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Deux poids et deux mesures
Crimes imprescriptibles
Publié dans Le Soir d'Algérie le 05 - 07 - 2020


Par Leila Aslaoui-Hemmadi
Le 11 mai 1987, Klaus Barbie ancien chef de la Gestapo (appréhendé en Bolivie après de longues années de cavale) surnommé «le boucher de Lyon» avait comparu devant la cour d'assises de Lyon pour crimes contre l'humanité. Le 3 juillet 1987, il avait été condamné à la réclusion perpétuelle. A son procès, un Algérien Lakhdar-Toumi Eddine (décédé), s'était constitué partie civile, non pas contre Barbie mais pour obtenir la condamnation d'un autre «boucher», le lieutenant Lassale. Connu dans la région de Tiaret pour ses exactions, il avait, entre autres «hauts faits d'armes», enlevé, une nuit d'août 1957, le père de Eddine Lakhdar-Toumi, puis après lui avoir fait subir d'atroces tortures, il l'avait exécuté. Il fallut de nombreuses années à la famille pour retrouver le lieu où Lassale l'avait fait disparaître à quelques kilomètres de la ville de Tiaret. La demande de la partie civile n'était pas «hors sujet» puisque l'imprescriptibilité des crimes contre l'humanité est clairement énoncée dans le code pénal français (article 213). Et pourtant ! Au président qui ne voyait pas de lien entre les deux affaires, maître Vergès (avocat de Barbie et de l'Algérien) avait répondu :
«Ce que vous reprochez à Klaus Barbie, vous l'avez vous-même fait en Algérie». En effet, l'article 212 du code pénal français définit le crime contre l'humanité ainsi : «Sont considérés comme crimes contre l'humanité, la déportation... la pratique massive et systématique d'exécutions sommaires, les enlèvements de personnes suivis de leur disparition, la torture et actes inhumains inspirés par des motifs politiques». N'est-ce pas là une parfaite définition des pratiques de l'armée coloniale durant la Guerre de libération et antérieurement ? Hélas, lorsqu'il s'agit de droit et d'histoire coloniale, la France a une mémoire très sélective. Crimes imprescriptibles pour la France, crimes prescrits pour l'Algérie. Depuis les accords d'Evian puis la loi du 31 juillet 1968, le législateur français n'a cessé de multiplier les lois d'amnistie en faveur des militaires français coupables de crimes contre l'humanité et crimes de guerre. Certains parmi eux comme Aussaresses, se sont même offert le luxe de justifier la torture en Algérie et de conclure : «Si c'était à refaire je le ferais». D'autres sont morts sans jamais avoir eu à répondre de leurs exactions.
Deux poids et deux mesures
Et, en ce 5 juillet, différent de ceux qui l'ont précédé, le retour ô combien émouvant de 24 chouhada sur leur terre, après leur décapitation par l'armée coloniale et la détention arbitraire de leurs crânes par l'Etat français durant plus d'un siècle, il y a lieu de rappeler avec l'historien Gilles Manceron : «La torture et les assassinats de prisonniers pratiqués par les militaires français pendant la Guerre de libération ne sont que la partie émergée d'un iceberg beaucoup plus vaste : celui de la violence coloniale depuis le début de la conquête» (Marianne et les colonies). C'est bien cette violence coloniale que les résistants algériens de la première heure revenus parmi nous, nous ont rappelée ce 5 juillet 2020. Et la liste est longue, puisque le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a déclaré lors de la cérémonie de remise de grades aux officiers de l'ANP : «D'autres chouhada suivront ces 24 résistants».
Nonobstant la déclaration du président Macron le 14 février 2017 à Echourouk News par laquelle il reconnaissait «que la colonisation est un crime contre l'humanité», le chemin est encore escarpé. En effet, lorsqu'en 2010 des députés de l'Assemblée populaire nationale avaient initié un projet de loi portant criminalisation de la colonisation, resté sans lendemain, ce n'est certainement pas par calculs politiciens de l'Etat algérien comme dit ici ou là. Les raisons sont tout à fait autres :
1/ Avant tout débat au fond, l'Algérie doit se doter d'instruments juridiques tels que l'introduction des crimes contre l'humanité et crimes de guerre dans le code pénal algérien. Inexistants dans la législation actuelle, sur quelle base auraient eu lieu les poursuites, les procès et les jugements ?
2/ Les crimes contre l'humanité sont imprescriptibles, mais alors comment contraindre la France à abroger les lois d'amnistie dont ont bénéficié ses criminels ?
3/ La France aurait-elle accepté d'extrader ses ressortissants à supposer que...?
Tout ceci pour dire que la colonisation demeure un sujet tabou pour la France. Ce n'est qu'en 1999 que l'Assemblée nationale française a adopté une loi abrogeant enfin le terme «d'événements» pour le remplacer par celui de «guerre d'Algérie» . Que dire de la loi du 23 février 2005 qualifiant «le rôle positif de la colonisation !»
Face à cette mauvaise foi, de la politique du deux poids deux mesures de la France, notre responsabilité à tous est le :
Devoir de mémoire consistant à ne pas renoncer aux archives que la France devra remettre à l'Etat algérien dans leur totalité. Les dossiers des disparitions et des indemnisations (notamment suite aux essais nucléaires). En ce 5 juillet 2020, il y a lieu de revoir en profondeur l'enseignement de l'Histoire dans les établissements scolaires afin que les enfants et adolescents adultes de demain, sachent qu'il a fallu des Mohamed Lamdjad (Boubaghla), Ahmed Bouziane et son fils et tant et tant d'autres pour que la terre Algérie arrosée de leur sang devienne libre.
L. A. H.


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