Hollywood a cr�� Superman et Rambo. Des �tres d�exception, des h�ros positifs, esp�ces de demi-dieux modernes appel�s � d�fendre l�Am�rique contre les dangers ext�rieurs. Attaque militaire directe, id�ologie communiste, menace terroriste ou catastrophe naturelle, ces p�rils renvoient aux peurs collectives qui continuent de hanter ce grand pays et qui soudent sa soci�t� autour d�un consensus absolument inimaginable ailleurs. Ce patriotisme bon enfant, soutenu par la propagande des m�dias, trouve son origine dans les fondements historiques et religieux de la nation am�ricaine. Depuis ses d�buts et jusqu�� nos jours, le cin�ma hollywoodien s�est efforc� d��tre un pilier fondamental de cette politique, � tel point que l�administration et le Pentagone s�impliquent directement dans l�industrie cin�matographique o� ils comptent leurs hommes de main et leurs relais. Le moteur, pour fonctionner, a besoin de dollars et ce n�est pas ce qui manque. La rencontre du pouvoir, de l�argent et de l�art va cr�er le mythe hollywoodien. Dans un livre remarquable de lucidit�, Jean-Michel Valantin �voque en d�tail ces jonctions entre l�industrie cin�matographique et les pouvoirs politiques et militaires am�ricains. Il nous offre un large panorama des pratiques en vigueur dans les studios de l�Oncle Sam. Mais, pr�vient- il, ces pratiques ne sont pas le signe d�une soumission du septi�me art � la Maison-Blanche et au Pentagone. Il �voque plut�t des accords harmonieux b�tis autour d�un consensus national. �Il est n�cessaire, �crit-il, de conserver � l�esprit que ces films ne sont pas des films de propagande : ils n�ont pas �t� command�s par la Maison-Blanche ou par le Pentagone � des fins d��ducation des masses. Ils accompagnent l�av�nement d�un courant id�ologique dont les racines plongent aux origines historiques, politiques et mythologiques des Etats-Unis.� (1) Ce patriotisme bon enfant, que l�on aurait brocard� ailleurs, va prosp�rer et s��panouir sous le r�gne actuel des nouveaux messianiques qui trouvent leurs comptes dans ces superproductions. Bush et consorts en redemandent des Rambo, Superman et autres h�ros invincibles et courageux, volant au secours de la veuve et de l�orphelin et qui rassurent les petites t�tes blondes. Pourtant, ce n�est que du cin�ma : des d�cors en carton et des stars extraites de leurs r�sidences de luxe, maquill�es � la h�te, habill�es par d'�m�rites mod�listes, truff�es d�armes en plastique et film�es par des cam�ras num�riques de la derni�re g�n�ration. Au montage, on ajoutera les effets sp�ciaux, la musique et le bruit des balles! Ces images de braves qui viennent aider les faibles et les d�munis et organiser les secours apr�s les catastrophes nous en avons bu � sati�t�, jusqu�� nous saouler� C�est connu : l�Am�rique a v�cu une terrible d�b�cle au Vietnam. Elle y a perdu son honneur et eut beaucoup de mal � s�en remettre. Mais le cin�ma et les magiciens d�Hollywood �taient l� pour transformer cette d�faite m�morable en grande victoire, en �pop�es h�ro�ques, en missions courageuses de braves agents sp�ciaux de la CIA partis � la recherche des Marines disparus. Il y aura de nouveaux combats, juste pour la cam�ra, et c�est �videmment les h�ros am�ricains qui gagneront la bataille ! Jean- Michel Valantin pr�cise dans le m�me livre : �L'h�ro�sation des agents de l'Etat, le caract�re sacr� de celui-ci, la mise en images de la menace telle qu'elle est officiellement d�finie et nourrie par l'imaginaire collectif am�ricain... tout cela participe d'un univers o� l'Etat est une force invincible et mythologique.� (2) Isol�s, les quelques producteurs et r�alisateurs ind�pendants qui ont os� filmer des fictions proches de la r�alit� ne p�seront pas lourd devant la machine prodigieuse du r�ve. Dans les moments de doute, Steven Spielberg sera l� pour rassurer les g�n�rations futures quant � la bonne sant� du r�ve am�ricain en leur racontant des histoires � dormir debout faites sur mesure pour tranquilliser ceux qui pourraient �tre tent�s de poser des questions. Dans un d�cor mythologique moderne, le sens patriotique, l�esprit civique et la victoire du bien (am�ricain) sur le mal seront servis en arri�re plan de belles l�gendes fantastiques et non plus au premier degr�. Sous couvert de grandes interrogations philosophiques sur le monde � venir et la fragilit� de l��tre humain face aux d�fis du futur (le pass� peut �tre aussi r�veill� par la science, comme dans Jurassique Park), ce r�alisateur donne une bonne couche de peinture fra�che, brillante et color�e � une production hollywoodienne g�n�ralement b�tifiante� Un homme comme Michael Moore, aux critiques acerbes et � l�humour sapant, reste malheureusement l�exception qui confirme la r�gle. Alors, ne vous �tonnez pas si demain Hollywood nous livrera quelques superproductions avec les meilleures stars du moment, consacr�es � ces journ�es terribles que vient de vivre l�Am�rique. Je vois le mot �KATRINA� en rouge sang et en tr�s gros caract�res barrer l�affiche domin�e par les t�tes d�un homme et d�une femme et truff�e de sc�nes montrant la violence du cyclone dans sa partie inf�rieure. Que raconteront ces films ? L�h�ro�sme des sauveteurs, la disponibilit� et le d�vouement des sh�rifs et des pompiers, l�omnipr�sente sollicitude de l�administration, la prise en charge des sinistr�s et quelques sc�nes qui d�voileront les actes de pillage commis par des �l�ments non repr�sentatifs de cette soci�t� id�ale, des m�chants qui seront pourchass�s par les bons ! Evidemment, ils ne nous montreront pas les policiers et les pompiers qui se sont v�ritablement suicid�s ou qui ont jet� leurs insignes, dans un geste de r�volte et d�impuissance face � tant d�incurie et d�indiff�rence ! Ils ne diront pas que le pr�sident Bush a r�agi quatre jours apr�s le d�but du drame ! Ils n�insisteront pas sur les souffrances des plus faibles, abandonn�s par le train du capitalisme� Non, ce n�est pas l� leur propos. Et puis qui acceptera de tels sc�narios ? Et le mensonge deviendra la nouvelle r�alit� au pays o� les raconteurs de belles histoires ont le droit de refaire le monde. Quant � la v�rit�, il ne faut pas trop esp�rer la trouver dans ce bric-�-brac o� les faussaires imitent tout, dans la fi�vre des grands chantiers du mensonge et de la contrefa�on, pour satisfaire l�insatiable app�tit des r�veurs. Mais apr�s tout, qui se pr�occupe de la v�rit� ? Dans ce monde o� l�image remplace la v�rit�, nous attendrons donc le film � succ�s �KATRINA� pour savoir ce qui s�est pass� d�but septembre 2005 dans les Etats du Sud am�ricain. M. F. (1) et (2) : Jean-Michel Valantin Hollywood, le Pentagone et Washington - Les trois acteurs d'une strat�gie globale. Cit� dans parutions.com
P. S. : Hier, et pour la 28�me fois, le journaliste Mohamed Benchicou a quitt� la prison pour le tribunal. Hier, il devait r�pondre de plusieurs chefs d�accusation dans 9 proc�s en appel diff�rents ! Apr�s l�avoir d�pouill� de son titre et vendu aux ench�res l�immeuble appartenant � sa soci�t�, la justice alg�rienne l�a condamn� � deux ann�es de prison ferme. Et elle continue de le harceler, comme si toutes ces �preuves ne suffisaient pas ! Pour lui remonter un peu le moral, je lui livre en primeur la d�dicace de mon livre �Les Mots du jeudi�, Tome 2. La voici : �A Mohamed Benchicou Au quotidien Le Matin, porte-drapeau des sans-espoir enterr� vivant et qui repoussera, comme une fleur de printemps dans le terreau de nos convictions sous le soleil �ternel de l�Alg�rie.� Tr�s bient�t, la sortie du second tome des �Mots du jeudi� (Recueil des chroniques hebdomadaires de Ma�mar Farah, p�riode de d�cembre 2003 � septembre 2004) � Disponible chez les buralistes et les kiosques presse � Prix de vente public : 180 DA