant le bourreau de Damas. Elle tergiverse, envoie commission sur commission en Syrie, prétextant du manque de preuves concrètes, épargnant ainsi le Génocidaire. Dans ce cas, et face à son incapacité d'imposer la paix dans cette région du monde, il vaudrait mieux pour ses membres de suspendre leurs cotisations. En attendant, le monstre froid de Damas redouble de férocité vis-à-vis du peuple.
Comme son père, il est dans cette logique absurde ; ou je vous gouverne ou je vous tue. Alors, il tue ce peuple qui ne veut plus de lui. Il fallait faire preuve de fermeté tout de suite, Monsieur le Président, et agir dès le début des premiers carnages de civiles innocents. Vous ne l'avez pas fait. Personne ne l'a fait. Les palabres ont duré deux ans et demi.
Pendant ce temps, nous sont parvenues les images d'une guerre civile dégueulasse. L'équilibre disproportionné des forces a engagé le pays dans un processus de destruction massive. Il aura fallu attendre ces derniers mois et l'utilisation d'armes chimiques par Bachar pour que la France et les Etats-Unis s'agitent enfin après une longue léthargie. Le régime syrien venait de passer une « ligne rouge » foulant aux pieds le Protocole de Genève qu'il a ratifié en 1925.
La mort de milliers d'innocents n'était pas une preuve suffisante. Gaz sarin ou pas, ce criminel de guerre a détruit son pays et fait près de 120.000 victimes en deux ans et demi. Aucun prétexte ne peut justifier l'inaction du monde face à la barbarie de cet homme, face à ce massacre inhumain. Les ruines n'étaient pas une preuve assez tangible pour arrêter l'assassin dans ses crimes et ses ruines. L'utilisation de l'aviation et des chars contre le peuple syrien n'était pas une raison concrète pour une intervention militaire internationale en Syrie.
Il n'y a pas de demi-mesure dans une guerre, Monsieur le Président. Comme il n'y a pas de guerre propre, ni de guerre juste, ni de frappes simples ou ciblées. Vous le savez. Alors, faites la guerre jusqu'au bout ou ne faites rien, exactement comme vous n'avez rien fait jusqu'à présent, à part trouver des prétextes pour ne pas vous engager dans une opération à l'issue incertaine. Le plus important aujourd'hui est de mettre un terme à la paranoïa d'un homme.
Personne ne vous reprochera votre prudence, ni votre discernement. Votre pays a connu tant de déboires dans d'autres guerres atroces. Vous ne pouvez pas imposer le bonheur et la démocratie au monde entier. Quelques pays européens, dont la France, s'affairent pour convaincre la communauté internationale d'intervenir. La crise économique qui frappe le monde rend les décisions des Etats dits démocratiques plus qu'aléatoires. Ce ne fut pas le cas contre l'Irak ou l'Afghanistan. Vous allez sans doute finir par y aller et sans doute remporter une victoire éclair contre ce régime totalement déshonoré, désavoué, qui fait la guerre à son pays et assassine ses concitoyens à l'arme chimique. Ce sera à votre avantage. Et peut-être à votre honneur. Le prix Nobel de la paix se mérite.
C'est le moment de prouver au monde que vous êtes le Président d'une grande nation qui ne ferme pas les yeux sur les adversités des peuples opprimés, ni ne renonce à son rôle de garant de la sécurité globale. Mais cette victoire sera amère, Monsieur le Président, car sur son chemin, elle aura laissé des centaines de milliers de cadavres que la communauté internationale n'a pas voulu, n'a pas pu ou n'a pas osé protéger.
Votre victoire sera acerbe car elle parviendra trop tard pour ceux qui sont morts car ceux qui avaient les moyens de les sauver ne l'ont pas fait. Ce génocide, pour lequel vous trainez les pieds depuis le début, est déjà terminé. Le régime syrien que le monde a épargné s'est avéré le régime le plus sanguinaire qui soit. De ce fait, il n'existe plus ; ayant perdu toute crédibilité nationale et toute légitimité internationale. Il ira donc jusqu'au bout de l'horreur.
Ayant tout perdu, il défendra la seule chose qui lui reste à perdre ; sa sur/vie. Comme le fou libyen, Bachar s'avance chaque jour vers sa propre perte. Les retrouveront-ils un jour prostré dans une bouche d'égout ou dans un trou ? Il l'a dit lui-même : « Je vis en Syrie et je mourrai en Syrie ! » Son heure est proche. Et il la perdra, cette sale vie d'assassin qui a fait de lui le bourreau de son peuple, le plus grand génocidaire de ce début de siècle.
Gandhi disait :
« Il y a eu dans ce monde des tyrans et des assassins qui peuvent pendant un temps nous sembler invincibles. Mais à la fin ils tombent toujours. »
Bachar el-Asad, à mon sens, est déjà tombé. Comme s'effondreront, à sa suite, tous les tyrans arabes !
J'espère simplement, Monsieur le Président, que cette dérive féroce de Bechar al-Asad vous fera prendre conscience des souffrances endurées par les autres peuples arabes et musulmans soumis à l'absolutisme de leurs dirigeants. Mais vous savez tout ça. Vos ambassades vous dépêchent régulièrement des rapports accablants sur la corruption endémique qui gangrène ces pays, les injustices qui les minent, les abus de toutes sortes de ces chefs d'Etat malades de mégalomanie...
Cette barbarie sans nom risque de se reproduire dans toutes les monarchies arabes ou la démocratie et l'Etat de droit font grand défaut. Il ne peut exister d'exception là où la déchéance généralisée mine la société, où la misère et les injustices sociales gangrènent le pays. Gérés par des pouvoirs despotiques qui appauvrissent leurs populations, les installant à long terme dans l'ignorance et l'obscurantisme, ces peuples finiront par s'insurger contre les despotes. C'est déjà arrivé en Tunisie, en Egypte et en Libye.
L'indépendance du Continent africain subsaharien, du Maghreb, des pays du Golfe... a été confisquée aux peuples par la traitrise d'une gente à l'égo démesuré, souvent inculte, toujours assoiffée de sang, de pouvoir et d'argent et qui a sévi, impunément, pendant plusieurs décennies avec le soutien inconditionnel des Puissances occidentales et des multinationales.
Le destin de Moubarak, Kadhafi, Ben Ali et Ali Saleh les attend tous car ils sont incapables d'engager des réformes rationnelles pour l'édification d'une réelle démocratie et l'installation d'un Etat de droit qui assurent à tous une vie digne, dépouillée de toutes les corruptions. « Le sabre, dit l'Emir Abdelkader, n'est jamais que l'instrument de ceux qui ont renoncé à régner par l'esprit. »
Depuis la débâcle de Bou Abdil en Andalousie, les dirigeants arabes ont renoncé aux Lumières de l'Esprit pour s'enfoncer éternellement dans les Ténèbres de la foi et sont devenus d'intraitables bourreaux pour leurs peuples.
Qui croit encore au mythe de notre exception marocaine ? Ce leurre avéré n'est rien d'autre qu'une bulle de savon qui finira par exploser à la figure de nos dirigeants (aveugles, sourds et muets) comme une tornade épouvantable.
C'est pour cette raison, Monsieur le Président des Etats-Unis d'Amérique, qu'il faudra s'attendre à ce qu'ils soient tous dégagés du pouvoir un jour ou l'autre. Ça arrivera fatalement car les peuples opprimés ne supporteront pas indéfiniment la servitude.


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