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Avec le temps...
Publié dans Le Soir d'Algérie le 10 - 04 - 2018

David Rieff(*) refuse d'être la proie d'instincts primitifs ou de modèles prêts-à-porter dont le plus répandu est «Justice et Vérité» — une déclinaison de la justice transitionnelle prônée par les ONG droits de l'hommiste socio-démocrates — qui a prévalu en Afrique du Sud et qui n'est pas indemne de tout reproche.(**)
Qu'elles succèdent à des périodes de dictatures ou qu'elles résultent de conflits internes, d'ordre ethnique ou théocratique, les politiques de réconciliation visent partout à asseoir un dialogue entre protagonistes pour panser les blessures, réparer les dégâts matériels, physiques et psychologiques, avant de retrouver le chemin du développement, de la démocratie et des libertés sur des bases consolidées.
A l'expérience, ces politiques révèlent une diversité de voies susceptibles de concilier les parties ou forces en présence et de les conduire à bon port, celui d'une paix partagée. Rieff ne fait pas de l'oubli la clef idoine ou la voie unique pour y parvenir : «Il y a certainement quelque chose d'impie, ou du moins d'appauvrissant sur le plan éthique, à oublier les sacrifices et les souffrances de ceux qui vécurent avant nous. Si nous ne nous souvenons pas de ceux qui sont tombés sur le champ de bataille ou qui ont donné leur vie au nom de leurs convictions, comment leurs actes pourraient-ils revêtir la moindre signification ?»Il ne nie également pas que «l'opinion aujourd'hui dominante est que la mémoire est une sorte de bien public indispensable, l'oubli étant, quant à lui, le plus souvent stigmatisé, présenté comme une forme de nihilisme civique». Bien mieux, poursuit-il, «il est à la fois moralement honteux d'oublier les horreurs du passé et nécessaire sur le plan moral de se souvenir ou, mieux encore, de restituer le passé» ; la remémoration est un impératif moral et le fait de se souvenir «est en soi, et de soi-même, un acte moral». Toutefois, au-delà de ce «devoir de mémoire», et même si cette morale a toujours le dernier mot, rien n'empêche «de faire en sorte que la mémoire collective serve à la libération et non à l'asservissement des hommes». En effet, on ne peut nier le danger récurrent de prise de contrôle de la mémoire et de l'histoire par la politique. Une prise de contrôle d'autant plus néfaste que «la mémoire collective qui, jusqu'aux années 1970, était pour l'essentiel le monopole de l'Etat (...) est désormais l'objet d'appropriation de nombreuses minorités ethniques, religieuses et sexuelles, bien décidées non seulement à contester les grands récits officiels traditionnels mais aussi à les modifier, sinon à les transformer entièrement». Par ailleurs, la remémoration historique et la mémoire collective «ne peuvent pas être ce dont les individus se souviennent» car «plus il s'écoule de temps après un accident ou un crime, moins le témoignage d'une victime ou d'un témoin a des chances de s'avérer exact et fiable».
Il est alors «impossible de parler d'une mémoire collective d'un peuple à la manière dont nous parlons d'une mémoire individuelle». Sur l'usage qui peut être fait de la remémoration collective, Rieff estime qu'elle «n'a pas toujours été un moyen salutaire de parvenir à la paix et à la réconciliation» : «Au contraire, bien souvent et dans de nombreux pays, la remémoration a fourni cet adhésif toxique nécessaire lorsqu'il s'agit de cimenter les vieilles haines recuites et d'opposer les unes aux autres les diverses martyrologies en vigueur, comme cela fut le cas en Irlande du Nord et dans les Balkans des générations durant, pour ne pas dire des siècles durant.» L'auteur ne propose pas pour autant de «remplacer une fable bien-pensante sur la mémoire par un récit édifiant mal-pensant sur l'oubli» et ne veut pas suggérer que l'oubli devrait régner «aux lendemains immédiats d'un crime ou lorsque les auteurs des forfaits commis sont encore en liberté». Les hommes n'ayant pas d'autre mémoire que celle des blessures subies, faut-il alors pardonner plutôt qu'oublier ? Ce dilemme est exprimé par Rieff de façon plus directe encore : «La remémoration est peut-être l'alliée de la justice, mais, en dépit des idées reçues du mouvement des droits humains, elle n'est pas une amie fiable de la paix, alors que l'oubli peut jouer un tel rôle et l'a joué à certains moments.»
Le primat du pardon sur l'oubli n'est cependant pas toujours évident : «Il est fort souvent arrivé, au fil de l'histoire, qu'un tel processus se solde par un échec – autrement dit, que des sociétés ou des groupes sociaux ne parviennent pas à dépasser leurs ressentiments ni à pardonner.» Il refuse ainsi d'affirmer que «l'oubli est une réponse appropriée là où la justice ou le pardon (ou les deux) représente(nt) une solution réaliste» — «le critère ultime ne devrait pas être l'idéal mais le raisonnable, ou du moins le faisable».
Le tout est «d'empêcher le ressentiment d'alimenter un nouveau conflit» sans être privé de mémoire (car cela revient à «être dépourvu de monde») et sans être obsédé par «un nouveau culte, celui de la mémoire». En somme, défendre le pardon sans oubli à la clé. Au final, «la question n'est pas de savoir si les réalisations les plus monumentales et les peines les plus profondes des êtres humains seront oubliées sur le très long terme ; il s'agit plutôt de tenter d'évaluer le laps de temps au cours duquel une société peut ou doit se souvenir, commémorer, célébrer et porter le deuil».
Le tout semble être de bien agencer le temps imparti à la justice et au deuil, au pardon, au souvenir et à l'oubli.
A. B.
(*) David Rieff, Eloge de l'oubli : la mémoire collective et ses pièges, éditions Premier Parallèle, Paris 2018, 223 pages.
(**) Voir notre chronique du 20 octobre 2013, «Les limites de la justice transitionnelle»,
https://www.lesoirdalgerie.com/articles/2013/10/29/article.php?sid=155909&cid=8


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