Pas de stigmatisation mais plutôt une aide à la réinsertion en direction des détenus. La fonction correctionnelle des établissements pénitentiaires va de pair avec la politique d'aide à la réintégration, assure le ministre de la Justice. Chiffre à l'appui, Abderrachid Tebbi assure que les établissements pénitentiaires en collaboration avec des acteurs de la société civile ont pris en charge 672 anciens prisonniers afin de leur assurer une insertion professionnelle sans compter le nombre de détenus qui participent aux examens nationaux chaque année. Nawal Imès - Alger (Le Soir) - Un séjour dans une prison ne doit pas être l'équivalent d'une absence de toute perspective. Les détenus doivent pouvoir, une fois libérés, retrouver une vie professionnelle loin des clichés négatifs qui empêchent souvent leur réinsertion. C'est la philosophie expliquée jeudi par le ministre de la Justice à l'ouverture des travaux du comité interministériel de coordination des activités de rééducation et de réinsertion sociale des détenus. Pour Abderrachid Tebbi, la phase post-libération constitue un facteur important pour la réussite de la réinsertion des détenus libérés mais également un facteur limitant la récidive. Durant l'année en cours, dit-il, les services externes de l'administration pénitentiaire ont pu prendre en charge 6.72 détenus libérés en 2021 en les accompagnant pour une réinsertion professionnelle en coordination avec le mouvement associatif. Plusieurs secteurs sont mis à contribution pour réussir cette politique, à savoir l'éducation, la formation professionnelle et l'emploi. Les résultats se font sentir, aux dires du ministre de la Justice, l'enseignement à l'intérieur des établissements pénitentiaires connaît « une nette amélioration ». Chiffres à l'appui, il dira que les inscriptions pour cette année scolaire ont concerné 35 341 détenus, avec 4 170 inscrits au baccalauréat, 3 375 au brevet d'enseignement moyen, encadrés par 1 062 encadreurs. Même constat pour la formation professionnelle où sont inscrits 37 378 détenus dans 142 filières et spécialités, encadrés par 552 enseignants. Le garde des Sceaux en a profité pour saluer les efforts fournis par les différents secteurs, affirmant que le ministère de l'Education nationale avait mobilisé 76 enseignants, celui de la Formation professionnelle 1 777 encadreurs délégués, le ministère des Affaires religieuses 293 imams délégués et 177 enseignants du Coran, sans compter 87 spécialistes délégués de la jeunesse et des sports mobilisés par le ministère des Sports. Celui de Culture et des Arts a, quant à lui, participé à l'enrichissement des bibliothèques des établissements pénitentiaires avec 5 719 titres, tandis que le ministère de la Solidarité nationale a offert 800 microcrédits au profit des détenus libérés en novembre dernier, et s'est engagé à offrir 1 000 crédits supplémentaires dans le cadre du programme de l'année prochaine. Le travail, ajoute Tebbi, est un élément fondamental pour une réinsertion progressive. C'est pourquoi des détenus sont employés dans 26 exploitations agricoles, dont 12 fermes bios ouvertes et 14 ateliers agricoles à proximité des établissements pénitentiaires. Le savoir-faire acquis au sein des établissements pénitentiaires pourra servir à intégrer la main-d'œuvre productive et contribuer à l'activité économique, ce qui ouvre des perspectives aux ex-détenus. Un projet qui ne saurait réussir sans l'implication de plusieurs acteurs. La création du comité interministériel de coordination des activités de rééducation et de réinsertion sociale des détenus répond justement à cette problématique et vise « l'implication de tous les secteurs pour veiller à la bonne mise en œuvre de la politique punitive nationale à travers sa formation englobant plusieurs départements ministériels et tous les acteurs de la lutte contre la criminalité ». L'apport de la société civile est souligné par le garde des Sceaux pour qui « la présence des acteurs de la société civile au sein des établissements pénitentiaires à travers des activités de soutien et d'accompagnement des individus libérés sur le plan psychosocial revêt une importance extrême dans leur réinsertion socioprofessionnelle ». Il assure que les portes sont ouvertes à tous ceux qui veulent prendre part à ces actions en rappelant qu'actuellement, 218 associations activent déjà dans ce sens. Pour le ministre de la Justice, d'autres acquis ont été arrachés, à savoir la réadaptation du système législatif et réglementaire, visant à « renforcer les mesures d'humanisation des conditions carcérales et promouvoir les mécanismes de réinsertion » et assurer « une prise en charge optimale des détenus» . Le personnel des établissements pénitentiaires, dit-il, fournit de gros efforts pour garantir «un environnement sécurisé et stable à même de préserver la dignité des détenus et de tenir compte des critères du traitement humanitaire en adéquation avec les engagements internationaux de l'Algérie en matière de respect des droits de l'Homme». Preuve de la réussite de la politique de réinsertion, selon le directeur général de l'administration pénitentiaire, le taux de récidive chez les détenus est « très faible ». N. I.