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CHRONIQUE DES TEMPS SORDIDES
Un A�d et quatre enterrements Par Ma�mar FARAH [email protected]
Publié dans Le Soir d'Algérie le 22 - 09 - 2005

Un beau et tendre soleil d�hiver, d�logeant rapidement les quelques nuages rescap�s de la veille, submerge la plaine d�v�tue et cingl�e par de violents vents froids. A gauche de la petite route r�cemment asphalt�e, le domaine des Mehtali. Tayeb a r�ussi � planter de beaux arbres fruitiers fi�rement debout au milieu de petits lots verdoyants o� poussent quelques l�gumes qui finissent plus souvent dans les couffins des amis que sur les �tals du march� local.
Au printemps dernier, et par une journ�e superbe, nous avons pu appr�cier les produits agricoles de Tayeb, tous �bio� comme on dit aujourd�hui : une galette de bl� dur fra�chement cuite sur un feu de bois, des tomates, du piment et des oignons cueillis sur place, une superbe huile d�olive pour les assaisonner, du petit lait fait maison, du miel de saison d�licieux et transparent. Notre visite d�aujourd�hui n�est pas pour Tayeb, mais pour un autre membre de la famille, Mouldi, qui vient de perdre un superbe gar�on de 25 ans dans l�embuscade tendue par des terroristes � des �l�ments de l�ANP du c�t� de A�n-Defla. La masure de Mouldi ne paye pas de mine : un cube blanc plant� sur les terres ancestrales, une cour ext�rieure ouverte aux souffles de l�hiver, un vieux tracteur en �tat de ferraille, voil� tout� Pourquoi les enfants de chez moi reviennent-ils souvent dans des cercueils ? Et pourquoi les enterre-t- on au cr�puscule, loin des projecteurs de l�actualit� ? Et si ma tribu dit merci aux gendarmes et aux membres de l�ANP qui accompagnent souvent les cercueils, elle ne comprend pas pourquoi les ministres et les walis font semblant d�ignorer ces morts-l� ! Il y avait trois ministres � Guelma pour une explosion de gaz, et c�est normal, pensons-nous, que le pouvoir d�l�gue ses repr�sentants dans des circonstances aussi douloureuses. Il y avait deux ministres � Chlef pour une autre explosion, dans une cimenterie celle-l�, et c�est tout aussi normal que les membres du gouvernement viennent soutenir les parents des victimes dans de si p�nibles conjonctures. Mais que dire � Mouldi et � sa femme ? Et que dire � Kadri et � sa femme ? Oui, eux aussi ont perdu leur enfant dans une autre embuscade � Biskra. Son enterrement a eu lieu le jour m�me o� est tomb� Hani. Deux autres cercueils sont �galement arriv�s chez moi. Deux autres m�mes � la fleur de l��ge, fauch�s par les balles d�un terrorisme qui ne veut pas mourir, qui ne veut pas entendre parler du pardon, des r�conciliations et de toutes les amnisties. Cela fait quatre cercueils en tout qui sont arriv�s en quelques jours. A vingt heures, la t�l�vision montre des ministres en visite � Chlef. Ils disent leur compassion et leur solidarit� avec les familles des victimes de la cimenterie. Mais que dire � la maman Souad ? Elle qui r�p�te � tout le monde que son enfant est mort en martyr. Qui viendra calmer sa douleur en lui expliquant simplement o� et comment son fils est mort ? Chaque fois que des soldats tombent dans une embuscade terroriste, je suis presque certain que des m�mes d�ici sont au nombre des victimes. Une explication : la pauvret�, terrible r�alit� qui colle � la peau de ces r�gions d�sh�rit�es des hautes plaines de l�extr�me est, pousse les jeunes � s�engager dans l�arm�e, � d�faut d�autre chose. Il n�y a pas une seule famille qui ne compte pas de djoundi. Jadis, on pouvait les voir arborer leurs belles et �clatantes tenues � l�occasion des f�tes qui les ramenaient chez nous, comme les hirondelles du printemps. Mais, depuis la flamb�e terroriste, ils viennent en civil, cach�s, presque �clandestins�� Certains n�ont pas pu aller jusqu�au bout du voyage, descendus froidement ou �gorg�s sauvagement dans les faux barrages. Souad a fait un cauchemar le jour m�me de la mort de son gosse. Presque � la m�me heure, dit-elle, en retenant un sanglot :
- J�ai sursaut�, tremp�e de sueurs, et j�ai r�veill� Mouldi� J��tais stress�e depuis que le portable de Hani ne r�pondait plus. L�appareil �tait peut-�tre jet� sous les fourr�s, l�-bas dans les montagnes de A�n-Defla� Il �tait peut-�tre d�j� mort au moment o� je l�appelais� Cette sonnerie qui n�en finissait pas, c��tait un autre cauchemar, mais j��tais �veill�e cette fois-ci� C�est l�A�d le plus triste de ma vie. Elle me tend une tasse de caf� chaud que sa fille vient de ramener de la cuisine. Elle me montre la jeune femme :
- Elle a un dipl�me d�universit�, mais il ne lui sert � rien ! Le travail, c�est pour les enfants pistonn�s et les riches. La fille, silencieuse, s�assied sur le canap�, tout pr�s du po�le � mazout qui renfle depuis plusieurs jours, avalant une quantit� consid�rable de fuel, ce pr�cieux liquide utilis� pour le chauffage domestique dans les campagnes, ce liquide que les nouveaux politiques, partisans d�un lib�ralisme outrancier, viennent de rendre encore plus co�teux, donc inaccessible aux bourses modestes ! Dans le petit et modeste salon au sol recouvert de tapis authentiques, tiss�s par les braves femmes chaouies, il y a la grand-m�re de Hani et une autre parente. Je m�inqui�te :
- Mais o� est Mouldi ?
- Il est au cimeti�re. Pour s�occuper de la tombe� Souad ne termine pas sa phrase. Elle est secou�e par un nouveau sanglot. Puis elle se ressaisit et poursuit :
- Je lui ai parl� le mardi, quelques heures avant sa mort. J�entendais un bruit qui pouvait �tre celui d�un moteur de camion. Je lui ai demand� : vous �tes hors de la caserne, dans la montagne ? Hani voulait me rassurer : Non, maman, je suis en ville. Mais moi, je suis s�re qu�il �tait dans le maquis, l� o� des terroristes cach�s allaient mettre fin � sa vie quelques heures plus tard. Pourquoi les enfants de chez moi reviennent-ils souvent dans des cercueils ? Et pourquoi les enterre-t-on au cr�puscule, loin des projecteurs de l�actualit� ? Qui a tu� Hani ? Un m�me qui a peut-�tre le m�me �ge et dont le cercueil ira un jour arracher des sanglots � une autre maman, sous les m�mes rafales du vent hivernal, dans une masure aussi d�pouill�e, dans une autre r�gion pauvre de cette Alg�rie profonde, �cras�e par le poids du capitalisme new look et qui meurt en silence, loin des discours emphatiques et des clignotants teint�s de vert. Mais cette soudaine richesse profite � qui ? En tout cas pas � cette Alg�rie profonde qui pleure encore les morts hors d�lais d�une guerre surr�aliste et oubli�e. Ces cercueils anonymes qui circulent dans des ambulances banalis�es � la tomb�e de la nuit, sont minutieusement cach�s aux cam�ras �professionnelles�, fourvoy�es dans l�apologie et le dithyrambe. Et la t�l�vision, qui pr�sente toujours ses excuses en retard, le fera certainement un jour vis-�-vis de ces familles d�munies qui produisent en s�rie des h�ros pour l�Alg�rie� Depuis la p�riode coloniale et jusqu�� aujourd�hui. Jusqu�� demain� Sur la route du retour, je cherche Mouldi dans le cimeti�re. L�-bas, une ombre courb�e sur une tombe. Dans le soir qui descend doucement sur les collines environnantes, sa silhouette immobile ressemble � une statue d�airain fig�e dans une pose immortelle. Non, inutile de le d�ranger dans ce moment de profond recueillement. Je le laisse � sa douleur, dans cette intimit� qui le lie encore � son enfant, Hani, un h�ros alg�rien oubli� par les autorit�s et la presse. Un num�ro dans les communiqu�s laconiques. Le soleil s�effondre de l�autre c�t� des collines. La nuit et le froid s�installent de nouveau, alors que le vent reprend sa litanie � travers ce long corridor qui va des altitudes de Tiffech aux collines rocheuses de Oued Keb�rit.
M. F.
P.S. 1: Etant l�g�rement souffrant, je n�ai pas pu terminer la chronique que j�ai entam�e et qui devait para�tre aujourd�hui. Je vous propose � la place ce texte publi� le 27 janvier 2005. J�ai revu Mouldi au mois d�ao�t� dans un autre enterrement. Ses yeux �taient toujours tristes. Le pr�nom de Mouldi chez nous est l��quivalent de Mouloud en Kabylie et dans d�autres r�gions.
P.S. 2: Un homme, seul dans sa cellule, t�moigne des grandes qualit�s de �r�conciliation� et de �pardon� dont se pr�valent certains. Mieux que tous les discours, il dit le sens de la �fraternit�, de la �main tendue� et des �nobles� sentiments dont on nous saoule ces derniers jours.
Cet homme absent � mais omnipr�sent dans nos c�urs et nos m�moires � raconte leur vilenie, leur haine et leur esprit revanchard.


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